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CHAPITRE XII

Le sérum aiitivenimeux de Cheval.— Sa valeur antitoxique et thérapeutique. — Son mode d'emploi.

Le procédé que j'emploie pour immuniser les Chevaux à l'eUet d'obtenir de grandes quantités de sérum antivenimeux ne ditïère pas beaucoup de celui qui est utilisé pour la production du sérum antidiphtérique.

On commence par injecter, sous la peau de l'encolure, en arrière de l'épaule, des doses graduellement croissantes de venin mélangé à une quantité très petite et graduellement décroissante d'une solution d'hypochlorite de chaux à I 60. Les injections sont répétées tous les quatre ou cinq jours au début, ou espacées davantage si les phénomènes locaux sont trop accentués.

En général, au bout de deux mois environ, les Chevaux, dont il laut suivre les variations de poids avec la plus grande attention, peuvent supporter une dose do venin pur capable de tuer ^00 kilogrammes de Lapin. A partir de ce moment le pouvoir antiloxique de leur sérum est déjà très manifeste et les phénomènes locaux deviennent moins graves après chafiue injection de venin.-

Un délai d'au moins six mois est nécessaire avant qu'un sérum soit suffisamment actif pour qu'il puisse être employé en thérapeuti(|ue. L'iuimunisation des Chevaux

(Jure donc un lenips beaucoup plus long que pour la diplilôrie : cela lieni à ce que le venin est toujours très difïicileuicnl loléré par les animaux. Même après un grand nombre d'injections, l'œdème local persiste plusieurs jours; il n'est pas accompagné de fièvre, mais le Cheval est iD(|uiet, il ne mange pas, sa respiration est acco'lérée, haletante, il a des sueurs abondantes, puis au bout de deux ou (rois jours tout rentre dans l'ordre. Si on répète les injections trop fréquemment ou si on les fait trop abondantes, l'animai est pris de néphrite, d'hématurie, et succombe.

Le choix du venin qui sert aux inoculations des Chevaux n'est pas indifférent : je me suis toujours servi, de préférence, de celui de Cobra capel de l'Inde, parce que c'est l'un des venins les plus actifs, parce qu'il provoque moins d'hémorrhagies locales et moins d'oedème que les venins de certaines autres espèces telles que les Pscudechis d'AusIralie par exemple.

Il existe certainement dans tous les venins de Serpents, mais plus particulièrement dans le venin des Vipéridés, une subslance toxique dont l'action phlogogène, très intense, s'exerce exclusivement autour du point où l'injeciion a été faite. Cette substance ne paraît pas identi(|uc chez toutes les espèces de reptiles, car tantôt elle provoque de véritables hémorrhagies interstitielles, tantôt elle ne produit qu'un peu d'oedème blanc. Elle disparaît facilement par le chauffage aux environs de 75° et par l'addition au venin de très petites quantités d'hypochlorite de chaux.

Lorsque l'immunisation de l'animal à l'égard du venin de Cobra est déjà assez avancée, je lui inocule successivement des venins appartenant à plusieurs espèces de Serpents, dans le but d'épi-ouver sa résistance à ces divers venins et de l'accoutumer aux réactions locales de chacun d'eux. Quand il est capable de supporter sans malaise une dose de venin mortelle pour 500 kilogr. de Lapin, riuuuunisation est jugée

assez complète. On pratique une saignée d'essai et on éprouve le sérum comme pour la diplitcrie ou le tétanos. Pour être sufTisauunent ctTicace, le sérum antivcniuieux doit êire préventif au uioins à la dose de 0 ce. 1 par kilogr. de Lapin. Il est alors actif au 1 : 10.000. J'ai déjà dit que celui que nous possédons actuellement est préventif à 1 : 20.000, et il nous sera facile d'augmenter encore considérablement sa puissance.

Depuis un an, nous avons envoj'é de nombreuses doses de ce sérum dans l'Inde, en Australie et en Indo-Chine. Le Docteur Hankin, directeur du laboratoire bactériologique d'Agra (Inde anglaise) et le Docteur Lépinay, directeur de l'Institut bactériologique de Saigon, l'ont expérimenté scientiUquement au point de vue de sa conservation et de son efficacité à l'égard des diverses espèces de venin. On trouvera plus loin un document relatif à ces essais.

Dès à présent (mars 1896), nous possédons à l'Institut Pasteur de Lille un nouibre suffisant de Clievaux iunuunisés ou en cours d'immunisation pour répondre aux besoins de tous les pays où les Serpents venimeux sont le plus à redouter.

