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CHAPITRE VII

LA FONDATION DE NOTRE-DAME-DE-CHARITE OU DE LA CONGRÉGATION DITE DU BON-PASTEUR

\ers i635 ou i636, le P. Eudes, encore, prêtre de rOratoire, prêchait à Caen et dans le reste de la Normandie et y convertissait bien des gens; il décidait même au repentir un certain nombre de femmes vivant dans le désordre. Parmi ces dernières, plusieurs^ suivant ses conseils, se réfugiaient chez une brave et digne chrétienne, nommée Madeleine Lamy. Beaucoup d'oeuvres — nous Tavons vu bien des fois dans notre siècle — commencent ainsi par une intervention très modeste. Peu à peu, ceux qui y recourent grossissent en nombre, et ceux qui la représentent prennent conscience de leur insuffisance : ils cherchent des auxiliaires, ils en trouvent, ils les groupent, ils sentent le besoin d'assurer aux communs efforts non seulement une méthode d'ensemble pour le présent, mais la certitude de la perpétuité. Ils ne sont pas embarrassés, en effet, pour Constater que la même idée est venue à d'autres, à des époques diverses et sur des points très différents du territoire. Mais de ces essais, les uns ont végété ou n'ont rendu des services que dans un rayon très limité. D'autres ont dévié parce qu'on a recherché les tâches les plus faciles et qu'on a ainsi manqué à l'esprit de l'institution. D'autres enfin

ont disparu, ou faute de ressources matérielles ou faute d'un recrutement suffisant du personnel de direction; mais ces deux dernières causes de faiblesse en accusent elles-mêmes une plus profonde, la limitation trop étroite du cadre où elles se meuvent. C'est pour remédier à ces inconvénients qu'à des misères trop répandues ou a des besoins trop universels s'efforcent de répondre des communautés non moins répandues et non moins universelles, catholiques en un mot. Telle est leur origine à presque toutes. La plupart des œuvres les plus belles et des congrégations le* plus puissantes ne se sont pas développées autrement*

Or, un jour, le P. Eudes, déjà célèbre, se promenait en compagnie de M. de Bernières, de M. etMmed« Camilly et de quelques autres personnes : il passait avec eux devant la porte de la bonne femme. Celle-ei les voyant, les apostroplia : « Où allez-vous ? leur ditelle : sans doute dans les églises pour y manger le« images des saints : vous vous croirez ensuite bien dévots. Ce n^est pas là que gît le lièvre. Travaille! donc plutôt à fonder une maison pour ces pauvres filles qui se perdent faute de ressources et de direction! jy

Les promeneurs commencèrent par rire; puis ik réfléchirent, car ces paroles avaient de quoi les émouvoir. Aussitôt on improvisa un plan. M. de Bernières se chargea de payer le loyer d'une maison plus grande que celle de Madeleine Lamy; M. de Camilly promit quarante boisseaux de blé; d'autres personnes s'unirent pour fournir le linge et les meubles; Mme de Camilly s'offrit pour être économe bénévole de l'établissement. Mais toutes ces charités ne supprimaient pas encore les difficultés. Elles en faisaient même naître de nouvelles; car un premier succès oblige, et à

qui fait un peu de bien il en est vite demandé davantage. Une fois certaines fondations posées, il faut élever Tédifice et le mettre à Tabri, ce qui appelle beaucoup d'études, de plans et d'efforts d'organisation. Cette dernière tâche fut réservée au P. Eudes; et ainsi naquit ce qui devait être l'institution du Bon-Pasteur, riche aujourd'hui de près de cinq mille religieuses se dévouant à plus de vingt-cinq mille jeunes filles dans toutes les parties du monde.

Le premier soin du Vénérable fut naturellement d'aller trouver son évêque, Mgr d'Angennes. Il lui exposa ses projets et ses ressources. La plus précieuse de celles-ci était le concours d'uue demoiselle Marguerite Morin, huguenote convertie, qui prenait le gouvernement de la maison nouvelle. Aux pieuses et dévouées laïques, non cloîtrées dans les débuts, les congrégations contemplatives ne marchandèrent pas les encouragements. Les carmélites de Caen, dont le Père était supérieur, donnèrent ce qu'elles purent, une grande sainte Vierge qui fut souvent vénérée et produisit, dit-on, plus d'un miracle. Religieusement conservée pendant la Révolution, elle est encore, à l'heure actuelle, dans le chœur de la communauté, audessus de la stalle de la supérieure.

