‹ Le vengeur de Montcalm [microforme]Chapitre 9 sur 26 · WEB · texte numérisé non relu

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ya LE VENGEUR DE MONTCALM,

— Jeune homme, dit le comte avec un accent railleur, vous aurez tout à l'heure à mettre le nez à la fenêtre et à trouer une boutonnière dans la carcasse du premier diable rouge quis’avisera de tirer sur moi. Pour le moment ménagez vos munitions,

Le silence qui avait succédé à la chute des éclats de pierre se trouva bientôt rompu par un bruit sourd et presque imperceptible. Ce bruit qui ressemblait à un grincement n’échappa point à l'oreille attentive des Français.

A peine eut-il cessé, que des hurlements partirent de la crique. Presqu’en même temps une pluie de flèches et de balles s’abattit contre le rocher. Plusieurs des projectiles tombèrent inoffensifs aux pieds o deux compagnons.

Tapis contre la grande pierre dressée debout, et regardant parles meurtrières, ils prenaient plaisir aux vaines tentatives des assaillants.

Vauquelin, indécis, attendait les instructions du

comte.

— Il est évident, dit-il à voix basse, que ni vous ni

moi ne pouvons nous montrer. Ce serait nous exposer à une perte cerlaine,

— En effet, dit Rochetonnerre. Mais ce jeu ne tardera point à prendre fin. Une fois que leurs camarades seront arrivés au haut, ceux qui tirent maintenant d'en bas suspendront leur feu, à moins qu'ils ne

visent au hasard, pour nous elfrayer ou nous faire

ot à ts, +

prendre le change. Pour le moment, il ne nous reste qu'à nous asseoir dans la caverne et à attendre les événements.

Ils descendirent.

Tout à coup le comte toucha l'épaule du jeune

officier, puis leva le doigt avec un mouvement ex-

pressif.

Le lieutenant vit distinctement les jambes d'un Peau-Rougeengagées dans l'ouverture de la caverne.

En même temps l’Indien s> cramponnait à Ja corde.

Doucement, sans produire aucun bruit, Rochetonnerre se dressa d'hout,

Il ouvrit largement la bouche pour laisser l’air pénétrer plus abondamment dans sapoitrine.

Ensuite il saisit son large couteau entre les dents, de manière à avoir les mains libres.

Cependant le Peau-Rouge opérait sa descente avec précaution.

Bientôt les deux compagnons purent apercevoir ses reins musculeux.

Enfin l’Indien toucha terre.

Au même moment une main de fer le saisit par ‘4 milieu du corps et l'entraina avec une puissance irrésistible.

A cotte brasque attaque, le Peau-Rouge, éperdu, poussa un cri féroce. T1 lâcha la corde, qui alla frapper la paroi de la caverne avec un bruit strident.

Le cri d'alarme du sauvage eur de nombreux échos.

Supposant que leur compagnon avait péri en tombant et oubliant un moment qu’il devait s'attendre à rencontrer de la résistance, les Indieus, qui attendaient l'issue de ceile première tentative, exhalaient leur douleur en lamentations déchirantes.1

Toutefois ceux qui étaient restés dans la forêt

#.semblaient avoir mieux que les autres compris l’exactitude des faits. Altérés de vengeance, ils criblèrent en signe de représailles le rocher de leurs flèches.

Le lieutenant n'avait pas négligé la recommandation du comte. Déjà son rifle avait fait bonne besogne.

Tout à coup le jeune homme poussa un cri d’'horreur.

Tandis que Rochetonnerre arrachait le sauvage du rocher auquel celui-ci essayait de s'accrocher, le comte perdit lui-même l'équilibre et alla se jeter contre la paroi dela caverne.

Une minute de plus, et c'en était fait de Jui ; mais il ne laissa point à son ennemi le temps de se rendre compte de la situalion, Sa r'ain s’appesantil sur Ja gorgedu Peau-Rouge. En même temps il l’empoigna par la ceinture.

Mettant alors en œuvre la force herculéenne dont il était doué, il souleva l'Indien de terre et courut avec son fardeau à l'entrée de la caverne,

Le sauvage, lancé par-dessus la pierre, fendit l’espace en jetant un cri d'épouvante.

Un instant après, il s’abattait aux pieds de ses compagnons, le corps en lambeaux. i

Cependant l'effort surhumain déployé par le comte faillit lui être funeste.

Entraîné par le mouvement, il était arrivé jus-

“qu’au bord du rocher, lorsqu'il sentit une violente douleur à ia poitrine, et s’affaissa, privé de senti- . ment,

Il allait inévitablement rouler dans l’abime, quand le jeune officier le retint et le tira en arrière.

