‹ Le verbe dans les langues DénéesChapitre 4 sur 9 · XVI. Internationaler Amerikanisten-KongreB · texte numérisé non relu

XVI. Internationaler Amerikanisten-KongreB

d'une unité le nombre des verbes dénés que j'ai déclaré s'élever à des millions. Ici je sens mon impuissance à mettre en quelques pages sous les yeux de mes lecteurs l'exposé d'un système qui, sans exagération aucune, demanderait un volume pour être complet. N'écrivant point une grammaire, je dois pourtant me borner aux grandes lignes, au risque de ne point faire honneur à mon sujet.

Le nombre merveilleux de ces verbes est basé sur la multiplicité de leurs formes et de leurs espèces. Par espèces j'entends ici non pas les divisions grammaticales en actifs et passifs, transitifs et intransitifs, ainsi que les impersonnels comme il pleut, il neige, lesquelles existent naturellement en déné, mais n'ajoutent point à la richesse de la langue. Je fais allusion à ces espèces qui, en modifiant matériellement la structure du verbe à toutes ses personnes et tous ses temps, en multiplient d'autant le nombre et le sens. Et pour qu'on ne m'objecte point que ce n'est là qu'une sorte de différents modes d'un même verbe, je cite ici la première personne de tous les temps primaires du verbe porteur nœs'a, je tiens en mains, à l'affirmatif et au négatif.

Affirmatif.

Présent: nœs*a Passé: nœsœs'ai

Fut. proch.i nœthîs-at Event.: nôs*a.

Négatif.

Présent: au nœlœzœs'œrh Passé: nœlœs'al

Fut. proch. : nœlthœzîs'al Event.: nœlœzôs'al.

Au est la particule négative qui correspond au français ne . . pas. Elle s'omet quelquefois. Nœîœzœs'œrh diffère à coup sûr de nœs-a. Ainsi en est-il de toutes les autres personnes.

Une autre forme qui s'applique à tous les verbes dénés est l'habituel. Cette forme consiste toujours dans une modification quelconque de la partie radicale, le plus souvent dans le sens d'une aspiration désinentielle, et elle a cela de remarquable que cette racine reste invariable en dépit du changement de temps. Nœs'a fait simplement nœs'aih à l'habituel, et son futur prochain est

Morice: Le verbe dans les langues dénées.

nœthîs'aih au lieu de nœthîs'aî. Le sens des deux premiers termes est respectivement: j'ai l'habitude de tenir en mains et j'aurai l'habitude de tenir en mains. Ajoutons à notre verbe typique l'infixé hwo, qui désigne un complément sous-entendu à proportions vastes et indéfinies, et nous aurons une autre catégorie de verbes qui, à leur tour, pourront se modifier par le négatif et l'habituel. Remplaçons ce hwo par dœ, il en résultera une nouvelle série de verbes qui auront trait à des objets longs et pesants; par ni, et le complément sous-entendu sera rond ou globuleux.

Mais ce n'est pas tout. Sans nous écarter des formes qui peuvent s'appliquer à chaque verbe déné sans exception, nous avons en porteur celle qui dénote erreur ou tort de la part du sujet. Elle est caractérisée par un n qui s'intercale immédiatement avant le crément pronominal, et a pour effet d'inflecter plusieurs finales. Sous l'influence de cette forme nœs'a devient nœnîs'ta, expression qui ne peut guère se rendre en français. A force de tenir un objet en mains, vous en devenez malade, vous vous fatiguez trop, vous vous brûlez, ou bien vous l'abîmez: nœnîs'ta» je l'ai tenu en mains avec des résultats fâcheux, est l'expression qui se présentera immédiatement à votre esprit.

Incorporez la particule tsé avant la syllabe nî de ces verbes, et vous obtenez une nouvelle série pour laquelle j'ai forgé le nom de timorative. Nœtsénîs'ta signifie, en effet, j'ai tenu en mains mû par la peur. Changez au contraire le nî des verbes d'erreur en dî, dœ, et vous avez un verbe d'appropriation: nœdîs'ta, j'ai tenu en mains en vue de garder pour moi. Il va sans dire que chacune de ces séries verbales peut en outre se multiplier par des verbes indiquant le vaste, l'espace indéfini (hwo) etc., en même temps que par les premières divisions mentionnées, négatif et habituel, ce qui complique en proportion et la facture et le sens de l'expression verbale.

Deux autres formes d'un usage fréquent sont propres à tout verbe porteur ou babine. Ce sont les formes inchoative et terminative. La dernière est caractérisée par la particule nen qui précède immédiatement la partie pronominale, sur laquelle elle influe aux troisièmes personnes d'une manière qu'il est inutile d'expliquer ici. Ex.: nenœs'a, j'ai fini de tenir en mains. Si vous changez ce nen en hwen, vous aurez un sens contraire: j'ai commencé de tenir en mains.

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