Ce premier succès avait enhardi le quêteur. Quelques mois plus tard, il adressait aux Dames de la Miséricorde, à Rouen, un appel tout plein de l'amour qu'il portait à cette œuvre de relèvement. Il bénissait ces pieuses femmes de tous les bons exemples qu'elles donnaient par leur charité pour le soulagement des misères corporelles dans les hôpitaux, dans les maisons des malades, dans les prisons; il leur rappelait qu'il y avait des misères morales plus lamentables encore. « Ne plaignez pas, leur disait-il, un^peu de

temps, un peu de soin, un peu de bien temporel, pour renverser les œuvres malignes pour la destruction desquelles le Fils de Dieu a répandu son san^.... Il n'y en a pas une d'entre vous qui n'ait une dévotioA très particulière à la très sainte Vierge, mère de toute pureté ; or, sachez que vous ne pourriez rien faire qui lui soit plus agréable que d'aider à soutenir cette pauvre petite maison qui lui est dédiée sous le titre de Notre-Dame-du-Refuge, parce que c'est un lieu de refuge pour la chasteté qu'elle aime tant et qui est si horriblement persécutée au siècle où nous sommes. »

Cette lettre — qui ne fut pas sans efiPets — parait être de juillet 1642. En novembre de la même année, Louis XIII signait les lettres patentes qui autorisaient la fondation de Caen. Il y était spécifié que les filles ou femmes désireuses de réformer leur vie scandaleuse pourraient « s'y retirer volontairement, avec liberté d'en sortir comme d'y entrer » et que celles qui y viendront pour s'y dévouer au salut de ces âmes dévoyées y feraient « profession de religieuses selon la règle de saint Augustin ». Au 8 décembre suivant, le P. Eudes disait la première messe dans la chapelle; et, de ce jour « Marguerite Morin se revêtit d'une robe noire, en forme de soutane, prit un simple mouchoir croisé, une cornette double, un bandeau et un grand crêpe noir pour lui servir de voile » : ses compagnes s'habillèrent de même.

Mais revêtir un costume est plus facile pour une femme que de revêtir tout de suite l'esprit d'union, de paix et d'entente. Marguerite Morin était une personne de dévouement, de désintéressement et de volonté : elle ne paraît pas avoir été très dégagée de ce que les théologiens et les casuistes appellent « le sens personnel ». Entre elle et une de ses coopératrices,

Mlle de Saint-André, il y eut bientôt des dissentiments qui s'aigrirent. Il y en eut de plus entre Marguerite Morin et le P. Eudes, celle-là voulant assujettir ses sœurs à la règle des Ursulines, celui-ci préférant la pègle des Visitandines, pleine de l'esprit plus nouveau et plus doux de saint François de Sales. Bref, Mar- «[uerite Morin, qui devait fonder plus tard une œuvre ensacrée aux orphelins des deux sexes, se retira. Son départ précipita celui de quelques jeunes demoiselles déroutées par ces désaccords. 11 ne resta dans la maison fort dégarnie que les pénitentes, une personne de grand avenir, Mlle de Taillefer, et une nièce tiu P. Eudes, âgée d'environ douze ans.

L'épreuve était d'autant plus pénible que, comme on eût pu s'y attendre, les personnes du dehors ne ménageaient pas les critiques et les avis les plus contradictoires. Beaucoup disaient qu'il fallait renoncer à k tâche illusoire et dangereuse pour la pureté des sœurs, de réformer les pénitentes. Elles conseillaient de les remplacer par «c les nouvelles catholiques » ou protestantes converties de plus ou moins bon gré. Marie Desvallées fut une des âmes qui s'opposèrent le plus éBcrgiquement à cette métamorphose et qui prièi»ent avec le plus de ferveur pour que le P. Eudes persévérât dans son œuvre.

Il y persévéra si bien que, non content d'emprunter aux Dames de la Visitation l'esprit de leur fondateur et de leur fondatrice, il voulut leur emprunter des religieuses éprouvées. C'était comme une greffe qu'il voulait insérer sur le jeune arbre. La Visitation toujours généreuse accueillit sa demande et lui donna trois sœurs dont une devait être la supérieure : elle se nommait la Mère Patin. C'est sans doute à cette occasion ^ue la maison changea de nom et quitta celui «le

Notre-Dame-du-Refuge pour celui de Nolre-Dame-de- Charité. Le vocable nouveau ne faisait plus aussi clairement allusion à la misère particulière d'où Ton retirait les pensionnaires. C'est aussi à cette époque que le costume adopté par Marguerite Morin fut modifié par le P. Eudes. Il remplaça la robe noire par la robe blanche, que les Dames du Bon-Pasteur portent encore, avec un cœur d'argent sur lequel se dessine en relief la Vierge portant l'Enfant-Jésus. Le fondateur décida qu'aux trois vœux ordinaires des ordres religieux on en ajouterait un quatrième, qui serait de s'appliquer exclusivement à la conversion des filles tombées dans le désordre. Enfin il régla les exercices, il les allégea et commença la rédaction de coutumes destinées à être revues et corrigées peu à peu. C'était comme une seconde inauguration ou comme une renaissance de l'Institut.

