‹ Le vengeur de Montcalm [microforme]Chapitre 2 sur 26 · REP ESRI TON TRI · texte numérisé non relu

REP ESRI TON TRI

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- Toutefois les sauvages lui réservaient des tourments encore plus cruels. Ne pouvant briser son courage, ils résolurent de le frapper an cœur, en faisant souffrir le P. Lallemant sous ses yeux. Le jeune religieux fut amené en sa présence, les mains liées derrière le dos, dépouillé de tout vêtement, et le corps couvert des pieds à la tête d’écorces de sapin auxquelles on mit le feu.

Aux plainses de cet infortuné dont les chairs crépitaient sous l’action de la flamme, les Iroquois, en proie au délire que cause le paroxysme de la rage, répondaient par des contorsions affreuses, en répétant la sinistre mélopée du scalp. Enveloppé d’une fumée épaisse, le P. Lallemant, presque étouffé, levait les mains au ciel pour implorer du secours. On le frappa à grands coups de corde, et son corps, déjà mis en lambeaux par le feu, ne fut bientôt plus qu’une plaie.

Pendant ce temps, d'autres sauvages avaient fait

rougir des haches de fer ; ils en fabriquèrent un col-

lierqu’ilsmirent au cou du P. de Brébeuf; puis obéissant aux instigations d’un Huron apostat, ils répandirent lentement de l'eau bouillante sur la tête des deux missionnaires, en dérision des cérémonies du baptème.

Ce ne fut pas tout. Quelques-uns, ajoutant la raillerie à la cruauté, dirent que la chair de ces visages pâles devait être bonne ; ils en coupèrent surlecorps

des deux martyrs de grands lambeaux qu'ils mangèrent. Reprenant ensuite le chant du scalp, ils se ruèrent sur le P, de Brébeuf, lui tirèrent les cheveux, lui enlevèrent la peau de la tête, et comme il respirait encore, un des chefs lui ouvrit le côté d'où le sang jaillit en abondance, puis il lui fendit la poitrine, en arracha le cœur et le dévora,

Le supplice du P. de Brébeuf s'était prolongé pendant trois heures. Celui du P. Lallemant en dura dixsept. Après la mort de son compagnon, on le ramena dans la cabane où ses souffrances avaient commencé. On lui porta au-dessus de l'oreille gauche un coup de hache qui lui ouvrit le crâne et en fit sortir la cervelle. On lui arracha ensuite l'œil, à la place duquel on mit un charbon ardent. Enfin, épuisé par ces souffrances atroces, mais ne perdant pas un seul instant son énergie indomptable, le P. Lallemant expira, comme le P. de Brébeuf, sans avoir un seul regard de haine pour ses bourreaux.

Cette victoire décisive des Iroquois sur les Hurons fut le signal d’une guerre d’extermination dans le Canada. Les vainqueurs ne se contentèrent point de détruire les villages indiens, Ils ravagèrent la colonie française elle-même, et sans le canon de Québec, qui les tint en respect, la ruine de notre établissementeût étéinfailliblement consommée dès cette épo

que. Quoi qu’il en soit, les tentatives de paix avec les Cinq-Nations échouèrent; nos postes les plus importants, même ceux de Québec et de Montréal, se trouvèrent constamment exposés à des coups de main, et l'incurie de la métropole, alors tout entière aux guerres de la Fronde et d'Espagne, ne fit au'aggraver d'année en année cette situation déjà si périlleuse.

Aussi comprend-on l'empressement des Hollandais et des Anglais à tirer parti de cet état de choses. Le gouvernement britannique surtout montra en cette occasion une fois de plus les procédés auxquels il a recours pour agrandir son territoire colonial. Il s'attacha les sauvages en leur vendant de l’eau-de-vie, C'était en même temps le plus sûr moyen de faire disparaître la race. Colbert avait eu un moment la pensée d’agir de même. Mais Louis XIV s'était refusé à signer l'ordonnance sur la traite de l'eau-de-vie, et celle-ci fut interdite « sous les peines es plus grièves ». Le sentiment de l'humanité fit place en cette circonstance à la raison d'État, et qui oserait en blâmer le grand roi ?

