CHAPITRE I
Les Chercheurs de Trésors.
On compte deux classes d'hommes parmi les chercheurs de trésors cachés; mais leur idée est à peu près la même quant à leur existence et aux moyens qu’ils doivent employer pour les découvrir : tous croient que des esprits malfaisants, Suppôts de l'enfer, en sont les gardiens fidèles.
Dans la première classe, nous placerons tous ceux qui, tout en croyant à l’existence de ces trésors, ne poussent point néanmoins leurs perquisitions nocturnes au point d'abandonner leur travail manuel, et de mettre ainsi leurs familles dans la misère. Aussi, nous avons la ferme conviction qu’il nous suffira de leur prouver, pour leur faire abandonner cette voie qui aboutit toujours aux déceptions et à l’in-
somnie, que c’est une fatale erreur d’entre-
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tenir une pareille croyance, qui n’a fait partout que des dupes et des malheureux.
Dans la seconde classe, nous placerons tous ceux qui sont ennemis du travail, et les désœuvrés, qui, ayant rejeté tout principe qui caractérise le véritable chrétien, le bon père de famille et l’utile citoyen, cherchent, jour et nuit, quelque trésor imaginaire, à l’aide des moyens enseignés dans les livres trompeurs, déjà mentionnés, sans s’occuper, le moins du monde, des horribles blasphèmes qu’ils profèrent parfois contre la Majesté Divine, en récitant, dans ces circonstances, certaines conjurations où formules de prières des plus impies, non plus que des misères de tout genre qu’ils amoncèlent sur leur tête coupable,
Quant à ceux-là, nous Pavouerons, il faudrait Presque un miracle pour leur faire abandonner cette fausse croyance et pour les gagner à Ja vérité. Généralement, lorsque vous parlez à lun de ces chercheurs de trésors, de ses devoirs comme chrétien, comme père et comme citoyen, il restera sourd à ce langage qui frappe ses oreilles inutilement. Mais, au contraire, parlez-lui de trésors ; dites-lui que vous avez le Petit- Albert, ou tout autre livre de sécrets mer: veilleux, alors vous serez certain de faire vibrer chez cet homme la corde sensible de toutes sés convoitises, Vous verrez sa figure s’épanouir de bonheur, ses yeux s’enflammer, et, la bouche béante, de sa poitrine halétante, s’échappera un soupir suivi de cette supplication :
— Ah ! monsieur, si vous étiez assez bon que de me procurer le Petit-Albert, ou le Dragon- Rouge ou bien encore le Grimoire, vous me rendriez mille fois heureux, car, à Paide de l'un de ces livres, je pourrais conjurer et chasser les esprits malins qui gardent un certain trésor
dont je connais seul l’existence, et je deviendrais riche ?
Pauvre homme, il ne sait pas qu’il snupire après un livre qui ne peut que l’induire ea erreur ; Caril est une chose certaine, c’est que tous les ouvrages de ce genre, n’ont été inspirés et écrits que pour tromper des gens ignorants et par trop crédules. Tous ces ouvrages, enfin, qu’on regarde aujourd’hui comme autant de monuments élevés en l'honneur de la sottise humaine des temps passés, n’ont eu pour auteurs que des hommes à l'esprit pervers, animés du désir de faire fortune, en répandant, parmi le peuple, des milliers d'exemplaires de leurs publications toujours mensongères quand elles ne sont pas d’un bout à l’autre un blasphême horrible contre la Foi chrétienne et catholique.
Aussi, ne voit-on que des hommes dépravés, sans principe religieux, ou du moins d’une ignorance et d’une crédulité impardonnables qui osent croire encore à de pareilles absurdités.
Les tristes résultats de ces fausses croyances, sont que les chercheurs de trésors traînent presque tous une existence vide et malheureuse, dont le terme seul met fin à leurs folles espérances, Telle est, n’en doutons pas, la déplorable condition inévitablement réservée à tous ceux qui courent à la recherche de trésors éphémères, avec le Grand ou le Petit-Albert, le Grimoire ou le Dragon-Rouge en main...
À ce propos, nous rapporterons ici le trait suivant :
Il y a une quinzaine d'années, une personne de cette ville, que nous avons très bien connue, se livrait depuis déjà longtemps à la recherche de trésors cachés. Cet homme était tellement imbu de cette fatale pensée qu’il fut toujours impossible de le désabuser. Chaque an..ée,
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on le voyait apparaître, tantôt à l'imprimerie, tantôt chez les libraires, tantôt dans nos in- Stitutions religienses : inutile de dire que le Pelit-Albert était le seul objet de ses visites, qui lui avait toujours valu de sévères remontrances, tant à cause de son ignorance que par TaPport aux niaiseries contenues dans le livre qu’il tenait tant à se procurer.
© Néanmoins, le malheureux ne se tenait jamais pour battu, Au contraire, toutes ses
pensées, tous ses désirs, toutes ses espérances tendaient vers un seul but : c’est-à-dire,
qu’à l’aide du Pelit- Albert, il trouverait infail-
liblement un trésor. Enfin, il lui arriva un Jour
de faire la connaissance d’un être semblable
à lui, mais plus heureux, car ce dernier possé-
dait le livre tant désiré. Il avait en outre le
Dragon-Rouge ! Quelle trouvaille ! disait-il,
Puis de se mettre à faire des perquisitions à . droite et à gauche, pour trouver son fameux
trésor.
Dix années plus tard, — il y a de cela à peine vingt mois, — un corbillard cheminait sur la rue Saint-Jean vers le nouveau cimetière catholique, à Sainte-Foi, Dans ce chariot, dont la forme écrasée et la nudité complète nous faisaient reconnaître de suite celui appartenant à l’Hôtel-Dieu, se trouvait le corps d’un malheureux que la dernière des misères avait forcé d’aller mourir à cet hôpital, après avoir passé plus de la moitié de sa vie à la recherche d’un trésor. Ces restes mortels, on l’a déjà Compris, étaient ceux de cet homme qu’on a vu tantôt s’allier au possesseur du Petit-Albert et du Dragon-Roure,…. ,
Un artiste humanitaire a peint quelque part le triste spectacle du convor du Pauvre, suivi
d’un seul ami fidèle : son chien ! Eh bien ! le convoi de cet infortuné ne se composait seulement pas de cet ami fidèle de l’homme !.…..
Après cela les commentaires deviennent inutiles : chacun peut les faire soi-même.