‹ Le verger de CyprisChapitre 10 sur 11 · OFFRANDE · texte numérisé non relu

OFFRANDE

QUAND nos corps dormiront féparés dans la tombe, Poètes ! qui ferez l'aurore & le printems, Lifez mes vers, aux foirs où l'or ruiffelle & tombe, Sachant qu'en eux nos cœurs font unis pour les tems.

Puifque tes longs cheveux, plus triftes que décembre, Coulent autour de moi comme des fleuves d'ambre; Puifque ta lèvre humide a l'odeur du benjoin Et le joyeux éclat des plus beaux jours de juin;

Puifqu'cn ton corps facré j'ai placé mon feul culte. Que le monde vifible & l'univers occulte. En frémifflmt de vie ainfi que des eflaims. Se réfument dans l'abfolu de tes deux feins ;

Puifque, difpenfateurs tour à tour des défaftres Et du bonheur, tes yeux immenfes font des aftres Dont les clartés me font miférable ou vainqueur, Je te donne ces vers, mon génie & mon cœur !

Poètes ! qui viendrez aux époques lointaines, Si mes vers ne font point des hôtes inconnus Sachez qu'ils ont jailli, comme l'eau des fontaines, De fon vafte regard & de fes deux feins nus !

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