XVI. Internationaler Amerikanisten-Kongrefi
verbe, se rend en porteur par nenœs'aih quand on a référence, directement ou indirectement, à un objet sans proportions ou qualités déterminées par des finales spéciales. Mais si l'objet mis est pluriel, le présent de ce verbe sera nenœstle, et tous les temps de l'affirmatif et du négatif seront proportionnément modifiés. Si c'est un animal, une personne qui ne marche pas ou une peau non tannée que l'on met, on dira alors nenœsthih au présent de l'affirmatif, et nous aurons ainsi une nouvelle série de verbes qui changeront en outre au négatif. Si l'objet dont on parle est granuleux, le verbe deviendra nenœstzaih; une étoffe ou peau tannée, nenœstcus; du foin, nedîstzéh; un liquide, nenœstzéh; de la marmelade, nenœstîéh; quelque chose de gros et pesant, nedîsthih, etc., etc. Nous avons ainsi une série de 46 verbes dont le radical, et quelquefois le crément personnel, changent selon le complément auquel ils se rapportent, ce qui en réalité fait 92 mots, puisque le négatif les convertit en termes absolument différents et complèts comme conjugaison. Mettons chacun d'eux à l'habituel, et le chiffre en devient 184. Transformons ceux-ci en verbes d'erreur, tout en leur laissant le caractère de verbes habituels: le résultat en sera 368 verbes bien conditionnés. Laissons-leur la caractéristique des premiers sans celle des derniers, et le nombre en sera par là doublé, donnant un total de 736 verbes. Répétant ce procédé en faveur de la forme timorative, nous n'obtenons pas moins de 1472 verbes. Si nous ajoutons à ces derniers les caractéristiques des verbes d'inception absolue, le résultat de notre opération sera 2944; si, au contraire, nous préférons leur donner celles des verbes d'inception relative, ce sera un autre 1472 à additionner avec 2944; total 4416. Au lieu du caractère inchoatif nous pouvons donner aux 1472 verbes ci-dessus celui de finalité, ce qui nous forcera d'ajouter ce nombre au dernier chiffre de 4416, soit un ensemble de 5888 verbes. Chacun de ces derniers peut, en outre, se transformer en verbe itératif; ce qui en doublera le nombre et nous donnera un total de 11.776 verbes. Tel sera le résultat si nous dotons ces nouveaux termes des caractéristiques des verbes neutres (23.552), et ainsi de suite. Sans compter que, au lieu de doubler simplement le dernier chiffre par l'addition d'une nouvelle forme s'appliquant à des verbes qui portent simultanément les caractéristiques de toutes les précédentes, on pourrait augmenter considérablement le total en revêtant séparément de la nouvelle forme
Morice: Le verbe dans les langues dénées.
d'abord les verbes de la première catégorie, puis ceux de la seconde, dénués des caractéristiques de la première; puis les mêmes auxquels on laisserait ces caractéristiques, etc. On voit de suite le résultat.
Mais ce n'est pas tout. Aux nombreuses formes déjà énumérées il faut ajouter celle des verbes de manière. Vous mettez quelque chose pendant que vous êtes dans un état de colère: le verbe sera alors nenœs'qéh — le principe d'une nouvelle série. Votre action se fait en cachette: ce sera nenœs'ih, avec un résultat identique; en chassant, et vous direz nenîcyût; en faisant glisser comme par accident, nenœskhet, sur des patins, nenœstzût; en jetant, nenœst'lis; en roulant comme une boule, nenœsmil, comme une roue, nenœspas; en traînant avec effort, nenœskrés, comme un traîneau, nenœskuh; en usant de violence, en forçant avec la main, nenœst'Ht, etc.
Ensuite il y a les verbes d'instrumentalité. Mettez quelque chose en balayant; vous devrez dire nenœssas; avec une pelle, ce sera nenœskhat; en râclant, vous vous servirez de nenœszoh, etc. Comptez maintenant les milliers de verbes, tous parfaitement complets en eux-mêmes, qui résulteront des multiplications occasionnées par chacune des séries dont ces termes ne sont que le principe ou premier verbe !
Et pourtant vous ne faites pour ainsi dire que de commencer dans vos opérations. Il me reste, en effet, à parler d'un des principaux caractères des langues dénées, leurs propriétés agglutinantes, en vertu desquelles des particules préfixées à la racine verbale munie de ses éléments pronominaux en modifient les sens autant que la structure. Vous mettez quelque chose dans l'eau: vous devez dire thas'aih; dans le feu, ce sera tsédœs'aih; dans un trou, une cave, vous aurez as'aih; dans la bouche de quelqu'un, vous direz uzayœs'aih; dans votre propre bouche, tsas'taih; dans sa poche, u'tiyœs-aih ; dans votre propre poche, 'tœdœs- 'taih; contre (un mur, etc.), khénœs'aih; autour de quelque chose, uneidœs'aih; en haut, tœras'aih; en bas, nas'aih; ensemble, l'tiyœs'aih ; côte à côte, lœdœs'aih; bout à bout simplement, llas'aih, et en nouant ensemble, Irœnas'aih; dans, peyœs'aih; sur, 'kœs'aih; pêle-mêle, îthanœs'aih ; à la porte, thénœs'aih; dans la maison, tanœs'aih, etc., etc.
Et, je le répète, chacun de ces verbes composés n'est que le premier d'une série dont les unités se comptent par milliers ! Evalue