‹ Le verger de CyprisChapitre 9 sur 11 · AU SEUIL DE L'AN NEUF · texte numérisé non relu

AU SEUIL DE L'AN NEUF

O DERNIER jour du dernier mois î répands ta cendre Et ta poudre !... Rejoins les fiècles abolis... Horreur : un an nouveau !... Que fert donc de defcendre S'il faut gravir encor tes efcaliers polis ?

Aux éternels printems notre âme eft condamnée, Vaifleau que l'alizé régulier ballotta Toujours de mer en mer & d'année en année : Noël! L'An neuf! Montons... Montons vers Golgotha!

Qu'êtes-vous, douze mois, qui ferez ma demeure }

— Une Eglise?... Les temps maudits renailTent tels: Dogme, qui veut qu'en nous toute lumière meure, Foi des bûchers fanglants tranfformés en autels !

— Un Sépulcre ?... Et déjà, de ia prunelle ardente Il m'attire, montrant (es chemins grands ouverts... Oh ! drames infernaux de Shakefpeare & de Dante, J'ai peur : car avec moi mourront aufli mes vers !

— Un Palais ?... Qu'il efl beau dans la clarté légère ! Mais voici : Le bonheur eft un hôte inconnu Dans fes murs : point d'amour ! Ni nymphe ni bergère ; Ni faune, ni bouvier ; ni ferment, ni fein nu !

Tombeaux ! Prifons !... Pourtant près du lac, fur la berge. Quel efl ce toit?... Les fleurs le vêtent d'un manteau. Des fenfibles amans eft-ce la bonne auberge, Eft-ce votre maison. Madame d'Houdetot ?

C'efl: là l'humble logis, fous le chaume & l'ardoise. Durant ces douze mois qui fera ma maison. Alentour du verger, les vignes & l'armoife, Les guérets ou les blés marqueront la faifon.

PuilTent les Mois obfcurs me devenir propices ; Que de mon tendre amour ils écartent le deuil : J'entre dans la maifon fous d'éclatans aufpices. Car tu te tiens debout, ma muse, fur le feuil!

Page 1