I. Ce sont les expressions du P. Costil, dans les Annales
Catéchisme des missions. Ecrit par demandes et par réponses, ce catéchisme es précis et même minutieux comme la plupart de ses écrits, car il sait que toute piété veut une doctrine, que toute charité veut un but, et que Tune et l'autre réclament une direction qui ne les laisse ni s'égarer ni défaillir. Mais cette minutie ne refroidissait en rien le souffle de sa propagande et elle ne Tempéchait pas de demander beaucoup à la libre inspiration de ses ouvriers. « Mes très chers frères, disaitil en sa préface, le dessein et la fin de mission et des missionnaires est de ressusciter les morts, c'est-à-dire de rétablir la grâce, l'esprit et la vie du christianisme qui est éteinte aujourd'hui dans la plus grande partie des chrétiens. Cette vie consiste en trois choses : premièrement à faire connaître Dieu par la connaissance des principaux mystères de la religion chrétienne ; secondement, à l'aimer, c'est-à-dire à aimer et à faire aimer ce qu'il aime et ce qu'il demande de nous; troisièmement à haïr et fuir ce qu'il hait et ce qu'il nous défend.
« Vous êtestous missionnaires envoyés de Dieu pour la même fin, pour laquelle le souverain missionnaire., Notre-Seigneur Jésus-Christ, a été envoyé sur la terre par son Père Éternel; c'est-à-dire pour illuminer le monde de la lumière de vie et pour allumer le feu du divin amour et de la haine du péché. C'est pourquoi, puisque Dieu vous a fait tant de faveur que de vous appeler à une si haute fonction, si vous désirez vivre vous-mêmes de la vraie vie et éviter la mort éternelle, vous devez travailler fortement et continuellement à établir ces trois choses dans les âmes chrétiennes.
a C'est à cette fin que je vous mets ce petit livre en mains, lequel contient toutes les choses principales et plus nécessaires qui concernent les trois parties de la
L£ VÉNéRABLB PÈRE EUDES. 6
• ie chrétienne. Je Tai dressé sous forme de demandes et réponses, afin de le rendre plus familier et plus instructif. C'est à vous d'en user selon les temps, les lieux et les personnes, de choisir les demandes que vous jugerez à propos de faire aux enfants et d'expliquer les autres au peuple. Plaise à Dieu de nous donner son esprit à vous et à moi ! ... »
Âlui, Dieu le lui avait donné: mais les autres étaient ils aussi bien préparés que lui à le recevoir? Y en avaitil assez qui eussent cette préparation? L'illustre compagnie dans laquelle il était entré n'appelait et ne voyait venir à elle qu'une élite. Là où il avait passé, comme là où avaient passé M. Olier et les fils de saint Vincent de Paul, une action salutaire était produite. Beaucoup de ces réformes qu'il avait opérées devaient subsister, puisque quarante, cinquante ans après le passage d'une de ses missions, l'on retrouvait encore certaines pratiques fidèlement observées telles que les avait enseignées la mission. Mais que de paroisses restaient en dehors! Dans les pays les plus privilégiés, les générations allaient se renouveler et une jeunesse nouvelle allait venir qui n'aurait été ni redressée ni entraînée. Bref, on venait d'user le mieux possible des prêtres qu'on avait : il importait d'en former d'autres qui fussentdes résidents d'abord, puis des hommes instruits et des hommes édifiants. En présence de toutes les corporations de métiers où il fallait demeurer longtemps apprenti, les redoutables fonctions du sacerdoce seraient-elles seules à pouvoir se passer de préparation?
Tout cela, nous le savons, le P. Eudes ne fut pas seul à se le dire. Le mal était trop ressenti et la réaction était trop vive, pour qu'on ne cherchât pas de plus d'un côté le remède. D'après les mémoires iné-
dits de M. du Ferrier, c'est vers la fin de i64o que le P. de Condren avait eu avec lui deux entretiens suprêmes. Il avait répété à plusieurs reprises, sans vouloir en dire davantage, qu'il y avait à faire quelque chose de mieux que ce qu'on faisait. Il allait enfin s'expliquer. C'était bien de la fondation des séminaires qu'il s'agissait*. Et pendant que les deux interlocuteurs causaient du projet, k chaque instant le frère venait frapper à la porte pour rappeler que l'heure de la messe était arrivée, puis qu'elle allait passer, puis enfin qu'elle était déjà éloignée. Le P. de Condren pressentait sans doute que ton heure était proche, puisqu'il devait le lendemain se mettre au lit pour entrer, huit jours après, dans la tombe. Le temps pressait donc. Aussi lui, l'apôtre de Jésus-Hostie, l'auteur de si belles considérations sur le sacrifice de l'autel, ne craignait pas de dire au bon frère : « Ce que nous faisons ici vaut encore mieux que ce que vous voulez que j'aille faire ! * » C'était le 3o décembre i64o. Un an après, jour pour jour, M. Olier ouvrait le séminaire de Vaugirard, berceau de Saint-Sulpice ; et au commencement de janvier 1642, saint Vincent de Paul préparait pour ses Lazaristes le séminaire dit des Bons-Enfants. Il se passa donc là ce qui se passe en tout ce que l'humanité fait de grand dans quelque genre que ce soit. L'idée vient h plusieurs parce qu'elle est amenée par la logique des événements. Quelques-uns se complaisent à voir en esprit l'idée réalisée, mais ils s'en tiennent là. Un ou deux ont la force et la constance nécessaires pour