‹ Le vent dans la nuitChapitre 5 sur 12 · I X T H R L U D 1 •: PASTORAL · texte numérisé non relu

I X T H R L U D 1 •: PASTORAL

Ma Chèvre et ma Chanson

ORSQUE tu vins à moi, chevrette abandonnée, Vaguant par la campagne ainsi qu'une vapeur, Ton museau coupant l'air de sa pointe affinée, Tes pauvres cils battaient de détresse et de peur.

Et moi, dépareillé, presque malheureux d'être. Je laissais sans accent ma flûte de berger, Esquissant d'un couteau distrait, sur quelque hêtre, La forme d'une nymphe ou d'un dieu bocager.

Je dressais aux asuets mes oreilles de lièvre Au souffle du matin courant sur les roseaux Et ma voix expirait sur les bords de ma lèvre Si je chantais le ciel, les arbres et les eaux.

Mais toi, par la fraicheur naïve de ton âge,

Par ton charme craintif et pur, tu m'attiras;

Et confiante, avec une grâce sauvage.

Tu vins comme une enfant te jeter dans mes bras

E ce jour, ma chanson s'incarna dans ma chèvre, Ma chèvre fut pour moi ma chanson qui vivait, Et ma chanson, ce fut ma chèvre qui rêvait. Toutes deux exhalant leur âme sur ma lèvre.

Et tu semblés aimer, chevrette, ma chanson. A la veillée, autour du feu, dans notre hutte, Le cœur de la foret s'exprimant en ma flûte, Tu m'ècoutes, sensible aux caresses du son.

Ou bien encore, au fond d'un val, au crépuscule.

Tu cesses de brouter et lèves ton profil.

Lorsque tu reconnais la fraîcheur de l'avril

Qui dans mon roseau clair comme un ruisseau module

Et ma chanson te rend tes traits, tel un miroir Où rêve avec douceur ta gracilité souple; Et nous formons, unis si gentiment, un couple Que les piètres humains ne sauraient concevoir,

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HEVRETTE,en avons-noLis parcouru, dessous-bois! Avons-nous broutaillé par les monts et les plaines Cependant que le mufle égrillard des silènes Nous guettait de son rire ordurier et sournois !

Plus d'un, aux yeux de porc bourrelés par la graisse

Attendit ton passage au profond d'un ravin,

Te bâfrant d'un regard allumé par le vin,

Plus obscène qu'un cri qui jaillit dans l'ivresse.

Cet autre, le visage affligé d'un lupus Et le crâne luisant d'un vernis écarlate Comme s'il fût enduit du sang d'une tomate. Osa t'ëclabousser de sourires lippus.

Ah! ce ne fut pas long. A peine sa grimace Eut-elle rougi Tair que, saisi par le col, L'ivrosne fut céans culbuté sur le sol Et sous mon pied fourchu tordu comme limace,

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ALHEUR au sacripant qui convoitait ma chèvre! J'éclatais. J'empoignais l'impudent par les crins, Et, le jarret gonflé de fureur et de fièvre, D'un seul coup de sabot je lui cassais les reins.

Que de naseaux saignants, de barbes arrachées! Pour des yeux trop gloutons, des gestes trop osés. Les chemins se semaient de moignons par jonchées. Que ma jalousie âpre avait pulvérisés.

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V^ UE je t'aime, chevrette incapable de nuire, Petit être si clair, aux minceurs de bouleau! Ta grâce fond dans l'air comme le sel dans l'eau Et ta barbiche semble une corne pour rire.

Ta blancheur délicate amollit l'horizon Et met plus de douceur sur la plaine endormie. Sœur de l'enfance, et pour le faible digne amie, Ton charme affectueux me tient en sa prison.

MA CHEVRE ET MA CHANSON

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Entre le paysage et moi tu t'interposes. Quand je parle, j'ai ta tendresse dans ma voix Et ton image est dans mes yeux lorsque je vois : Ta présence est un voile étendu sur les choses.

chèvre, tes chevreaux sont comme mes enfants Avec eux, paternel, je badine ou je joue. !1 me plaît que leur souffle anime sur ma joue Les poils autour de mes mandibules bouffants.

J'aime cà sentir danser sur mes genoux de faune Leurs si légers sabots qui ne me blessent pas; Et, tandis que mes mains tiennent leurs menus bras Leur museau blanc furète en ma barbiche jaune.

MA CHEVRE ET MA CHANSON

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D'autres fois, nous faisons les fous sur le gazon. Et je ris de les voir, souples comme des chattes, Sauter par-dessus moi, qui mets à quatre pattes Près de leur jeune ardeur ma vieille déraison.

'année où je faillis mourir d'une blessure, O bonne chèvre, c'est ton lait qui m'a guéri; Et, jailli de ton cœur simple, jamais tari. C'est, plus encor, le lait de ta tendresse sûre.

Et depuis que j'ai vu ton regard anxieux Tourné sur mon visage amaigri par la fièvre, J'ai senti tout le prix de ton amour de chèvre : Ma chanson a trouvé son accent dans tes yeux

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HEVRETTE, lu t'cndors sur un lit de feuillage Et ton sommeil aspire une odeur de verger. Je veille : et mon vieux cœur trouve, à te protéger, La douceur nécessaire aux tristesses de l'âge.

A ton front encorné mangé de poils houleux S'enroulent les rayons d'une lune opaline. Sur les arbres en fleurs que le vent tiède incline La nuit semble souffler des frissonnements bleus

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Et tu rêves d'ajonc, de ronce et de genièvre, Des bords d'une rivière ou du creux d'un taillis, Et je suis ton ami, faune aux traits envieillis, Q^Lii n'a jamais aimé que sa flûte et sa chèvre.

Sui

te norvep-ienne

ous un ciel dont le gris semble me faire accueil J'emporte, dans mes bras repliés, un cercueil, Un cercueil que mes mains serrent sur ma poitrine Et que larde sans trêve une atroce bruine. Comme une mère, sous la douleur étouffant, Serrerait sur son sein le corps de son enfant, J'emporte sous la pluie, à travers la Norvège, Sous la pluie où mon coeur meurtri se désagrège,

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