‹ Le Vénérable Père Eudes: 1601-1680Chapitre 6 sur 37 · Abbé Martin, ouvr, cité · texte numérisé non relu

Abbé Martin, ouvr, cité

2. Voir Faillon, T'ic de M. Olier, 4' éd., in-8°, tome II, p. 6.

tante, était devenue fausse, avare et rancuneuse. La Normandie était trop rapprochée de la Bretagne pour avoir pu rester indemne, et l'acte d'accusation que dressait tout à l'heure le Père Eudes est malheureusement bien fait pour nous en donner la conviction.

Il nous persuade également que le mal venait beaucoup plus d'en haut que d'en bas. Telle est d'ailleurs la loi universelle. C'est toujours d'une aristocratie corrompue et dégénérée que vient le désastre, comme c'est toujours d'une élite assainie, rajeunie et retrempée que vient le salut, et il ne saurait en être autrement. Or, à l'époque dont nous parlons, prêtres et gentilshommes étaient aussi malades les uns que les autres. En parlant de ce qu'il appelle la profanation des églises, le Père Eudes allait bientôt écrire* : « L'on peut dire avec trop de vérité de nous autres ecclésiastiques que nous sommes incomparablement plus coupables, en ce point aussi bien qu'en beaucoup d'autres, que les laïques, et que la divine justice nous fera porter le châtiment de nos péchés et des leurs, d'autant que nous les rendons nôtres tant par notre négligence et lâcheté à les instruire et corriger que par la mauvaise édification que nous leur donnons. »

Nous connaissons cette humilité des saints qui se chargent ainsi des péchés mêmes contre lesquels ils luttent au prix de leur repos et de leur vie; mais nous savons également qui est responsable de ces misères. Les plus irrécusables témoignages nous ont appris depuis longtemps à quel degré d'ignorance et de corruption était tombé le clergé de cette période. L'un de ceux qui réagirent alors le plus vaillamment, M. Bourdoise s'écriait : « On peut dire en vérité que

I, Livre cité^ P« 47»

tout ce qui se fait de plus mal dans le monde est ce qui se fait par les ecclésiastiques ». A ce terrible homme — toujours prêt, disait-il, à faire cent lieues pour trouver seulement trois âmes disposées à procurer la réforme du clergé, toujours prompt à s'en aller voir, même là où on ne le demandait pas, « si les choses se passaientconvenablement » — la postérité a pardonné bien volontiers Texcès de zèle qui, en un jour d'amertume, lui fît traiter saint Vincent de Paul de « poule mouillée »\ Mais Thistorien du Père de Condren, M. Amelotte, ne craignait pas d'écrire : « Le nom de prêtre était devenu synonyme d'ignorant et de débauché ». Les confesseurs ne savaient même plus la formule de l'absolution*, ce qui n'empêchait pas nombre d'entre eux d'avoir la prétention de se faire payer pour administrer le sacrement de pénitence. Un prélat, rapporte

1. « Nous admirions, dit M. du Ferrier (sulpicieu) en ses mémoires, la conduite de Dieu sur lui, dans celte rudesse qui lui était naturelle... et nous tâchions d'en user avec un peu plus de civilité ». — On sait que désireux d'entrer en relations avec M. Olier et de se concerter avec lui pour la réforme des abus, il ne trouva rien de mieux, comme entrée en matière, que de lui interdire de dire la messe à sa communauté de Saint-Nicolas du Chardonnet, sous prétexte que lui et ses compagnons avaient dans leur tenue « quelque chose qui n'était pas entièrement conforme à la modestie ecclésiastique ». (Paillon, ouvi\ cité^

2. A propos d'une tournée que l'archevêque d'Aix avait faite dans son diocèse, en compagnie de M. Romillion, de l'Oratoire de Saint-Philippe de Néri, en 16190U i6ao, le P. Cloyseau dit: « Le plus grand fruit de cette visite fut 'l'instruction des prêtres qu'on trouva si ignorants dans quelques villages, qu'il y en avait qui donnaient l'absolution avec VAve Maria, croyant qu'avec le signe de la croix toutes paroles avaient la vertu d'absoudre. Clojseau, édit. Ingold, Bibliothèque oratorienne, Poussielgue I, 126.

Abelly*, écrivait à saint Vincent de Paul qu'il travaillait avec son grand vicaire, autant qu'il le pouvait, au bien de son diocèse. « Mais, disait-il, c'est avec peu de succès, pour le grand et inexplicable nombre de prêtres ignorants et vicieux qui composent mon clergé et qui ne peuvent se corriger ni par paroles ni par exemples. » — Un autre prélat lui écrivait, en autres choses : a Excepté le chanoine théologal de mon église, je ne sache aucun prêtre, parmi tou« ceux de mon diocèse, qui puisse s'acquitter d'aucune charge ecclésiastique : vous jugerez par là combien grande est la nécessité en laquelle nous sommes d'avoir des ouvriers. Je vous conjure de me laisser votre missionnaire pour nous aider en notre ordinaire » .

Mais sommes -nous arrivés ici à la source profonde du mal? Non. Si l'Église était tombée dans une telle décadence, la faute en était, en définitive, aux longs abus que lui avait imposés le pouvoir civil. Malgré les résistances des synodes et des conciles, la féodalité avait transformé peu à peu en une sorte de droit de propriété le .patronage qu'elle avait d'abord fait accepter à l'Eglise. Puis, la séparation s'était de plus en plus accentuée, là comme ailleurs, entre le service rendu et la rémunération touchée. C'étaient les favoris des seigneurs, puis de plus en plus les favoris du roi qui recevaient la plus grande partie des émoluments : ceux qui travaillaient sur place étaient réduits à la portion congrue, qui ne fut quelquefois que d'un seizième du revenu total*. Rendu maître des intérêts temporels et de l'autorité extérieure, le pouvoir royal avait étendu ses empiétements. Certes, il

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