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y aurait encore beaucoup de choses à dire touchant d'autres puissances dont se vantaient Les sorciers du moyen âge et des temps modernes, mais nous croyons que cela suffit pour démontrer combien alors étaient malheureuses les généralions qui se courbaient ainsi sous l'influence d'une pareille superstition,
Pour avoir une idée du grand nombre de sorciers répandus en Europe, dans les derniers siècles, il nous suflira de dire ici, d'après des autorités irrécusibles, qu'on chassa de la ville de Paris, sous Charles IX, plus de trente mille sorciers : ce qui n'empêcha pas néanmoins la funeuse Catherine de Médicis, mère du roi, d'aller consulter, chaque jour, son sorcier astroloue, bien payé par elle, et de se livrer elle. méme à ces pratiques absurdes, Sous Henri II, successeur de Charles IX, on comptait plus de cent mille sorciers en France. “ Chaque ville, dit Collin de Plancy, chaque bourg, chaque village, chaque hameau avait les siens. On les poursuivil sous Henri IV et sous Louis XIIT ; le nombre de ces misérables ne commença à diminuer que sous Louis XIV. L'Angleterre n’en était pas moins infestée, Le roi Jacques ler, qui leur faisait la chasse très durement, écrivit contre eux un gros livre, sans éclairer la question.”
Des écrivains très-bien renseignés établissent qu'il a été brûlé, en Europe, plus de cent mille personnes pour cause de sorcellerie. Selon d’autres, ce nombre serait même bien au-dessous de la réalité, Cela parait, de prime abord, tenir de la fable, mais quand on connaît les motiis sur lesquels un juge se fondait lorsqu'il avait à condamner un prétendu sorcier, on n’est plus étonné du grand nombre de victimes qu'on fit passer par le feu, durant plusieurs siècles.
Par exemple, d’après un onvrage de Boguet, avocat, dans lequel se trouve : Une instruction pour un juge en fait de sorcellerie,” publié en 1601, il suffisait, pour condamner un sorcier à être brulé, que sa contenance fût inquiète ; de ne point jeter de larmes ; de fixer les yeux en terre ; avoir le regard effare ; de barbotter à part ; de blasphémer ; tout cela était indice, De plus, si l’accus® était triste, taciturne, S'il portait sur le corps quelque marque, s’il était saisi de graisse, (il ne faisait pas bon d’être gras à cette époque) tout cela indiquait un sorcier dont la peine était le supplice du feu ; mais d'abord le sorcier devait ètre étranglé, car 1l n’y avaitque les loup-garous qui fussent brûlés vifs. Tel est en résumé le “ chef-d'œuvre de jurisprudence et d'humanité de l'avocat Boguet qui reçut dans le temps les suffrages des barreaux.”
Aussi, nous pouvons dire en toute sûreté qu’à
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cette époque les tribunaux judiciaires ont en grande partie enfanté les sorciers et contribué pour beaucoup à répandre cette fausse croyance chez tous les peuples, même les plus civilisés, C'est une tache qui ne s’effacera jamais de l'histoire judiciaire du moyen âge, mème des temps modernes.
Nous admettrons volontiers, qu’à part les victimes innocentes, trouvées coupables de sorcellerie sur les indices ridicules qu'on vient de lire, les tribunaux judiciaires condamnaient parfois au supplice du feu des hommes qui le méritaient bien ; mais dans ces Cas on avait tort de les faire mourir comme sorciers, plutôt que comme de fiers gueux ; car, “un fait est certain, — à dit un auteur,—c'est que presque tous les sorciers étaient des bandits qui prenaient an masque diabolique pour faire le mal : c'est que la plupart de leurs sortilèges étaient des empoisonnements et leurs sabbats d'affreuses orgies, Ces sorciers étaient encore des restes de bandes hérétiques, conduits d'aberrations en aberrations à l’adoration toute crue du démon.”
Cependant, comme on a mis au rang des sorciers des hommes qui n'étaient point des bandits, mais bien plutôt des génies d’une haute portée dans la connaissance des différentes sciences humaines, surtout dans la magie, il est bon, :oyonssous, d’en dire quelques mots ici.
La croyance aux sorciers fut tellement générale dans les derniers siècles, qu’on en voyait dans toute chose. La moindre découverte valait de suite à son auteur le titre de sorcier, Par exemple, qui ignore que l'inventeur de l'imprimerie fut persécuté en compagnie de ses associés, Faust et Shæffer, dès l'apparition du premier livre imprimé par eux vers le milie” du XVe siècle ? En France, dans la ville capi ©, Paris, les personnes qui avaient acheté la bible, imprimée en encre rouge par Faust, ne virent dans l'impression de cet ouvrage que l'œuvre du diable. Faust fut accusé comme sorcier, et, sans la protection de Louis XI, alors régnant, cet imprimeur aurait subi inévitablement le supplice du feu.
En un mot, disons qu'il suflisait alors, pour ètre désigné comme sorcier, qu'un homme, par sa science, s'élevât quelque peu au is du commun des mortels. C'est ainsi qu'on à mis souvent à tort au nombre des sorciers, mème des
papes, des évêques, des rois, des hommes de lettres, des inventeurs, des magiciens, enfin la plupart des hommes qui se livraient à l'étude des diverses sciences humaines.