Les Indiens, terrifiés à la vue de leur compugaon mis en pièces, ne s'étaient pas aperçus que leur ennemi était à la portée de leurs armes.

Grâce à la présence d'esprit du lieutenant, le.comte avait échappé à la mort.

Rochetonrerre, vivement ému, pressa doucement la main de son sauveur.

Un moment après, ils’évanouit.

Heureusement Vauquelin avait sous la main un flacon d’eau-de-vie. Il desserra les lèvres affreusement pâles du comte, et lui versa dansla bouche tout ce quirestait de la liqueur brûlante. L'effet fut im- ‘médiat. Le comte ouvrit les yeux, et eut un soupir de soulagement. |

— Commentvous sentez-vous maintenant ? lui dit le jeune homme avec anxiété.

— Mieux, mon ami, beaucoup mieux. C’est toujours cette vieille blessure. Je ne tarderai pas à m’en a!ler. Lesaccès deviennent de plus en plus fréquents et douloureux, J'ai cru un moment que j'allais partager le sort du Peau-Rouge, et sans vous j'étais infailiiblement perdu. Je ne saurais assez vous remercier.

— Je n’ai fait qu'acquitter une partie de ce que je vous dois, repartit l'officier. Mais que comptez-vous faire maintenant ?

— Attendre. Rien de plus. Nousne pouvons sortir d'ic‘ avani la nuit, et, dans tous les cas, ils ne peu-

vent nous surprendre. Je ne suppose pas qu'ils aient envie de recommencer leur tentative de sitôt. Nous

per — 4 .

pouvons doncnous reposeret réparer nos forces, sans nous soucier d'eux. Avez-vous faim ? Vous avez là de la viande ; seulement il me semble difficile en ce

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moment de la faire cuire.

— J'ai faim en effet. Mais avant de prendre quoi que ce soit, je voudrais boire ; la soif me dévore.

— Un peu de patience, et ‘ous serez servi à souhait. Mon procédé m’a toujours réussi jusqu'ici. Il est vrai que c’est la première fois que j’ai à opérer sous les yeux des Peaux-Rouges.

Le comte se leva avec peine et atteignit la corne qui lui servait à puiser de l’eau,

Tandis que Vauquelin le couvrait à son rifle, Ro-

Ti

er

chetonnerre commença de mettre son plan à exécu« tion.

Les sauvages avaient disparu, emportant les cadavres de leurs compagnons. d

Lu corne, retenue par une longue corde, descendit promptement.

Les deux hommes blancs croyaient n'être point troublés dans leur besogne. Ils se trompaient.

Un des Peaux-Rouges, plus hardi que les autres, sortit du fonrré qui les’abritait et se précipita vers la crique.

Le lieutenant, qui avait suivi ses mouvements, le coucha er joue et fit feu.

L'Indi:u chancela.

— Arrêtez, jeune homme, cria Rochetonnerre.

N’achevez pas ce pauvre diable. Sa bravoure vaut qu’on l’épargne. Aussi bien notre corne se remplit, et le Peau-Rouge ne peut plus nous faire de mal.

En effet, la corne, pleine jusqu’au bord, montait lentemeni.

Le comte, heureux de son succès, allait vanter son habileté, quand un nouvel incident l’arrêta.

La corne, retenue par une saillie du rocher, était demeurée stationnaire. Avant qu’on eût pu la dégager, un coup de fusil partit de la forêt.

La corne, frappée en plein, vola en éclats.

Des ricanements et des cris de triomphe partis de MONTOALM L

l'abri où se cachaient les Peaux-Rouges, accueillirent cette prouesse.

Toutefois Rochetonnerre ne se laissa point décourager,

Ramener la corde à lui et y attacher une autre corne fut l'affaire d’un instant.

Cependant le sauvage qui avait risqué sa vie pour empêcher le chasseur dans son opération étaitparvenu à se relever et avait regagné son abri en se traînant.

La seconde corne descendit rapidement et alla se remplir,

Cette fois la réussite fut décisive.

La nouvelle corne, échappée aux balles et aux traits des sauvages, arriva toute pleine.

Les deux compagnons s’empressèrent d’étancher leur soif. Ensuite ils mangèrent quelques tranches de viande sèche,

Ce repas sommaire terminé, ils allumérent leurs pipes et s’étendirent sur les fourrures.

Vauquelin, moins accoutumé que le comte aux fatigues de la vie des prairies, s'endormit.

Rochetonnerre fit le guet.

La nuit venue, l'officier se réveilla et releva son compagnon, qui luirecommanda de ne pas le laisser sommeiller plus de deux heures.

— No's ne pouvons rester bloqués ici, dit-il ; et il importe de profiter des ténèbres pour effectuer notre sortie.

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