Le sérum est envoyé par nous en flacons plombés de 10 ce. contenus dans des blocs en bois qui portent la date de la préparation. Le laps de temps pendant lequel la conservation du sérum est assurée est d'un an. Passé ce délai, son pouvoir antitoxique baisse peu à peu: il est donc prudent de ne plus s'en servir. Chaque flacon est enveloppé d'une instruction relative au mode d'emploi. Voici le texte de cette instruction :

INSTRUCTION POUR L'EMPLOI DU SÉRUifl ANTIVENIMEUX

Le sérum antivenimeu.x est du sérum de Cheval immuuisé contre le venin des Serpents. 11 conserve ses propriétés pendant une année au moins, si on le maintient dans un endroit aussi frais que possible et ;i l'abri de la lumière, sans sortir le flacon de l'étui qui le

renfei'me. A une lempéralure supérieure à SO", le sérum devient inactif.

Pouooir prévenlif. — Le pouvoir préventif de ce sérum est au moins de 10.000, c'est-à-dire qu'il suffit d'injecter à des lapins, préventivement, une quantité de sérum égale à 1/10,000' de leur poids pour leur permettre de supporter douze heures après, sans être malades, une dose de un milligramme de venin sec de Cobra capella d'activité moyenne, dose capable de tuer des Lapins témoins en moins de quatre lieures.

Action Ihérapeutique. — Le sérum antivenimeux, injecté en quantité sullisante aux personnes mordues par des Serpents, empêclie les eflets du venin si l'intoxication n'est pas arrivée à une période trop avancée. Il faut l'injecter le plus tôt possible après la morsure. En général, chez les grandes personnes, qui succombent rarement moins de trois heures après avoir été mordues par les espèces de Serpents les plus dangereuses, l'intervention est encore très efficace une heure est demie après la morsure.

Le sérum est actif à l'égard des venins provenant de toutes les espèces de Serpents les plus répandues dans l'Ancien et le .Nouveau- Monde, lia été éprouvé avec les venins du Cobra capella et dn Trimeresurus de l'Asie, du Naj<i liaje et du CerasLes d'Afrique, du Crolaiiis de l'Amérique, du Bolhrops de la Martinique, des variétés de Pseudechia et d'Hoplocepkalus d'Australie, et des Vipères d'Europe.

La dose à employer varie suivant l'espèce du Serpent mordeur. suivant l'âge de la personne mordue et le moment de l'intervention.

En général 10 ce. suffisent pour les enfants au-dessous de dix ans, et 20 ce. pour les adultes. Néanmoins, lorsque le Serpent mordeur appartient aux espèces très dangereuses, telles que le Cobra capella, le Naja haje, le Crotale, le Bolhrops de la Martinique, Usera prudent d'injecter d'emblée une dose double.

Traitement des morsures venimeuses. — La première précaution à prendre est de serrer le membre mordu, à l'aide d'un lien ou d'un mouchoir, le plus près possible de la morsure, entre celle-ci et la racine du membre.

On lavera la plaie avec une solution récente d'hypochlorite de chaux diluée à un gramme pour 60 d'eau bouillie environ, et titrant à peu près G lit. 800 à 0 lit. 900 de chlore par 1000 centimètres cubes.

On injectera une dose de sérum antivenimeux dans le tissu cellulaire sous-cutané, au niveau du liane droit ou gauche, avec les précautions antiseptiques usuelles. On injectera ensuite avec la même

seringue, dans le trajet de la morsure et autour de celle-ci, en trois ou quatre endroits dilTérenls, quelques centimètres cubes (8 à 10 ce. environ) de la solution d'hypochlorite de chaux. Ces injections ont pour but de détruire sur place le venin qui n'a pas été absorbé.

On pourra, dès ce moment, enlever la ligature du membre, frictionner le malade, lui faire prendre du café ou du thé et le couvrir chaudement pour provoquer une abondante transpiration.

On doit éviter d'administrer de l'ammoniaque ou de l'alcool, qui ne pourraient qu'être nuisibles au malade et au traitement par le sérum.

Il est inutile d ■ caulériseï- le membre mordu au fer rouge ou avec des substances chimiques.

.Note importantp. — I^es médecins qui feront usage du sérum anlivenimeux sont instamment priés de vouloir bien communiquer les résultats qu'ils auront obtenus de son application, au Docteur CALMETTE, Directeur de l'Institut Pasteur de Lille (Nord), France.