En 1646, le Vénérable put, grâce à de nouvelles démarches et après bien des difficultés, obtenir pour sa maison de Noire-Damede-Charité l'autorisation du maire et des échevins de la ville de Caen. Cette autorisation permettait à Mgr d'Angennes d'auroriser à son tour une importante donation faite par M. de Langrie, président du Parlement de Rouen, et par sa femme. Mais le P. Eudes voulait davantage; il voulait l'approbation du Saint-Siège. Le P. Mannoury, qu'il avait envoyé a Rome pour ses deux grandes fondations, s'occupa de celle-ci comme des autres. Pour celle-ci comme pour les autres on ne lui donna que des espérances.

Des espérances! Le maître en avait déjà, qu'il puisait dans sa foi, dans sa conviction bien arrêtée de la nécessité de l'œuvre nouvelle, dans les inspirations de Marie Desvallées, dans le dévouement enfin d'un petit

nombre d'amis; mais les épreuves arrivaient, elles aussi, les unes après les autres. Mgr d'Angennes mourait. Il était remplacé par Mgr Mole qui était, nous l'avons dit, systématiquement hostile à tous les projets. Avant 1647, les Visitandines, qui avaient à procéder pour elles à l'élection d'une supérieure, choisirent la Mère Patin et, par conséquent, la rappelèrent à elles. Toutes ces traverses, aggravées par trois déménagements successifs et plus encore par les absences si répétées et si longues auxquelles les missions obligeaient le Vénérable, amenèrent un désordre inquiétant. La nouvelle supérieure manquait d'expérience et de prudence : il fallut la remplacer. Les Visitandines qui avaient accompagné la Mère Patin à son entrée crurent sage de l'accompagner à sa sortie. Elles craignaient que la malveillance du nouvel évêque ne s'étendît à leur propre communauté. Elles procédèrent sans doute avec le plus de charité qu'elles purent, aidant la sœur Taillefer et la postulante, demeurées fidèles, à s'établir dans une nouvelle demeure; mais enfin elles rentrèrent à la Visitation.

Devant ces mécomptes multipliés, Mlle de Taillefer, qui restait presque seule, ne pouvait qu'être éprouvée par des troubles douloureux. Le P. Eudes essayait de la réconforter par ses lettres. Mais de* loin il ne pouvait guère que temporiser, a Pour vous, ma chère fille, je vous conjure, au nom de Dieu, de ne rien faire que je ne vous aie parlé ; après que je vous aurai parlé, vous ferez tout ce qu'il vous plaira. Ayez encore un peu de patience ; ne vous laissez point aller à la tentation, et soyez assurée que dans peu de jours vous serez aussi réjouie et consolée comme vous êtes maintenant attristée.... »

Les difficultés de toute nature (foris pugnœy intus

timorés) continuèrent ainsi jusqu'à ce que, par un revirement subit, Mgr Mole se décida à donner à la communauté ses lettres d'institution. C'était le 8 février i65i. Trois jours après, le P. Eudes, qui était alors h Paris, écrivait à ses filles une lettre triomphante. « Mes très chères filles, en voici une grande que je vous annonce : mettez- vous à genoux pour la recevoir, non pas de ma part, mais de la part de notre très aimable Jésus et de sa très samte Mère qui vous la donnent. Enfin, après plusieurs années d'attente et de patience, mercredi dernier, huitième jour de février, fête du très Saint-Cœur de la bienheureuse Sainte Vierge, les lettres de votre établissement ont été signées de Monseigneur de Bayeux, et le contrat de fondation a aussi été signé par lui et par M. et Mme de Langrie. Si bien que vous êtes les filles de la Reine du Ciel, et vous êtes obligées à honorer et à aimer spécialement son très aimable cœur, à en célébrer la fête avec une dévotion toute particulière, à n'avoir qu'un cœur avec elle et les unes avec les autres.. . . Ne craignez plus rien.... » Et après toutes ces effusions venaient les recommandations pour les prières, actions de grâce. Te Deum....

Cette fois, la jeune novice de Taille fer n'hésita plus. Celle qui allait bientôt s'appeler sœur Marie de l'Assomption demanda bien vite à prendre l'habit. Le fondateur, qui avait eu autrefois à relever son courage, voulut faire à sa patience un appel d'un autre genre. Retenu qu'il était alors par sa grande mission de Saint- Sulpice, il lui demanda d'attendre qu'elle etit d'autres sœurs, et il lui prédisait du reste qu'elle ne tarderait pas à en avoir. Un nouveau succès vint à point aider à la choses La Mère Patin, qui avait fini son temps de supériorat à la Visitation, était conviée à venir reprendre

les mêmes fonctions à Notre-Dame-de-Charité. Elle hésitait. La nouvelle supérieure de la Visitation hésitait encore plus. Une lettre très curieuse* de la Mère Patin nous apprend comment les difficultés furent levées. Après son départ de Notre-Dame-de-Charité, elle avait été constamment éprouvée par de grandes infirmités, par un état de tristesse extraordinaire, par de vives peines intérieures et enfin par des tentations qui aggravaient sa mélancolie. Supérieure en exercice ou déposée, rien ne la guérissait, rien n'atténuait son mal, quand elle crut voir saint François de Sales qui lui promettait la santé, la paix, « non pour vous, lui disait-il, mais pour rendre service à Notre-Dame-de-Charité ». Aussitôt le calme et la joie lui étaient revenus. La supérieure, cependant, à laquelle elle n'avait fait aucune confidence, persévérait dans son opposition; mais, la voyant quelques mois après retomber gravement malade, elle faisait vœu de la laisser cette fois retourner à Notre-Dame xle-Charité si elle guérissait. La lettre se termine comme il suit :

