CHAPITRE IX
Sociétés de Secours mutuels et de Protection, dans chaque Corps de Métier,
‘ La bienfaisance . est le bonheur de la vertu ; il n'y en& point de plus grand'sur ln terre”?
“Il faut être utile aux hommos!
Pour étre grand dans l’opiniou: des
hommes.” {,
L'efficacité des sociétés de bienfaisance et deprotection comme corps est un sujet ‘de la plus. : haute importance, pour : toutes les classes ou: vrières;, tant sous le rapport des secours mutuels qwelles peuvent en retirer, que sous celui de la protection et de l’avancement de leurs métiers respectifs, et cela pour le plus, grand avantage des maîtres ou entrepreneurs en général que des ouvriers en particulier.
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Des bons et des mauvais rapports entre les Maitres et les Ouvriers.
En consultant l'histoire de la vie Sociale des peuples’ civilisés de tous les temps, on reconnaîftra facilement que c’est toujours des bôhs rapports et de la bonne intelligence qui existent entre le maître et l’ouvrier que découlent invariablement le progrès des différents corps de
Métier, ainsi que Je bien-être oral et maté-
riel'dont jouissent l’un et l’autre, De fait, quand cet état de chose ‘existe, c’est qu'il y a réviproeité de SyMmpathie entre eux; et
que l’ouvrier reçoit une juste et équitable rétri. bütion de son travail quotidien, tout en laissant au maître un profit digne de la position supérieure qu’il occupe.
Mais, au contraire, quand il y a mésintelligence sur celte grave question entre le maître et ouvrier, il arrive souvent qu’une lutte inégale s’engage entre eux. L’ouvrier se met en grève, et on Je voit parlois triomphier sur les empiétements injustés de son Patron et le foréer à capituler tout à son avantage, Dans le moment, tout est bien pour le vainqueur ; mais il n’a pas compté sur les mauvais Jours à venir : une médaille a toujours son revers.
Alors arrive un autre ordre de choses ; l’ouvrier se voit tout-à-coup obligé de subir à son tour la condition du vaincu ; et son maître, usant de représailles, jui fait payer bien cher et bien amèreinent son triomphe éphémère, Voilà cependant ce qui arrive généralement dans de semblables cas.
Au nom du simple bon sens, nous demandons à quoi servent ces scènes de désordre, connues sous le nom de grève ? L'expérience nous fournit trop d'exemples pour hésiter un seul instant à proclamer hautement que ces luttes déplorables tournent invariablement contre l’ouvrier, et que celui-ci finit toujours par succomber lorsqu'il n’a plus de pain à donner à sa famille qui en demande à grands cris... ,
Que faire done, dira-t-on, dans de pareilles circonstances ?
À cette question, toute grosse d’inquiétudes, nous répondons : L’ouvrier doit s’appliquer d’abord, par tous les moyens équitables, à faire disparaître cette mésintelligence, ces mauvais Tapports, quand il en existe entre lui et son
Patron ; puis travailler ardemment à agrandir
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vrier tour isant bien à ces de
la sphère de ses connaissances dans l’art ou le métier qu’il exerce ; de se livrer aussi, durant ses heures de loisir, à l’étude de choses propres à améliorer sa condition sociele.
Mais pour obtenir un pareil résultat à l’avantage du plus grand nombre, Parmi les classes ouvrières, il n'existe qu’un moyen, etce moyen, c’est l’esprit d'association. Aussi, la formation et l’existence de bonnes sociétés de secou:s mutuels et de protection comme Corps, —dont le but serait aussi de stimuler la fraternité parmi les ouvriers, de leur mettre devant les yeux l’idée morale et l’idée économique, de ‘leur faire comprendre les devoirs d’un peuple appelé à vivre au milieu de races différentes et de leur faire voir la nécessité pour eux d’être toujours unis et de ne Jamais se diviser, —ces sociétés, disons-nous, ainsi constituées, peuvent seules relever la dignité des arts et Métiers en Canada, e! améliore: efficacement la condition sociale des classes ouvrières.
