CHAPITRE IX
ANNE d'aUTRICHE LES DERNIÈRES LUTTES. LA MORT
Les divers incidents de la lutte entreprise par le Vénérable nous ont montré Teffort qui fut fait un certain jour pour montrer en lui un ennemi des intérêts,., on disait du royaume, pour ne pas dire du roi. C'est le moment de raconter comment il faillit, dans les dernières années de sa vie, être brouillé gravement avec Louis XIV. Mais il serait malaisé de sentir ici, comme il faut pouvoir le faire en histoire, la différence des temps et des hommes, si, avant d'esquisser cet incident, nous ne remontions pas un peu en arrière. Ce sera pour nous une occasion précieuse de noter les transformations qui ont conduit notre personnage d'une période à l'autre, comme elles y ont conduit ses contemporains. De Richelieu et de Louis XIII à Anne d'Autriche, soit seule, soit avec Mazarin, et d'Anne d'Autriche à son fils encore jeune, mais ayant déjà en lui les sentiments du « Grand Roi », noustrouvons, comme d'intéressants jalons, plus d'une intervention, mais aussi plus d'une épreuve de notre héros.
Nous ne rappellerons pas une fois de plus que, après avoir travaillé de concert avec Richelieu et Louis XIII, les grands rénovateurs de l'Église de France, saint Vin-
cent de Paul et M. Olier, pour ne citer que ceuxlà, furent loin d'entretenir avec Mazarin d'aussi bonnes relations. Parlons net : ils furent à son égard des opposants ; pourquoi ? Un peu parce qu'ils partageaient les griefs que faisaient valoir contre lui les divers promoteurs de la Fronde, beaucoup plus parce qu'ils voyaient en lui un politique, très habile, sans doute, mais sacrifiant beaucoup trop, dans ses combinaisons, ce qui leur tenait le plus au cœur, la réforme du clergé séculier par les évêques. M. Olier ne craignît pas de conseiller à Anne d'Autriche de se séparer de son ministre. Le P. Eudes ne fut pas si explicite; mais le 2 septembre 1648, à l'occasion des troubles de Paris, — et des craintes qu'on pouvait avoir d'assister à une révolution analogue à celle qu'on venait de suivre en Angleterre, — il écrivait qu'à ses yeux les ravages de l'impiété étaient l'unique cause des misères du royaume.
« Nous nous tuons dans nos missions, disait-il à la Reine, à force de crier contre quantité de désordres qui sont dans la France... Mais, si Votre Majesté voulait employer le pouvoir que Dieu lui a donné, Elle pourrait plus faire. Elle seule, pour l'établissement du règne de Jésus-Christ que tous les missionnaires et prédicateurs ensemble.... »
On peut trouver ici que le grand missionnaire est bien humble, ou conjecturer qu'il va sans doute avoir recours au bras séculier pour se faciliter à luimême son travail. Mais il va indiquer les moyens dont la Reine peut se servir et voici celui qu'il met en avant :
« Je parlerai seulement du plus puissant de tous, qui est de, donner de bons évêques à la France; et par ce moyen l'Église de France changerait de face et
reprendrait sa première splendeur. C'est ici la plus grande obligation de Votre Majesté, Madame, c'est le plus grand service qu'EUe puisse rendre à Dieu et à son Eglise ; et il est d'une telle importance qu'il mérite bien que Votre Majesté en prenne soin par Ellemême * puisqu'EUe sera la première à qui le souverain juge demandera compte et un compte d'autant plus terrible qu'il y va du salut d'une infinité d'âmes qu'il a commises à ses soins. Car j'entends le Saint- Esprit, lequel, par la bouche de saint Paul, crie hautement que quiconque n'a pas soin du salut de ceux qui dépendent de lui est pire qu'un infidèle, tellement qu'à l'heure de la mort il sera condamné de Dieu comme un apostat et sera châtié plus sévèrement que les païens et les infidèles. .
« Si Votre Majesté rend ce service à Jésus-Christ et à son Église, il La comblera de bénédictions spirituelles et temporelles. Mais si Elle néglige ces choses, je Lui déclare, au nom et de la part du grand Dieu vivant, que tous les péchés qui seront commis en France, faute de prendre soin de pourvoir par Elle-même l'Eglise de bons pasteurs. Lui seront attribués comme si Elle-même les avait commis, et qu'Elle en portera la condamnation et le châtiment, et que toutes les âmes qui se perdront en suite de cela et que toutes les gouttes de sang que Jésus-Christ a répandues pour leur salut crieront vengeance devant Dieu contre Elle, à l'heure de la mort. Au reste. Madame, je puis bien protester à Votre Majesté, en toute vérité, qu'en tout ceci je suis sans intérêt et sans autre prétention que celle de la gloire de mon Maître et du salut des âmes. Celui qui connaît le fond des cœurs sait que je