« Enfin, voilà comment la divine Providence m'a fait acheminer ici. N'était-il pas juste que je réparasse les manquements que j'avais faits? Car, lorsque je fus élue à la Visitation, les meilleurs sujets en sortirent.... Comme j'allai une fois à la Visitation, pour y faire quelques changements de nos sœurs, selon ma petite dévotion, j'allai saluer la Sainte Vierge, qui est une image en bosse assez grande, tenant le petit Jésus xlans son bras gauche et de l'autre un bouquet. Jetant donc les yeux sur elle, elle commença à me regarder

I. Adressée par elle quelques années plus tard à une supérieure de sou Ordre. On la trouvera tout entière dans Ory, Us .origines de Notre-Dame-de-Charité^ in-8". Abbeville, iSgS, p. 52.

d'un œil courroucé, el, étendant son bras droit, me dit : « Vous faites tort à ma maison d'en retirer les « meilleurs sujets ». Je fus tellement surprise que je ne pensais à autre chose qu'au reproche que j'avais entendu. Notre bon Dieu me pardonne, je l'en supplie de tout mon cœur, et me fasse la grâce de me disposer h bien mourir, ne croyant pas que sa bonté me veuille davantage en ce misérable monde ! »

La Mère Patin guérit donc et elle revint gouverner pendant dix^sept ans, jusqu'à sa mort, sa communauté d'adoption. Ce fut elle qui donna l'habit à Mlle de Taillefer et à la nièce du P. Eudes, Marie Herson. Dans les premiers temps qui suivirent, le Vénérable, qui voulait voir effacée dans l'âme de son évoque la plaie ^encore mal guérie d'un ressentiment ancien, parut le moins possible. Il ne voulut même pas assister a la profession de ces deux religieuses qui lui étaient pourtant chères à plus d'un titre, mais il n'oublia pas de leur adresser ses huit recommandations bien comptées, car en tout il était on ne peut plus précis. Il ne cessa pas non plus de veiller sur le couvent avec prudence. A la mort de Mgr Mole nous avons vu que Mgr Servien, son successeur, ne fut pas, dans les débuts, mieux disposé. Il enleva même au Père ses fonctions de supérieur. En vain, les religieuses protestèrent respectueusement* ; le prélat ne tint aucun compte. Cette mesure n'entraîna cependant pas Téloignement forcé ni la cessation des rapports spirituels. Pour les affaires temporelles, toujours si ardues dans les premiers temps d'une congrégation, M. de Dernières était là. Il s'entremit heureusement

I. La Mère PatÎQ avec un peu plus de résignatiou que les aiiires; la nuance a ëté notée... et expliquée diversement.

pour une nouvelle Installation qui eut lieu le 25 mai 1657. La maison choisie était sur remplacement même où s'élève le monastère actuel. L'année suivante, des formalités, longtemps retardéesy étaient accomplies grâce à M. de Camilly, conseiller au Parlement de Rouen.

Cette année écoulée, d'autres consolations arrivèrent encore. La communauté n'eut pas moins de cinq professions et de douze vètures, et parmi ces dernières était celle de Mme du Bois-David. Âmi de sa famille, le P. Eudes l'avait déjà dirigée dans le monde, où elle occupait un certain rang (sou mari était capitaine aux gardes françaises) et où elle élevait fort chrétiennement ses six enfants. Il semble avoir joué auprès d'elle, surtout quand elle devint veuve, un rôle analogue à celui de saint François de Sales auprès de Mme de Chantai. Après avoir perdu plusieurs enfants, elle résolut d'embrasser la vie religieuse. Elle hésita d'abord entre le Carmel et plusieurs autres ordres; mais, un jour, elle crut entendre une voix mystérieuse qui lui disait : « Va du côté de Tétable de Bethléem et de l'Enfant Jésus ». Elle comprit qu'elle devait choisir une communauté naissante, simple et pauvre. Bravant les étonnements et les critiques, qui ne manquèrent pas, elle se fit admettre à Notre Dame-de- Charité et elle y amena avec elle, comme sainte Chantai, une de ses filles, la plus jeune. Après avoir soutenu et édifié la communauté, elle mourut en 1660.

