LE VOYAGE
VIENS... Fuyons la cité, fa poufllère & Tes flaques D'eau boueufe... Partons... Nous relirons Jean-Jacques Dans un village.... Il efl: de ces hameaux encor Qui paroiffent plantés comme un joli décor. Tout eft prévu : le ciel, les roflignols, l'arôme Des églantiers, le lac & le vieux toit de chaume.... Nous n'irons pas plus loin : & pourtant nous ferons, — Ma tête sur tes feins maternels, chauds & ronds — Un beau voyage plein de belles aventures...
Nous verrons le Pays fabuleux !
Les mâtures Se gonflent des voiliers noftalgiques & lens. Le mouvement des flots berce des goclans Parefleux. Les ibis rêvent auprès des cygnes. Des îles de corail voient fadoucir leurs lignes Sous le brouillard d'azur que verfent les rayons... Tu frémis... Le foleil éclate... Appareillons!
éo Le Verger de Cypris
Je n'irai point, pareil à ces vieux capitaines Dont parle Hérédia, vers les rives lointaines Conquérir leurs tréfors.... Je les pofïede; car J'ai le gouffre ftrié d'or clair de ton regard! Ton palais efl: d'onyx & ta chambre d'opales; Tous les joyaux font là : faphirs noirs, béryls pâles, Emeraudes, rubis ; & les bleus diamans Sont d'innombrables, purs, lucides firmamens !
Nous voguons.... Le vaifleau f'inclinefur fes toiles... Ouvre tes yeux : ce font pour nos ciels les étoiles. Nous traverfons l'Efpace et le Tems...
Les bergers De l'Hellade ont lailTé paître dans les vergers Leurs troupeaux, & leurs doigts harmonieux & prefles Modulent les accens de leurs chanfons agreftes —
Aux cohortes l'orgueil des durs combats ! Le foir
Répand fa paix. Caïus vient fur fon banc f'afleoir;
Il déroule avec foin le volume fragile
Où le fcribe a tracé les œuvres de Virgile
Et rit de voir le pampre empourprer les raifins
Je fens venir vers nous les horizons voifms ; Les fiècles révolus paffent à tire-d'ailes Et tu les réfléchis dans tes larges prunelles.
Le Voyage 6i
Les vieux foleils amis, les aftres inconnus S'illuminent : je tiens dans mes mains tes pieds nus !
Nous n'aurons pas quitté nos parcs : ni les peloufes Et les framboifes qui de tes feins font jaloufes, Ni les maffifs taillés fur les vertugadins, Les rofiers & les lis graves de nos jardins. Nous n'aurons pas quitté nos forêts : ni les chênes, Ni les muguets du val, où les ombres prochaines Agitent d'un friffon le miroir des étangs... Et voici : nous aurons vécu tous les printems, Tous les pays, du pôle aux arènes numides. Par le baifer d'amour de tes lèvres humides ; — Deux petits paffereaux s'embraifent dans leur nid — Tu vois... Nous aurons fait le tour de l'Infini !