‹ Le verbe dans les langues DénéesChapitre 6 sur 9 · XVI. Internationaler Amerikanisten-Kongrefi · texte numérisé non relu

XVI. Internationaler Amerikanisten-Kongrefi

A défaut de terme moins impropre, j'appelle verbe de progression une certaine classe de verbes primaires remarquable par leur formation dyssyllabique avec finale du futur prochain au présent, ainsi que les trois syllabes de leur passé à préfixe qui semble à première vue négatif, et le th initial de leur éventuel. La forme progressive de nœs'a est œs'al, je suis à faire l'action de porter (à peu près l'anglais I am bearing); passé lœsœs'ai pour le transitif, le'zœs'ai pour le neutre; éventuel thus'a et œthus'a, selon que le verbe est transitif ou non. Cette forme s'emploie surtout avec un pronom complétif doublé d'une postposition; ut'sœ lœsœs'ai, à lui j'ai porté, etc.

Le radical -a de nœs'a indique le singulier dans le complément direct; remplacez-la par -tle, -tla, et le verbe demandera un complément pluriel. Mais outre cette forme qui se rapporte à la catégorie des verbes objectifs dont nous aurons bientôt à parler, il y a une classe de verbes qui impliquent une idée de multiplicité, que l'on reconnaît aux préfixes yanœ-, quelquefois nœ- tout court. Œssi, je fais, je rends, devient sous son influence yanœssi, je rends un grand nombre.

Cette forme rapelle celle des verbes de totalité, de plénitude d'effets, dont l'emploi est un peu plus restreint. Elle est usitée surtout avec les verbes d'instrumentalité. Ex.: œs'tah, je donne un coup de bâton; yais'tah, j'abîme, je mets en pièces à coups de bâton. Cette dernière classe des verbes est encore plus expressive, plus absolue dans les résultats de l'action exprimée que celle des verbes fréquentatifs, qui sont caractérisés par l'inflexion du crément pronominal, chose rare en déné. Ut'sé œssas veut dire littéralement à lui je fouette, i. e. je lui donne un coup de fouet; ussas (sans la postposition) signifie je lui donne plusieurs coups de fouet, je le flagelle.

La forme causative, au lieu de modifier ce crément personnel dans sa partie vocale, s'attaque à sa désinence consonantale. En d'autres termes, elle change la première conjugaison en la deuxième^), tout en influant parfois sur la racine verbale elle-même. Ainsi œszu est l'équivalent du français je suis bon; înzu, de tu es bon, etc. Au causatif nous avons œstzu, je rends bon; îltzu, tu rends bon, etc.

^) Toutes les conjugaisons peuvent se réduire à trois, caractérisées respectivement par l'n, l'I et l'I de la seconde personne du singulier.

Morice: Le verbe dans les langues dénées.

Comme résultat pratique de ce qui précède nous avons multiplication sur multiplication, ce qui, pour peu que nos calculs soient conscientieux, peut aisément avoir pour résultat plusieurs centaines de synonymes pour un seul de nos verbes français. Et pourtant on pourra objecter qu'il y a encore loin de là aux millions de verbes porteurs que j'ai annoncés. Or si le lecteur a maintenant la patience de me suivre dans mon exposé d'une autre espèce de verbes, dont les représentants foisonnent dans les dialectes dénés, il pourra par là non seulement pénétrer encore plus avant dans les coins et recoins de l'intellect indien et en admirer les inépuisables ressources, mais encore constater par une computation minutieuse le bien-fondé de mon assertion. Je fais allusion à la classe des verbes objectifs, c'est-à-dire de ceux dont les éléments changent selon la nature de l'objet quils ont pour complément.

Notre verbe mettre est l'un d'eux en déné. Comme l'esprit indien est éminemment pratique, positif et peu porté aux abstractions, il particularise tout et se sert pour exprimer une action d'un terme qui, sans nommer son régime, le détermine pourtant par sa finale. Me demandez-vous un synonyme exact du mot mettre? Je suis forcé d'avouer qu'aucun dialecte déné n'en possède, parce qu'il est impossible à l'intellect indien de dépouiller pareil concept de l'idée d'un complément quelconque. Mais permettez-lui de se reporter indirectement à telle ou telle catégorie d'objets en relation avec pareil verbe, laissez-le impliquer dans sa terminologie quelque idée de manière, d'état mental, d'accident, etc., et il pourra alors vous fournir pour ce seul mot plus de cent mille synonymes.

Oui, la langue porteur possède plus de cent mille mots pour exprimer notre verbe mettre, ou du moins on trouve dans son vocabulaire ce nombre de termes qui exigent comme équivalents des expressions dans lesquelles entre ce verbe. Et dire que les verbes de cette catégorie sont excessivement nombreux! Il me faudrait consacrer une douzaine de pages à ce seul mot. Le lecteur ne doit donc pas s'attendre à une énumération même imparfaitement complète. Pourtant j'aimerais à convaincre une fois pour toutes les incrédules que j'ai rencontrés sur mon chemin. Cette tâche m'imposera malgré moi quelques petits calculs assez peu intéressants.

Mettre en général, c'est-à-dire abstraction faite de la manière, la place ou l'état mental accompagnant l'action exprimée par le

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