En toutes circonstances, heureuses ou affligeantes, on écrivait au Père absent, et celui-ci, du milieu de ses missions, conseillait avec sa prudence habituelle. Ce qu'il demandait à chaque sœur n'avait rien de compliqué ni de cherché: l'attention a corriger ses propres défauts, riiumilité, l'obéissance, la charité cordiale et

tendre envers tous. Quand Tune d'elles, fût-ce la supérieure, accusait en elle-même des inquiétudes ou de rabattement, c'était alors Tordre de suspendre les mortifications ou de les modérer beaucoup; le simple et joyeux accomplissement des devoirs quotidiens, tel qu'il a été tracé par la règle et accepté dans la vocation, devait primer tout le reste.

L'œuvre se développait donc, malgré tout, et le fondateur, ainsi que ses religieuses, se tournaient de plus en plus vers Rome pour en obtenir la consécration, qui seule pouvait assurer définitivement la durée. Ici apparaissent dans leur a naturel », qu'il ne faut ni exagérer ni cacher, les relations épistolaires du Vénérable et de la Mère Patio. Celle-ci voulait assurément obtenir les bulles, si nécessaires et si désirées, mais elle ne voulait pas qu'elles lui coûtassent trop d'argent; car le peu qu'elle avait, elle avait à cœur de l'employer sous ses yeux, pour la satisfaction des besoins dont elle avait personnellement la charge. Celui-là voyait surtout l'ensemble de l'œuvre et son avenir. Il savait les difficultés de la Cour de Rome ; il considérait que pour les lever aucun sacrifice n'était de trop.

Il avait chargé de négocier à Rome un prêtre flamand, l'abbé Boniface, qui connaissait l'italien et avait dans la Ville Éternelle des relations assez nombreuses. Celui-ci se remuait beaucoup et rendait compte au Vénérable de toutes ses démarches, de toutes les objections qu'il rencontrait, sans oublier toutes les dépenses qu'il avait à faire. La Mère Patin, semble-t-il, aurait bien voulu croire que les négociations en cours intéressaient la Congrégation de Jésus et Marié autant que sa propre communauté et que les frais devaient, en conséquence, être partagés. Le fondateur lui enleva cette illusion en lui affirmant — non sans vérité —

qu'à poursuivre deux buts à la fois on les manquerait sûrement tous les deux. Il avançait donc bien de ses propres deniers des sommes assez importantes ; mais il invitait la Mère à s'en procurer de son côté, car il voulait avoir la certitude d'être remboursé, ne se croyant pas le droit de mêler les comptes et de dépenser pour une œuvre ce qu'il avait sans doute reçu pour une autre. De là entre le bon Normand et la bonne Normande quelques petits tiraillements. La religieuse s'étonnait qu'il fallût de pareilles sommes pour un ecclésiastique en une mission toute de piété. Ici, les historiens eudistes tendent à penser que le négociateur abusait un peu de la confiance de son mandant et que la Mère, dans sa défiance féminine, devait avoir l'œil plus juste et la divination plus fine *. Le Vénérable cependant — on a les lettres authentiques — allègue tout ce qu'il peut, le prix du change notamment; il fait ou plutôt il transmet le détail de ce que coûtent à Rome le bois, la chandelle et le blanchissage, et ce qu'il coûtera enfin audit M. Bonîlace « à tracasser comme il fait», mais surtout ce qu'il devra payer pour ses écritures, davantage encore pour les présents qu'il y aurait lieu de faire à diverses personnes, a sans quoi on ne fait rien dans ce pays-là ». Donc il ne faut pas s'arrêter; car alors tout ce qui a été dépensé sera perdu « et toute la maison s'en ira par terre ».

« Or, ma chère Mère, dit-il en terminant une de ses lettres, les saints n'ont jamais épargné l'argent quand il a été nécessaire pour les affaires de Dieu. Vous en avez bien trouvé pour avoir la maison de la

I, Les portraits qu'on nous donne d'elle révèlent beaucoup de bonté, mais peut-être aussi ce qu'il est convenu d'appeler « une douce malice ».

Vieille-Monnaie qui vous accommodait, quoiqu'elle ne fût pas absolument nécessaire; voudriez-vous l'épargner pour une chose qui doit être le fondement de notre communauté et sans laquelle elle ne peut subsister? Au nom de Dieu, ma très chère Mère, quittez vos défiances et vos soupçons mal fondés, comme une chose qui est indigne d'une sainte telle que la Mère Patin, et n'écoutez pas tellement vos intimes amis, dont vous m'écrivez, que vous n'ayez quelque créance à ce qui vous est dit par une personne qui a plus d'estime et d'affection pour vous et plus de zèle pour le bien de votre maison que qui que ce soit. »

