‹ Le véritable petit Albert ou Le trésor du peuple [microforme]Chapitre 66 sur 82 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Craignons les Procès : l’Huître et les Plaideurs.

“Le meilleur p'ocès ne vaut pas le plus mauvais accommodement, ”?

Il paraitra peut-être étrange de donner place ici à un chapitre de ce genre, qui n'a nullement rapport à l’industrie agricole. Mais cette question touche de trop près les classes laborieuses en général, surtout celle des campagnes, psur nous abstenir de mettre en garde tous ceux qui préfèrent entrer en procës, plutôt que de régler leurs difficultés entre eux, quand bien même il y aurait de grandes concessions à faire de part ou

d'autre, surtout lorsqu'on connait la maxime sui- k vante, si pleine de verite, que ‘le metlleur pro- q ces ne vaut pas le plis mauvais accommode.- Le ment. ” ” Il est bon de se rappeler de tem:;s à autre qu'une à Cour de justice est le plus souvent, pour les hom- hs nes à procès Ou à chicane, Ce qui revient au inème, —un gouffre sans fond,oùvouts'engioutir à jamais nc les biens de la plupart de ceux qui y mettent une fa fois les pieds. Ou a vu assez souvent des per- na sonnes entrer en procès pour des choses presqu'insignifiantes, des bagatelles, enfin, eten sortir, après bien des péripéties, totalement ruinées..….... us

Par exemple, voici une personne qui prétend

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que sou voisin à empiété sur sa terre de quelques pouces, en renouvelant une clôture tombée de vétusté. pendant que le dernier soutient de son côté tout le contraire, La difficulté augmente petit à petit : on se chicane, on se dit des injures, puis vite on prend le chemin de la viile, pour aller consulter un avocat. Inutile d: dire que la cause de notre homime à procès est trouvée excel. lente : # Vous gagaorez votre procès, lui dit Phomine de loi, et je m'en charge,” Un autre avocat en dit autant an défendeur, -atten lu que toutes les causes so it excellentes d’après certains avocats, —et voilà la lutte engagée. Elle dure des mois, souvent d:s années, et se termine eufia par un jugement, disons favorable au demandeur :

ce dernier entre, il est vrai, en possession de ses quelques pouces de terrain; mais, pour ea payer la façon à madame la Cour, il lui faut trouve une somme,en bel argent, valant vingt, mème quarante fois plus que ce qu'il a obtenu, et sans délai, car en cour : point de crédit !

Quant à l'infortuné qui a perdu son procès, il nous semble lentsndre faire le reproch: que faisait un jour un arisien à son avocat, qui venait de perdre &° :ause :

LE PLAIDEUR.—Perdu, monsieur... perdu sur

tous les points.....et vous me disiez encore ce matin que ma cause était excellente !......

L'Avocar—Parbleu.....je suis encore tout prêt à le soutenir si vous voulez en appeler......mais je vous préviens qu'en Cour royale je ne le soutiens pas à moins de cent écus !......(Les Gens de Justice. ).

Nous avons lu encore quelque part: Un plaideur se présente un jour chez un célèbre avocat, à Paris,et le prie de se charger de sa cause : ‘Votre affaire est excellente, lui dit lavocat, mais je suis fâché que vous veniez si tard, je me suis engagé ce malin à plaider pour votre adversaire.— M'iis si ma cause est bonne, remarque le plaideur, la sienne ne peut Pêtre. C'est ce que nous verrons à l'audience, ” répond l'avocat,

Aussi, Bargeton, célèbre avocat de Paris, avait bien raison lorsqu'il disait un jour à M. de Trudaine : * Deux lois gouvernent le monde : la Loi du plus fort, et la loi du plus fin.” Et que les lois sont encore, Comme l’a dit un grand penseur, “les toiles d'araignée : les petites mouches y sont prises, les grosses brisent la toile.”

N'oublions donc jamais que si les guerres et les épidémies ne sement sur leurs passages que la mort et la désolation, de leur côté, les procès et les Cours de justice ne laissent le plus souvent que ruine et misère à ces plaideurs qui entrent à tout propos dans cette voie tortueuse et toujours si incertaine.

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Ah ! s'il n'y avait de rétribués que les avocats gagnant leurs causes, on ne verrait pas autant de D'ailleurs, pourquoi n'en serait-il pas d’une cause perdue, comme il en est de tout contrat ou engagement non rempli, pour les choses ordinaires de la vie ? Par exemple, ne crierait-on pas, avec raison, à l'injustice s'il nous fallait payer tout de mèmele coût detravaux quelconques non exécutés ou d'objets achetés dont on ne pourrait obtenir la possession ? Les avocats ne seraient.ils pas les premiers à tonner de toute la force de leurs poumons contre un acte aussi illégal ?....

Aussi, Napoléon le-Grand avait bien compris tout le ‘ fleau des procès, qu'il disait être une véritable lèpre, un vrai cancer social.” Ce qui 4 faisait dire un jour, durant son exil à Sainte- Hélène, ces paroles si judicieuses que nous reproduisons 101 : ‘ Péji mon Code les avait (les procès) singulièrement diminué, en mettant une foule de

causes à la portée de chacun ; mais il restait encore beaucoup à l'aire au législateur, non qu'il dût se flatter d’'empéècher les hommes de se quereller ; ce devait être de tout temps. Mais il fallait empêcher uu tiers de vivre des querelles des deux autres, empêch:r qu'il les excitât même, afin de mieux vivre encore. J'aurais donc voulu établir qu'il n’y eût d’avoués ni d'avocats rétribuës que ceux qui gagneraient leurs causes. Par

li, que de querelles arrêtées ! car il est bien évident q:il n’en serait pas un seul qui. du premier examen d'une cause, ne la repoussât si elle lui semblait douteuse. Ou ne saurait craindre qu'un homme vivant de son travait voulût s’en charger pour le seul plaisir de bavarder ; et mème, dans ce cas encore, le travers ne serait nuisible qu’à lui seul. Mais avec les praticiens, ob:ervait l’Em. pereur, les choses les plus simples se compliquent tout aussitôt. On me présenta une foule d’objections, une multitude d'inconvénients : et moi, qui n'avais pas de temps à p'rdre, j'ajournai ma pensée, Mais, encore aujourd’hui, je reste convaincu qu'eile est lumineuse, et qu’en la creusant, la retournant ou la modifiant, on pourrait en tirer grand parti.” (1)

Voilà qui est parlé en véritable ami du peuple! C'est bien là, assurément, une pensée lumineuse, comme la dit le grand homine, et qui mériterait d'être creusée, retournée ou modifiée afin d'en tirer parti !

A Dieu ne plaise qe nous veuillons adresser ici quelques reproch:s à nos avocats plus partieulièrement, car, nous devons le dire pour leur honneur, nous somimeés au contraire fermement convaincu que tous les hommes de loi conscien:aeux,—et nous nous flattons d’en connaître plu-

(1) Mémorial de Sainte-Hélène,

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