Nous demandons instamment aux personnes qui se trouvent en mesure de nous procurer du venin de diverses espèces de Serpents,|qu'elles veuillent bien nous en adresser la plus grande quantité possible. Leur collaboration nous sera inflniment précieuse, car il est nécessaire que nous possédions toujours une réserve considérable de substance toxique pour entretenir l'état d'immunité de nos Chevaux producteurs^de sérum. La récolte du venin sur les Reptiles vivants ou morts ne présente^aucune difficulté. Voici, à cet égard, les conseils que nous croyons devoir donner à toutes les personnes de bonne volonté qui voudront bien nous prêter leur concours :

Instructions pour la récolte du venin des iSERPKNTS, destiné

A VACCINER les ANI.MAUX QUI FOURNISSENT LE SÉRUM ANTIVENIMEUX

A. — Lorsqu'on a à sa disposition des Serpents venimeux vivant en captivité, il est facile de leur faire produire pendant plusieurs mois des quantités considérables de venin.

Llî VliNIN DES SERl'ENTS

On doit, à cel effet, les enfermer dans des cages grillagées et vilrées à l'intérieur, alin qu'ils ne se blessenl pas la lèle contre le grillage. On ménage, sur le panneau supérieur de la cage une t-rappe assez large pour permettre de saisir fortement les Reptiles soit avec une canne dont l'extrcmilé est garnie d'un nœud coulant en cuir plat, soit avec une longue pince à mors rayés.

Lorsqu'on veut récolter le venin, on saisit l'animal par le cou avec la caune ou avec la |)ince, et on l'immobilise solidement, sans le blesser, contre une planche ou sur une table. On introduit entre les mâchoires du Serpent un verre de montre ou un petit verre conique à pied. Le Reptile mord aussitôt, à plusieurs reprises, le verre, et y laisse écouler une quantité plus ou moins grande de venin.

On porte immédiatement celui-ci sous une cloche à vide, ou, si l'on n'a pas de trompe ni de machine à vide à sa disposition, on peut se contenter de l'évaporer sous un bocal quelcon(|ue à très large ouverture, en plaçant le verre de montre (|ui c(mlient le venin au-dessus d'un petit récipient rempli d'acide sulfuri(|ue ou de chlorure de calcium sec.

En quelques heures, le venin est desséché. Il ressemble alors à une petite masse de résine jaune, écailleuse et fragmentée. On réunit le produit de cha(|ue évaporation dans une petite fiole bien bouchée, ou mieux dans un lube de verre mince qu'on scelle à la lampe à ses deux bouts.

En cet état, le venin ne s'altère plus; il conserve très longtemps son activité et i)eut être expédié par la poste.

B. — S'il s'agit de récolter le venin contenu dans les glandes de Serpents morts, voici comment il convient de procéder :

Le reptile étant couché sur une planche étroite en bois, on lui Gxc la partie supérieure de la tète et le cou avec des pointes. On détache la mâchoire inférieure avec des ciseaux. A l'aide d'un bistouri, on dissèque soigneusement les deux glandes à venin (pii se trouvent situées de .chaque côté de la

mâchoire supérieure, immédiatement sous la peau, en arrière des yeux. 11 faut opérer avec précautions pour ne pas blesser les glandes, (|ui laisseraient écouler la plus grande partie de leur liquide dans les tissus. On les enlève l'une après l'autre, d'avant en arrière, avec une pince, et on les porte dans un petit verre conique ou dans un verre de montre, où il est facile d'exprimer le venin qu'elles renferment. Les glandes exprimées sont rejetées. Il ne reste plus qu'à évaporer le venin comme nous l'avons dit ci-dessus^ soit dans le vide, soit dans un bocal dont Toriflce repose sur une soucoupe garnie d'acide sulfurique ou de chlorure de' calcium.

Dans les cas où il ne serait pas possible d'évaporer le venin, on pourra se contenter d'enlever les glandes des Serpents morts et de les immerger dans des flacons contenant une très petite quantité de glycérine pure. Le volume de glycérine ne doit pas alors dépasser celui des glandes. Dans ces conditions, le venin conserve longtemps ses propriétés toxiques, et on peut aussi, sous cette forme, l'expédier par la poste dans des boîtes en fer blanc.

Toutes les personnes (|ui voudront bien se charger de recueillir ainsi du venin de Serpents, sont priées d'adresser leur récolte à l'Institut Pasteur de Lille (Nord), France. Ce venin doit servir à vacciner les Chevaux qui fournissent le sérum anti venimeux.

Le sérum antivenimeux est d'autant plus actif et d'autant plus tardivement eflicace, que les animaux qui le fournissent sont plus fortement iiimuinisés.

Nous avons déterminé de la manière suivante le délai pendant lc(|uel l'injection est encore capable d'empêcher la mort après rinoculation d'une dose deux fois mortelle de venin à nos animaux d'expériences :

Inoculons à un certain nombre de Lapins par exemple, sous la peau de la cuisse, une même dose de venin,

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