Quelles étaient donc les difficultés? Celle qu'on alléguait le plus ostensiblement, c'était le quatrième vœu, le vœu de se consacrer au relèvement des filles de mauvaise vie. Et cependant, ce vœu supprimé, la fondation n'avait plus de raison d'être. Dans le haut personnel ecclésiastique de Home, on s'obstinait à objecter qu'il était bien difficile de croire qu'avec un pareil contact les jeunes religieuses conserveraient leur pureté et ne seraient pas en péril de se perdre elles-mêmes. « Et pour faire voir que personne n'a encore pu vaincre cette difficulté, écrivait le P. Eudes, il faut que vous sachiez que les religieuses du Refuge de Nancy, qui sont aussi à Avignon, à Dijon et à Rouen, n'ont pas encore ,pu obtenir des bulles de notre Saint-Père le Pape, quelque effort qu'elles y aient fait ; et cependant leur affaire n'est pas si difficile que la vôtre, tant parce que leur communauté est composée de filles pénitentes, qui ne sont pas en péril avec des pénitentes comme les honnêtes filles, que parce qu'elles ont été reçues et approuvées à Avignon parle Légat du Pape.... »

On remarquera tout l'intérêt que ce passage a pour

riiistoire des œuvres. D^ns TEglise, le Saint-Siège aime au moins autant à modérer le zèle et à le diriger qu'à le stimuler. Ce sont les saints qui vont de Tavant — quitte à écouter toujours la voix qui les rappelle ou les avertit. — De quoi donc s'agissait-il ici? Non plus de confier des pécheresses à des femmes ayant été pécheresses comme elles, mais de faire instruire et consoler les complices ou les victimes du vice par des femmes étant restées la vertu même; c'était d'amener la pureté de la jeune fille pieuse à s'abaisser humblement et tendrement, héroïquement, vers celles dont se détourne avec mépris Torguefl de la pharisienne. L'abbé Boniface, à l'en croire, s'épuisait à démontrer que, si la chose semblait malaisée en Italie, en France elle était déjà passée dans la coutume et justifiée par. l'expérience. Fallait-il donc tant de paroles dans la patrie de sainte Catherine de Sienne*? Mais, en réalité, la fondation était nguvelle, doac bonne à éprouver, bonne à faire patienter, comme tant d'autres... surtout dans les circonstances où elle se produisait, à un moment où un conflit menaçait d'éclater entre Louis XIV et les Etats de l'Église. Les religieuses de Caen trouvèrent qu'elles avaient déjà beaucoup patienté. La Mère Patin aurait encore fait un sacrifice, mais si on lui avait donné, cette fois, la certitude du succès. Cette exigence n'était pas très sérieuse et le Vénérable le lui dit nettement : « Esl-il possible que la Mère Patin, qui est si vertueuse et si raisonnable, fasse une pareille proposition ? • Bref, on n'envoya plus d'argent à l'abbé Boniface, et, comme suivant le mot

I, Surtout pour démontrer ce qui paraît être révidence, à savoir que les pénitentes seraient encore plus en sûreté, moins tenues en rigueur, etc., entre les mains de personnes n'ayant jamais failli.

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du P. Eudes, on ne pouvait pas vivre à Rome sans cela, il revint, n'ayant rien obtenu.

Il n'avait rien obtenu.*..; et cependant personne ne perdit courage; ni les prières des sœurs, ni les démarches du P. Eudes ne cessèrent un seul instant. Il fallait être prêt à saisir toutes les occasions. La meilleure de toutes fut le rétablissement de bonnes relations politiques entre les deux Cours. A cette heure précisément, l'abbé du Val Richer, de Tordre de Citeaux et ami du P. Eudes, allait partir pour Rome avec Tabbé de Rancé, afin d y soutenir la cause de la réforme de la Trappe. Ils prirent également en main la cause de Notre-Dame-de-Charité. Ils se ménagèrent sur place le concours du cardinal de Retz ; et enfin toutes les barrières s'abaissèrent comme par enchantement. Autant on avait soulevé autrefois de complications, autant le Pape et les cardinaux avaient à cœur de tout simplifier. Les bulles d'érection de l'Ordre furent donc accordées le 1 6 janvier 1666.

L'évêque, Mgr de Nesmond, avait à les délivrer luimême. Il fixa la date de la cérémonie au jour de l'Ascension de cette même année, et celte fois le P. Eudes fut à l'honneur. A la fin de la messe, dite par le Prélat, ce fut lui qui monta en chaire et il prêcha sur le texte de saint Marc : « Ils imposeront les mains sur les malades et les malades seront guéris ».

L'histoire de Notre-Dame-de-Charité ne devant figurer ici que dans la mesure où notre héros y intervient, nous laisserons à regret bien des épisodes touchants V N'oublions pas de dire que le Vénérable et

I. Tel que celui qui marqua la fin de Temprunt fait à la Visitation et rémaucipation toute naturelle de la jeune commu-

la Mère Patîn ne tardèrent pas à régler entre eux, par de mutuelles concessions, des comptes un peu embrouillés, qui, chez beaucoup de leurs compatriotes, eussent donné sans doute lieu à quelques procès*. Ils aimèrent mieux se mettre l'un et l'autre à la rédaction du Directoire et du cérémonial. En 1688, la Mère Patin, suivant de près la Mère Marie de Taillefer, mourait avant que le travail ne fut achevé. Le survivant le reprit; il devait bientôt y associer sa propre nièce, Marie Herson, puis la Mère Marie de TEnfant-Jésus (fille de la Mère du Bois David) qui lui succéda.

