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sonnera bientôt, Une fois que j'aurai donné le signal convenu, les Onontagues commenceront le massacre. Ils tueront jusqu’à ce que leurs bras soient fatigués. Les scalps qui rempliront leurs wigwams seront si nombreux que les pappouses auront des cheveux blancs avant de pouvoir achever de les compter. Le sang des visages pâles coulera à flots, et ces flots seront si abondants, qu'un homme rouge pourra y promener son canot d'un soleil à l’autre sans toucher terre,
Ce discours emphatique fut accueilli par un grognement de satisfaction.
Le chasseur caché dans le buisson ne put réprimer un mouvement d’indignation. Le doigt sur la détente de son rifle, il se demandait s’il fallait faire feu sur le scélérat. Pourtant il maîlrisa sa colère et continua d'écouter sans bouger.
L'homme blanc avait regris la parole:
— Qu'aucun de vous, disait-il en attachant ses regards sur les sauvages, ne jerde le souvenir de ce que je promets ici. Vous êtes quatre, chacun de vous aura droit à un rifle neuf avec autant de poudreet de balles qu’il en faut pour six lunes. L'Ours-Maigre, votre chef, recevra en outre un baril d’eau defeu et une couverture. En échange de ces riches présents, qu'aurez-vous à me donner? Peu de chose. Je vous ai demandé, je vous demande encore de tuer un ce mes ennemis. Or, cet ennemi est aussi le vôue.
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L'homme dont je réclame la mort est celui quia semé la désolation et la ruine dars vatre tribu, celui qui se vante d’avoir orné sa cabane des scalps des Iroquois, Agniers, Annegauts, Tsonnontouans, Goyagouins et Onontagues. Cet homme, que vous haïssez autant qu'il vous haiït, je veux quil périsse sous vos coups. Quand vous-m'aurez apporté sa chevelure, je vous paierai. Plus tard je veus enseignerai le secret de la supériorité des visages pâles sur les hommes rouges dans les combats. Est-ce convenu ? Vou. savez de qui je veux parler ?
— Ogh! dit l'Ours-Maigre avec un ricanement diabolique, Œil-de-Serpent demande la chevelure du Buffle-Gris.
— En effet. Je veux que vous tuiez le Buffle-Gris ou le comte de Rochetonnerre, comme l’appellent les Français.
L’Indien allait répondre, quand un bruit sourd suivi d'un craquement et de la chute d’un corps lourd partit du fourré,.
Le chasseur, en entendant prononcer son nr:n, s’étaitincliné pour mieux saisir les projets de ceux qui complotaient sa mort. Cette imprudence devait lui être funeste. La branche qu'il repoussait de la main s'était cassée et l'avait entraîné.
L’'Ours-Maigre poussa un cri féroce. Il brandit son tomahawk et se jeta dans le fourré, que les autres sauvages se mirent en devoir de cerner, Quant à
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l’homme blanc que les Indiens surnommaient (Eilde-Serpent, il se prépara à faire usage de son rifle,
Tandis que le chef des Indiens tombait sur lui comme un forcené, Rochetonnerre se baissait pour ramasser son fusil échappé de ses mains. Surpris dans une position extrêmement désavantageuse, il eut néanmoins le temps de se dérober, Avec lapromptitude de l'éclair, il saisit l’'Ours-Maigre par le milieu du corps, le souleva de terre et le jeta si violemment contre un tronc d'arbre, que le sauvage s’abattit sans proférer une parole,
Prenant ensuite d’une main sa hache et de l’autre son énorme couteau, le comte s’élança au-devant de ses ennemis, sans prendre le temps de les compter. L'un d’eux était à sa portée et voulut parer le coup qui le menaçait en levant le bras pour protéger sa tête. L’arme terrible du Buffle- Gris lui pénétra dans le crâne avec un sonstrident, et fit jaillir sa cervelle à plusieurs pas. L'Indien tomba foudroyé.
Malheureusement le chasseur ne put se retourner assez vite pour faire face aux autres qui le prenaient par uerrière. Atteint aux deux jambes, il s’affaissa.
Ce mouvement lui sauvala vie. Comme il tombait, la balle partit du rifle de l'homme blanc qui effleura le sommet de la tête, Sa blessure lui fit perdre connaissance. Lorsqu'il reprit ses sons, il reconnut qu’il était solidement atlasbé et au pou-
voir de ceux-là mêmes qui, un moment auparavant, avaient juré sa mort.
Pendant ce temps l'Ours-Maigre s'était relevé.
Honteux d’avoir été vaincu et encore tout meur tri, le sauvage promena autour de lui son regard farouche.
Quand il vit le chasseur étendu sur le sol, fortement garrotté et hors d’état de faire un mouvement, il eut une exclamation de joie.
En même iemps il se précipita sur son ennemi sans défense.
L'homrue blanc l’arrêta d’un gesteimpérieux, et se plaçant entre lui et le comte :
— Pas encore, dit-il, le prisonnier m’appartient.
— Il afrappé l'Ours-Maigre,huria!l'Indien;lO s- Maigre le tuera !
Un éclair de férocité passa dans les yeux de l’Ononiague. Il fitun pas en avant, tandis quesa main serrait son couteau.
L'homme blanc étendit le bras pour le repousser,
— Je ne. veux point, dit-il avec calme et fermeié, empêcher mou frere rouge de tuer ce visage pâle.
N'ai-je point, äi ya quelques instants à peine, offert de payer richement la chevelure du Buffle-Gris ? Pourquoi donc aurais-je changé d'avis maintenant qu'il est venu de lui-nième se livrer à nous ? Que l'Ours- Maigre lui donne la mort, ilen a le droit, et mon
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cœur en sera réjoui. Mais qu'avant d'accomplir sa juste vengeance, il m’accorde un moment d'entretien avec le prisonnier. Quand j'aurai cessé de parler, l’'Ours-Maigre agira comme il lui plaira : je lui laisserai toute liberté, pourvu qu’il me délivre du Buffle- Gris.
— L'Ours-Maigre attendra, répliqua sèchement le sauvage. Il espère qu’'Œil-de-Serpent ne le trompera point, sinon...
Une menace significative acheva sa pensée.
— Trève de bravades, répondit l’homme blanc avec dédain. Tes craintes n’ont aucun fondement. Cet homme me gène autant qu’il te gène toi-même. Nous avons juré sa mort l’un et l’autre. Il n’échappera point à nos coups.
Endisant ces paroles, il poussa brutalement du pied le prisonnier qui gisait immobile et muet, attendant le sort qui le menaçait.
L'homme blanc était à peu près du même âge que le comte de Rochetonnerre. D'une taille élancée et bien proportionnée, il avait les traits réguliers, la physionomie fine et expressive. Ses cheveux châtains et soyeux encadraient un visage du plus pur ovale. Ses yeux grands e. bleus avaient uue étrange fixité. Son regard prenait, sous l'empire de la passion, un éclat métallique qui reflétait la basse cruauté d'une nature perfide.
Un frisson avait parcouru tout le corns du chasseur
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