CHAPITRE XIL
Les Revenants...... de la peur !
La croyance aux revenants est une question 4% qui occupe encore les esprits de l'Ancien comme du Nouveau Monde. Ce n’est pas à nous à déclarer qu’il n’y a point de revenants. Au contraire, nous croyons à l'existence de revenants réels ® quoiqu'en disent ceux qui doutent de tout. Mais, nous dirons avec une haute autorité, que les
: revenants supposés, ou par la supercherie, ou par
un mal entendu, ou par le hasard, ou par la peur, sont mille fois plus nombreux que les revenants véritables.
Voici un exemple de ce que la peur et le hasard peuvent faire croire à des revenants qui ne le sont point, Nous devonscette narration à Hubert LaRue, publiée dans son Voyage Sentimental sur la rue St Jean :
‘* Une nuit, je veillais auprès d'un mort avec un de mes amis, paroisse de...
‘ Le mort était étendu sur son lit funèbre, et recouvert d’un drap blanc, sous lequel se dessinaient confusément la tête d’abord, les mains ensuite, croisées sur la poitrine, et les pieds, Auprès du lit était une petite table recouverte d'un drap blanc, et sur cette table deux chan delles fumeuses projetaient dans l'appartement une lueur incertaine. Sur la mème table, entre les deux chandeliers, on voyait une soucoupe remplie d'eau bénite dans laquelle plongeait une branche de rameau bénit,
“ Mon compagnon était assis dans l'angle de la cheminée, moi j'étais assis à l’autre extrémité de la chambre en face du lit funèbre.
“ Nous conversâämes pendant quelque temps de choses et d’autres, des bonnes qualités du défunt, du vide que sa mort laissait, au milieu de sa famille et de ses amis ; nous répétâmes toutes
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& ces banalités que l’on répète à propos de tous les morts et que l’on oublie l'instant d'après,
“Une vieille horloge — couronnée de trois boules de cuivre—horloge du temps des français comme disait mon compagnon, se mit à sonner uue heure, Cinq minutes plus tard, un ronflement vigoureux m'annonça que Mon COMpAgNON de veille n'était plus à que pour la forme.
“Après tout, mo dis-je, à moi-même, il à peutôtre raison ; le mort n'en sera pas plus mal pour tout cela et mon compagnon s’en trouvera bien mieux demain matin. Pourquoi n'en ferai-je pas autant 1?
‘Je fermai les yeux, j’essayai de dormir. Mais le voisinage du mort, les siffl'ments sinistres de La rafale qui s'engouffraient dans la cheminée, le pétillement de la grèle et de la neige sur les vitres m2 tenaient éveillé malgré moi,
“Mille idées bizarres, mille réfl:xions me tourmoentaient l'esprit, * Un jour, je serai comme cela, moi aussi... des parents, des amis, viendront jeter un peu (d'eau bénite sur mon corps, faire une courte prière à mon intention... Qui veillera auprès de moi la dernière nuit ?....…. Puis le service......puis six pieds de terre, et plus MÉivste
“ La neige et la grèle fouettaient toujours les
vitres, le vent mugissait dans la chominée, et mon compignon coutinüiul à ronfler,
J'ouvre les yeux, mais, qu'apercois-je, grands dieux! Le drap funèbre qui se soulève, et les pieds du mort qui s'agitent !... Un frisson d'horreur me glace les veines... je ferme les veux malgré moi.
«Je les rouvre au bout de quelques secondes, je regarde, voulant me convaincre que c'est une hallucination, une dlusion de la vue, Hélas je mai que trop bien va. Gette fois, ce ne sont
pas les pieds, mais bien Îles genoux qui se
meuvent, . De deux choses lune, prnsatje on moi-même, ou ce mort n'est pas bien mort, où il va ressusciter ; alors, El vaut mieux mi tenir prèt à toutes les éventualités ; je fixailes veux sur le lit, décidé à épier tous les mouvemonts di mort et à me mettre en garde.
‘Toutà-coup, voila les mains qui se soulèvent,
C'en est fait, me dis-je, il va se lever, J'aurais voulu crier, appeler mon compagnon; j'avais peur dè l'écho mème de ma voix ; une sueur froide perlait sur mon front. Je regarde autour de moi, cherchant une issue pour sortir. La porte me semblait cent fois trop loin ; tout auprès de moi était une fenêtre, mais il fallait le temps pour l'ouvrir... si je pouvais passer à {Pav
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Enfin, redoublement de frayeur! voilà la tôte qui s'agite, Je n’y tiens plus. Je bondis sur mes pieds, saisis ma chaise à deux mains, résolu de me défendre jusqu'au bout et de tuer ce mort s'il n'était pas bien mort...
Heureusement, je ne fus pas contraint d'en venir à cette extrémité ; Pinstant d'après je vis sortir de dessous Le drap... Un gros chat gris! 1?
Régle générale il faut croire aux revenants réels tout comme nous devons Croire aux Imiracles, tauis jamais au-lelr de Pintelligence et da l'esprit de l'Elise, »
Sortir de là c'est s'exposer à lerreur ; mème à prendre encore de gros chats gris, où d'autres couleurs, pour des revenants,