Dans la rédaction des Constitutions, le Père empruntait beaucoup à Tesprit de saint François de Sales. Il introduisait cependant plus d'austérités et exigeait, en conséquence, que les novices fissent preuve d'une santé assez robuste. Il pensait sans doute que ce qu'il avait de mieux à faire pour émouvoir les « repenties » était la vue des pénitences recherchées pour la réparation de leurs désordres et pour le salut de leurs âmes. Mais, si les sœurs devaient faire comme le prêtre et prendre sur elles les péchés des autres, elles devaient donner aussi l'exemple de la mansuétude et de la générosité délicate que saint François de Sales et, après lui, tout

nautë, désormais capable de trouver en elle-même des religieuses mûres pour la gouverner.

I. Si le Vénérable, dans son caractère naturel, avait gardé beaucoup de la finesse pratique et de la prudence de sa race, il n'en avait point conservé l'esprit processif; car il écrivait UQ jour (39 juillet i656) à M. Mannourj : « Il faut éviter le procès plus que la peste, en avoir plutôt moins, voir perdre tout plutôt que de plaider.... » Ce qui suit apporte cependant une petite réserve, qui est comme un retour léger et bien inoffcusif... « Si ce n*est qu'on n'entrât dans le procès qu'incidemment et non pas comme partie principale et qu'en cela on fiit bien assuré de réussir » •

l'ordre de la Visitation venaient de rendre si populaires . Il ne faut pas que la sévérité qu'on adopte envers soimême et envers le péché, dont on entend se rendre en quelque sorte responsable et solidaire, soit jamais manifestée par la dureté envers autrui. Telle est bien la doctrine des saints. Telle était celle que le fondateur rappelait dans une lettre à la Mère Marie de la Nativité (vers 1674, sans doute).

« Voilà, ma très chère et très aimée Fille, deux livres que je vous envoie et dont la lecture m'a beaucoup servi. Je vous prie de les pratiquer encore mieux, spécialement en ce qui regarde la douceur ; car l'humeur rude, aigre, siche, âpre, altière et dominante n'est propre qu'à tout gâter, qu'à détruire Taffection, la tendresse et la confiance filiales qui doivent être dans le cœur des personnes que nous gouvernons, et à y mettre la crainte, la terreur, le mépris, l'aversion et la haine; en un mot, cela n'est bon qu'à perdre une communauté et à mettre une supérieure au billot. Je ne crois pas, ma très ch^re Fille, que vous en usiez de la sorte, et personne ne m'en a parlé; mais l'expérience que j'ai, que la supériorité perd beaucoup de supérieurs en leur donnant cet esprit haut et dominant, rude et âpre, sec et raide, me fait tout craindre. Étudiez-vous donc, je vous en conjure, à conduire vos filles avec toute la douceur, bénignité, cordialité et tendresse possibles. C'est l'esprit de Notre-Seigneur et de sa très Sainte Mère ; priez-les souvent de vous les donner, ainsi qu'à moi-même, et demandez à une de vos filles de vous avertir des fautes que vous y ferez. »

Que d'échos fidèles de ces leçons trouverait-on dans les instructions plus récentes où s'est entretenu — car il n'a pas eu besoin d'être renouvelé ni réformé —

Tesprit de cette admirable congrégation! L'avoir en quelque sorte fixé dès Torigine n'est pas la moindre des gloires de notre personnage. Mais essayons d'em« brasser d'un coup d'oeil — nous le pouvons, grâce à lui — l'idéal qu'il propose à ses religieuses. Il est dépeint dans la plus longue de ses lettres. Je ne sais si les Dames du Bon Pasteur doivent la lire ou l'entendre lire chaque mois, comme les jésuites doivent écouter la fameuse lettre de saint Ignace sur l'obéissance. En tout cas, elle est digne d'un tel honneur. Elle était digne surtout d'être l'initiatrice de cette œuvre et la garante de ses succès.

Le Père y rappelle d'abord toutes les obligations que les sœurs ont à la Sainte Vierge, tout ce qu'elles doivent lui rendre d'honneurs, particulièrement la veille de sa lé te. Puis il en vient à leur parler de leur vocation, des devoirs qu'elle entraine, de la grandeur et de la beauté dont elle doit les revêtir devant Dieu.

« Oh ! mes très chères sœurs, que votre vocation est sainte ! Oh I que votre condition est avantageuse ! Oh! que la bonté de Dieu est prodigieuse à votre égard de vous avoir appelées à un institut vraiment apostolique! Oh! que votre ingratitude serait grande si vous ne reconnaissiez l'obligation indicible que vous avez pour ce sujet à la divine miséricorde!