Cependant, les gouverneurs français qui se succédèrent au Canada, MM. de la Barre, de Dénonville, de Frontenac, le chevalier de Callières, soutenaient tantôt avec mollesse, tantôt avec habileté, tantôt avec une grande énergie, l'intégrité de nos droiis contre les prétentions et les empiètements de la Nou-

velle-An, erre. M. de Callières parvint en 1700 à réunir à Montréal tous les chefs des tribus indigènes de 1a Nouvelle-France, sans en excepter ceux des Cinq-Nations iroquoises. II fut particulièrement aidé dans cette importante et laborieuse négociation par un chef de Hurons, dontle nom est resté légendaire parmi les populations des Grands-Lacs,

Kond : nk ou le Rat était un sachem vénéré de tous ies Indiens des Pays d’en haut. Sa bravoure était proverbiale, Sa supériorité d'intelligence dominait tous ceux qui l'entouraient ou l'abordaient. Non moins entraînant que sagace, il venait à bout des uns par l’éloquence, et des autres par l'esprit. Il avait le jugement prompt et droit, la repartie vive et pleine de justesse, et son regard, où passaient parfois de redoutables éclairs, était si généralemant empreint de douceur et de malice, qu'ii séduisait et fascinait autant qu'il en imposait. Grâce à lui, les Indiens comprirent les avantages que leur offrait la paix avec les Français; ils la signèrent en 1701, et, la veille même du jour où cet acte solennel fut conclu, ie Rat, accablé par les fatigues et le grand Age, mourut dans les bras du gouverneur, après avoir donné l'exemple d'une vie aussi utilement employée. Ù

La paix, faite de part et d'autre de bonne foi, eût duré à jamais sans la duplicité des Anglais, qui pousstrent les Iroquois à sortir de leur neutralité. Ajou-

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tons que le traité d'Utrecht et celui d’Aix-la-Chape.e nous placèrent dans des conditions peu favorables pour pouvoir espérer d’arrêler l'ambition de la Grande-Bretagne.

La reprise des hostilités, déterminée par l’assaseinat de M. de Jumonville, assassinat dont la responsabilité a longtemps pesé sur Washington, le remplacement au poste de gouverneur du marquis Duquesne par le marquis de Vaudreuil, la faiblesse de ce dernier, l'échec de Washington à la Nécessité en 1754, la victoire de la Belle-Rivière, enfin l’arrivée à Québec du marquis de Montcalm et du chevalier de Levis furent successivement les épisodes marquants

de cette campagne menée jusqu'en 1756 avec des alternatives de succès et de revers. Après bientôt cent ans de rivalité armée, les deux nations alors les

plus puissantes de l’Europe étaient encore aux prises / dans ce nouveau monde, où chacune d’elles, celle-ci par droit de premier occupant, celle-là par droit de È conquête, était avide de rester la maîtresse exclu- Ÿ sive. Ÿ Nous n’avons point à retracer ici l’héroïque carrière de Montcalm, Sa mémoire et ses exploits figurent à la ä plus belle page de nos annales. Mais ce que l’on con- = naît moins, et ce qui fait l’objet même de ce récit, = ce sont les causes qui, malgré lintrépidité et l'irré- “ sistible élan déployés à Chouegen, à Carillon, à —

Montmorency, fivent en définitive, au moment

à Le

Mort du générai Woilfe.

suprème, échouer l'audace presque fabuleuse du Grand-Vaincu.

Quelle lutte plus épique, en effet, que celle où les deux généraux opposés l’un à l’autre tombèrent presque au même instant mortellement blessés!

Montcalm commandait à Québec, dont les formidables positions semblaient pouvoir défier tous les assauts. Malheureusement ses troupes n'étaient pas assez nombreuses pour les défendre. C’est dans ces conditions qu'il tint tête aux Anglais pendant quatre mois. L’ennemi épuisé voyait chaque jour sés rangs décimés par la faim et par le feu de nos forts. Mais la ville assiégée fut enfin à bout de ressources. Il fallait frapper un grand coup.

Persuadés que la pointe Lévyetles hauteurs d’'Abraham, protégées par leur escarpement naturel, étaient moins surveiilées qu’: les autres points de Québec, le général Wolfentente hardiment l'escalade. Montcalm, presque aussitôt averti de cette manœuvre, court audevant de lui par le versant opposé. Au premier choc, Wolf tombe frappé en pleine poitrine. Sa mort redouble le courage des assaillants. Les Français se sentent devancés sur le plateau et plient. Montcalm, qui n’a jamais reculé de sa vie, s’indigne à ce mouvement à peine apparent de-défection, et d'un geste rétablitles chances du combat. Mais au même moment il s’aflaisse, frappé à son tour. Il demande à son médecin s'il lui reste encore un jour à vivre. — Une

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heure {lui dit-on. —Tant mieux ! s’écrie-t-il, le visage inondé de joie ; je ne verrai pas Québec aux mains des Anglais.

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Brave Montcalm ! Il comptait sans le traité de Paris

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