XVI. Internationaler Amerikanisten-Kongre
Cette liste demande en outre quelques explications. Tout d'abord nous avons l'apparition d'une nouvelle espèce de nombre, le mixte. Comme son nom l'indique, il tient du singulier et du pluriel. T'sœsta veut dire on est assis, tout en éveillant une idée d'unité; t'sœtilt'si a le même sens impersonnel, mais doublé d'une idée de pluriel, tandis que t'sœskhé signifie on est assis à deux. Tœlt'si et sœhta se rendent en français par asseyezvous; mais tandis que le premier se rapporte à plusieurs personnes, le dernier semble s'appliquer à une entre plusieurs. Si, m'adressant à une foule, je dis tœlt'si, tous les membres de cette foule se croiront invités à s'asseoir. Mais si je me sers du mot sœhta, la pésinence singulière de mon expression jointe à l'élément pluriel de la première syllabe, les laissera dans le doute au sujet de la personne qui doit seule s'asseoir entre toutes celles qui forment l'assemblée. De même pour rhœzta, qui pourrait presque se traduire par l'un d'eux est assis.
Quant au duel, les trois premières personnes impliquent concomitance avec un autre parti: je suis assis avec une autre, tu es assis avec un autre, etc. Sîkhé signifie nous sommes assis tous les deux, et diffère de t'sœs k hé en ce que ce dernier éveille une idée d'impersonnalité qui ne se trouve pas dans le premier.
La finale ta du singulier des verbes de station se change en tai pour le futur prochain affirmatif et en tal pour le même temps du négatif; t'si du pluriel devient t'sii et t'sil au même temps de l'affirmatif et du négatif respectivement, et le khé du duel se transforme en kheî et en khel, selon que l'on affirme ou que l'on nie, tandis que chaque élément pronominal subit à son tour les inflexions propres à chaque personne de ce temps.
Dix-sept personnes distinctes à tous les temps d'une catégorie de verbes, voilà qui ne peut guère s'appeler pénurie terminologique et qui doit faire tressaillir dans leur tombeau les déprédateurs des langues indiennes, en même temps qu'il devrait faire taire les voyageurs ignorants qui parlent de ce qu'ils ne connaissent point. Et pourtant il y a mieux encore : certains verbes de locomotion en comptent jusqu'à vingt-et-une ! On pourrait me taxer d'exagération si je ne citais au moins le présent de l'un d'eux.
Morice: Le verbe dans les langues dénées.
thœcyaih, je pars thînyaih, tu pars thœyaih, il part t'sœthœyaih, on part œzthœyaih | thœhyaih V. plus bas
rhœthœyaih I œzthœtil, nous partons thœhtiî, vous partez rhœthœtiî, ils partent t'sœthœtil, on part (plus bas)
thœs'as, je pars (avec un autre) thîn-as, tu pars (id.) thœ*as, il part (id.) t'sœthœ'as, on part (id.) thî'tas, nous partons à deux thœh-as, vous partez à deux rhœthœ'as, ils partent à deux thœtaih |
thœtil Impersonnel nominal, thœ'tas
En même temps que le radical yaih dénote ici un verbe de locomotion, le th initial range thœyaih dans la catégorie des verbes d'inception dont nous aurons à parler plus loin. En tant que verbe d'inception, ce mot offre une particularité qu'il est bon de noter. L'intellect indien, toujours log'ique et précis dans ses concepts, ne peut guère envisager l'action de partir comme un acte qui dure. Je pars, dites-vous; à peine avez-vous fait concorder votre action avec vos paroles, que le présent fait place au passé. Aussi emploie-t-on ce présent plutôt avec le sens de: je suis en partance, je suis sur le point de partir, que pour dire je pars, et le pas^é de ce verbe est-il bien souvent usité par le Déné là où nous nous servons du présent.
Mais ses vingt-et-une personnes, quel en peut être le sens exact? En voici les principales particularités. T'sœthœyaih, t'sœthœtil et t'sœthœ'as ont tous les trois on part pour équivalent; mais dans le premier cas l'action exprimée par le verbe est faite par un individu, dans le second par plusieurs et dans le dernier par deux. ïhœtaih, thœtil et thœ'tas ont entre eux les mêmes relations en ce qui concerne la question de nombre, mais ils expriment une idée encore plus impersonnelle, qui pourrait presque se traduire par: le départ d'un, de plusieurs et de deux respectivement. Œzthœyaih, thœhyaih et rhœthœyaih correspondent à peu près à l'un de nous, de vous, d'eux part; tandis que thî'tas est le duel régulier: nous partons tous les deux.
Voilà, je crois, une richesse d'expression que beaucoup de langues cultivées pourraient envier. Mais elle n'a rien à faire avec la surabondance verbale dont j'ai déjà parlé, et n'augmente pas