« Mais sachez que, comme cet emploi déplaît étran* gement à l'esprit malin, il ne manquera pas de vous tenter sur votre vocation. Il vous représentera les peines et les difficultés qu'il y faut souffrir; mais souvenez-vous, mes très chères Filles, qu'il n'y a aucune condition en ce monde exempte de travail et de souffrances, et que, si vous ne souffrez avec Jésus, vous ne régnerez pas avec lui. C'est pourquoi il n'y a rien que nous devions tant craindre que de n'avoir point de

croix. Jetez les yeux sur un crucifix et voyez ce qu'ila souifert pour sauver les âmes. Est-il raisonnable que vous soyez associées avec lui dans la plus grande chose pour laquelle il est venu en ce monde, qui est pour sauver les pécheurs, et qu'il lui en ait tant coûté et que vous en soyez quittes pour rien ? Hélas ! où en serlezvous, si la crainte qu'il a eue des supplices, laquelle a été si violente qu'elle l'a fait suer jusqu'au sang, l'avait empêché de travailler à votre salut? Considérez aussi les douleurs, les larmes et les angoisses par lesquelles il a fallu que la bienheureuse Vierge ait passé pour coopérer avec son fils à la rédemption des âmes perdues.

« ... Mettez-vous devant les yeux ces saintes filles qui quittent leur pays, passent les mers et s'en vont parmi les Canadiens, où elles sont tous les jours au milieu de mille dangers pour gagner quelques âmes à Dieu.... Je connais une personne de votre sexe, une fille faible, timide et fragile comme vous, qui a demandé à Dieu pendant plusieurs années, avec des ardeurs incroyables, de souffrir pour un temps quelques parties des peines épouvantables de l'enfer, afin d'en préserver quelques âmes méchantes pour l'éternité, et Dieu lui fit souffrir pour ce sujet des tourments si incroyables qu'il n'y a point de langue ni de plume qui les puisse exprimer, et elle a été plus de quarante ans dans ces supplices. Après cela, nos très chères sœurs, ne devrions-nous pas mourir de confusion à la vue de nos faiblesses et de nos lâchetés!... Voulezvous qu'on fasse un Evangile pour vous, ou désirezvous que Dieu vous envoie un autre Messie, un Messie de sucre et de roses ? Voulez- vous aller en Paradis par un autre chemin que celui par lequel la Mère de Dieu et tous les saints ont passé, ou bien voulez-vous y

aller seules et laisser vos pauvres sœurs dans le chemin de Tenfer, parce que vous êtes si délicates que vous craignez la peine qu'il y a de tendre la main pour les en retirer?

« Vous direz peut-être qu'elles marchent dans un chemin plein de boue et que vous craignez de vous souiller en les en retirant* Le diable est assez rusé pour vous donner cette tentation d'autant plus dangereuse qu'elle a une belle apparence; mais je vous dis, mes très chères Filles, qu'il est impossible que Noire- Seigneur laisse tomber ceux qui, pour l'amour de lui, aident aux autres à se relever. La pureté ne peut jamais se souiller lorsqu'elle est avec la ivraie charité, non plus que les rayons du soleil ne peui^ent se salir dans la boue. Rejetez-moi donc ces vaines craintes et ayez confiance en Celui qui vous a appelées à ce divin emploi; si vous vous défiez de vous-mêmes et que vous vous appuyez sur lui, il ne se retirera pas pour vous laisser tomber, , , .

« Enfin, mes très chères Filles, si vous désirez accroître la joie et la gloire de votre digne Princesse, soyez fidèles à son Fils dans votre vocation, fermez l'oreille aux sifflements du serpent, ne soyez pas filles d'Eve, qui l'a écouté et s'est laissé séduire, mais soyez filles de Marie, qui l'a vaincu et écrasé sous ses pieds. Je la supplie de tout mon cœur de l'écraser sous les vôtres et de vous rendre dignes d'être les véritables filles de son Sacré Cœur, tout embrasé d'amour et de zèle pour le salut des âmes pécheresses qui lui ont coûté le précieux sang de son fils Jésus. C'est en cet amour sacré du très aimable Cœur du Fils et de la Mère que je suis et serai toujours, mes très chères Filles, tout vôtre.... »

Telles étaient ses conclusions suprêmes. Toutyétait :

sa doctrine sur le Cœur de Marîe et sur le Cœur de Jésus, la profonde impression qu'avait produite en lui le martyre de Marie Desvallées.... Heureux sans doute était-il d'associer la tendresse et la délicatesse de la femme à la grandeur de la satisfaction donnée à Dieu par le sacerdoce, ainsi que le P. de Bérulle le lui avait enseigné dans sa jeunesse et ainsi qu'il l'avait mis si vaillamment lui-même en pratique dans les travaux de son âge mûr.

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