Abelly, Vte de saint rincent de Paul^ 1. I, ch. aS
2. Voir Abbé Lesètre. La Paroisse^ i vol. io-ia de la Bibliothèque d^Ëconomie sociale. Paris, Lecoflre.
tenait à la religion, il entendait qu'elle fût pratiquée : mais il se réservait d'accepter ou de ne pas accepter les décrets des conciles. C'est ce qui fit qu'il refusa si longtemps de promulguer ceux du concile de Trente et qu'ainsi l'effort rénovateur de la grande assemblée catholique était en grande partie comme perdu pour l'Église de France.
Tout a été dit, — et il suffit de le rappeler ici — sur les scandales qui avaient déjà fait écrire à saint Bernard : « Des jeunes écoliers, des jeunes gens à peine sortis de Tenfance sont promus aux dignités ecclésiastiques a cause de la noblesse de leur race, et ils échappent a la férule pour prendre rang parmi les prêtres. » Il n'y aurait qu'à relire Bossuet et son oraison funèbre de la princesse Palatine pour voir qu'il en était de même au xwif siècle. N'insistons pas — ce serait superflu — sur la plaie des bénéfices, tous réservés au choix du roi, sur les scandales de ces abbés commandataires qui, à l'époque qui nous occupe, étaient quelquefois des protestants, des bâtards du roi, de jeunes nobles qu'on faisait partir de Paris en raison de leurs désordres trop affichés ou trop dangereux pour leurs familles : on les exilait même assez souvent dans un évêché de province, comme on place aujourd'hui dans les colonies tel personnage taré ou trop compromis *. Mais, une fois nommé, l'évêque trouvait toujours le moyen de rester à la cour ou d'y revenir. Nous avons vu tout à l'heure les efforts d'un ou deux évêques convaincus de leurs devoirs. Mais combien étaient-ils? Lorsque Richelieu prit possession de son évêché de Luçon, aucun évêque n'y avait paru
I, Voir dans cette collection le Saint Pincent ^e Paul du prince E. de Broglic.
depuis soixante ans. Avec la distinction subtile entre le pouvoir d'ordre et le pouvoir de juridiction, le monarque conférait la juridiction épiscopale, donnant finalement rautorité,à quelqu'un auquel on ne demandait que le sous-diaconat sans préparation. « Je tremble, s'écriait saint Vincent de Paul, que cedamnable trafic des évêchés n'attire la malédiction de Dieu sur ce royaume. » Henri IV, Louis XIII, Richelieu, firent des efforts sincères pour remonter le courant. On se rendra compte de ce qu'il avait accumulé de ruines morales en relisant ce que saint Vincent de Paul avait dû se contenter de faire décider par le Conseil de conscience sous la régence d'Anne d'Autriche, On ne nommerait plus d'enfants aux sièges épiscopaux. Il faudrait avoir dix ans accomplis pour être pourvu d'une abbaye. Il faudrait en avoir seize pour obtenir un prieuré ou un canonicat dans une église cathédrale, avoir au moins un an de prêtrise pour être évêque.
Ces efforts bien insuffisants, Mazarin n'allait pas tarder à les arrêter. M. Olier et le P. Eudes ne craignirent pas de lui en faire grief et c'est pour cela qu'ils le combattirent. On peut suivre alors un double mouvement. D'un côté se développe celui de l'absolutisme royal qui, tout en associant les chefs du clergé à la splendeur de son règne, use de lui et le compromet encore plus qu'il ne le sert, comme s'il devait démontrer que le partage apparent de la domination ne vaudra jamais pour l'Église la liberté de son ministère et qu'une politique comme celle de 1682 doit aboutir plus ou moins vite à une constitution civile du clergé. D'un autre côté se trouvent les saints et ceux qui tendent à leur ressembler de bien près, en travaillant par leur parole et encore plus par
leurs œuvres a la réforme intérieure du clergé, premier gage de la réforme générale des mœurs. Entre les deux se tiennent, comme ils peuvent, en un milieu difficile, les hommes de valeur, de vertu, de génie même, qui forment pour le succès de l'un des vœux sincères et travaillent à le faire aboutir, mais se laissent souvent entraîner par l'autre plus qu'ils ne le voudraient, plus que ne l'eussent réclamé, non seulement l'indépendance de l'Église, mais l'ensemble des libertés publiques. Nous n'avons plus a dire pour lequel de ces partis allait travailler le jeune prêtre Jean Eudes.