RS CHAPITRE III
Histoire de six Chercheurs de Trésors, Québec.
Afin de démontrer tout le ridicule dont se couvrent les chercheurs de trésors, nous ne voyons rien de mieux que de rapporter ici quelques histoires, chacune sous son titre respectif, touchant ces sortes de recherches. Nous les livrerons à la curiosité du lecteur telles qu’elles nous ont été racontées par des témoins oculaires : c'est à ce titre seul que nous en garantissons l’authenticité.
Il y a quelques années, une personne de cette ville, laquelle avait été alliée à une bande de chercheurs de trésors, nous fit le récit d’une des perquisitions nocturnes de cette bande. Il va sans dire qu’on ne fait de pareilles démarches que de nuit, surtout à cette heure si solennelle qui voit tant de crimes se commettre, depuis les vols les plus audacieux jusqu'aux meurtres les plus abominables: Minurr !....... C’est l’heure de prédilection de ces fous malheureux.
Un soir, dit-elle, c'était en Juillet, vers onze heures, nous partîmes du faubourg St-Jean six de notre bande, tous bien déterminés à nous saisir, coûte que coûte, d’un trésor considérable, dont l'existence n’était connue que de celui qui nous conduisait au port assuré de la fortune. Après quelques minutes de marche, nous nous trouvämes au bas d’un champ servant de pâturage à un troupeau de bêtes à cornes, tout près de la
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Côte-à-Sauvageau. Arrivés à l'endroit du trésor, notre chef, qui connaissait tous les secrets du Pelit-Albert et de bien d’autres livres merveilleux, commença par faire un grand cercle avec une baguette de coudrier, afin de nous mettre en garde contre les esprits malins qui gardaient ce trésor, puis récita une conjuration (1) que nous répétâmes après lui. Minuit venait de sonner et de gros nuages, s’élèvant vers l’ouest, s’approchaient majestueusement, ävec toute la perspective d’une tempête prochaine, On entendait déjà, dans le lointain, gronder sourdement le tonnerre. Je ne sais ce qui se passa alors en moi, mais il me semblait voir des spectres hideux sortir des entrailles de la terre... la peur s’empara de moi et je tremblais de tous mes membres. ... Cependant, la pensée du trésor me remit un peu, et nous nous mîmes hardiment à l’œuvre.
En moins d’une demi-heure, munis que nous étions de bêches et de piques, on avait déjà pratiqué un trou de plusieurs pieds carré, lorsque tout à coup une masse solide fait rebondir nos piques !.... C'était un cofre-fort ! Aussitôt notre chef fait des signes cabalistiques, et récite une nouvelle formule de prière que nous répétons tous ; Mais au même instant un hurlement sinistre se fait entendre dans le lointain, suivi de beuglements épouvantables venant dans notre direction.
Nous restons tous frappés de terreur ; et, à la pensée de voir apparaître le diable avec toute sa suite, je me signe aussitôt, la frayeur me faisant oublier qu’il ne failait Jamais faire en pareille circonstance aucune action ou signe religieux,
(1) Voir au chapitre des Grimoires, pour cette conjuration.
—Misérable lâche ! s’exclama avec räge notre chef, tout est maintenant perdu par ta faute.
En effet, à peine avait-il prononcé ces mots que la foudre en énormes serpents de feu vint s’abîmer sur nous, la terre trembla sous nos pieds et le coffre-fort s’enfonça à des mille pieds de profondeur. Ah! Je n’oublierai de ma vie cette nuit d’horreur !
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Comme lui, nous croyons qu’il n'oubliera jamais cette nuit d’horreur ; surtout quañd on ré fléchie à la condamnable action dont ces chercheurs de trésors s'étaient rendu coupables, en allant prononcer ainsi, avec la perspective d’acquérir un peu d’or, des Conjurations dans lesquelles se trouvent les blasphêmes les plus révoltants.
Maintenant, disons que leur coffre-fort n'était rien autre chose qu’une large pierre plate qu’on avait pris pour un coffre, ainsi que cela fut vérifié après examen sur les lieux mêmes.
Quant aux hurlements et beuglements épouvanlables qu’on avait entendus, rien de plus naturel ; attendu que personne n’ignore qu’à l’approche d’un ouragan, les animaux sont frappés de terreur par le triste aspect de la nature, Ainsi donc, rien d'étonnant d’entendte, dans ces moments sinistres, des chiens hurler et des bêtes à cornes beugler. Puis on sait aussi que la foudre éclate presque toujours durant un fort orage, rien donc encore d’étonnant que la foudre soit tombée aux pieds mêmes de ces misérables, qui ne virent, dans cette convulsion de la nature, que les puissances de l’enfer déchaînées contre êux, C’est ainsi que des hommes, dans leur fatal ignorance, osent attribuer à Satan des Pouvoirs qu’il n’a jamais eus : pouvoirs qui n’appartiennent qu’à Dieu seul.
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