C’est là [a seule blanche de salut qui reste aux ouvriers s’ils veulent entretenir de bons rapports avec leurs patrons, et s’ils tiennent à se secourir mutuellement \ À se protéger comme corps, contre la fatale concurrence qui se pratique entre les maîtres : Concurrence qui tourne toujours au désavantage des uns et des autres,
De rlus, ces sociétés au raient aussi pour efet, sinon d'arrêter, au moiñs d’amoindrir l’envahis: sement des villes par un si grand nombre de personnes qui désertent les Caihpagnes pour venir travailler à vils prix à des métiers qu'ils n’ont pour la plupart jamais appris, et forcer par Jà le bon ouvrier des cités à üller chercher en pays
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La Construction des Navires et les Charpentiers, à Québec.
Nous citerons ici, comme preuve de ce que nous avançons, la classe nombreuse des charpentiers de navire de Québec, qui s’est vue réduite depuis plusieurs années à s’expatrier par centaines, faute de construction où de gages assez élevés pour subvenir aux besoins les plus pressants de leurs familles.
La véritable cause de ee triste état de chose, ——et nous ne croyons pas nous fronmper, — ce fut le résultat d’une trop grande ambition de la part de quelques maîtres-construeteurs, où plutôt de quelques spéculateurs ignorant complètement l’art du charpentier de navire, mais qui tentèrent néanmoins de réaliser d'énormes fortunes, durant les années extraordinaires de 1854 à 1856, époque où les navires se vendaient en Angleterre à des prix presque fabuleux.
Mais, qu’arriva-t-il ? c’est que la plupart des navires, construits par ces spéculateurs qui s'étaient jetés tête baissée dans cette grande entreprise, furent presque tous condamnés, une fois rendus à Londres, comme étant de trèsinauÿaise construction, tant sous le rapport de la mauvaise qualité de leur bois, que sous celui de leur peu de solidité : ees bâtiments n'ayant pu traverser l'Océan une première fois sans avoir été considérablement endommagés.
De là, dépréciation complète à Londres de la grande renommée que s'était acquise la cité de Québec pour ses chantiers de construetion de premier ordre, puis, refus de la part des marchands de Londres d’acheter les navires sortis de nos chantiers canadiens. La conséquence fut la ruine de plusieurs maîtres-constructeurs, qu'il
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D’un autre CÔLé, l’inqualifable frénésie de Ces spéculateurs de faire construire leurs navires si p'omptement, même sans soins, pour réaliser plus vite des profits considérables, fut la
Cause qu'un grand nombre de gens des campagnes envahirent nos
Chantiers, attirés à la ville par Pappât séduisant des sages élevés que les classes ouvrières Surtout celle des charpentiers
Sagnaient alors; ce qui amena de suite une
réaction défavorable dans les prix de Ja maind’œuvre. Ajoutez à cela, comme nous venons
de le dire, la plupart des navires condamnés à Londres comme €
tant mal construits ; la dépréciation en Europe de nos chantiers de construction navale ; la ruine de plusieurs de pos maîtres constructeurs : presque plus de construction depuis cette période, et vous aurez l'expli- ‘ation de la chute de cette importante industrie
à Québec et du grand nombre de charpentiers sans (travaux.
Voilà la triste et dé
plorable condition à laquelle se trouvent
réduits, depuis plusieurs tiers de navire à Québec.
pour opérer un chanl’importante cause de Ja Construction navale en Canada.
Ne devrait-il pas être pris des mesures pour
nommée dont jouissaient nanos Chantiers de construction,
la vigueur des temps passés ?
Par exempie, ne serait-il pas à propos que Bommât un inspecteur de la ale, surtout à Québee, pour veilfaite autant que possible il est bien vrai que nous avons
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déjà à Québec, depuis quelques années, un inspecteur nommé à cet effet par de grands capitalistes de Londres; mais cette surveillance, nous le disons d’après des autorités irréfutables, n’est pas encore suflisante pour rétablir en Europe la réputation de nos chantiers de construction, et la raison en est bien simple, c’est qu’elle se trouve sous le contrôle d'hommes nullement intéressés à la prospérité de notre pays. Cette surveillance, au reste, ne s'étend pas au-delà d'une assurance des capitaux placés par les intéressés, dans cette industrie.
À ce sujet, nous nous bornons à attirer l’attention de notre gouvernement sur ce qu’il pour: rait faire en faveur de cette importante industrie pour le Canada en général et pour Québec en particulier.
Si nous mentionnons ici particulièrement la classe des charpentiers de navire, c’est que celle-ci se trouve, par son grand nombre, plus frappée et plus maltraitée que les autres, quoique celles-ci souffrent aussi beaucoup sous ie rapport des gages et sous celui du peu de protection dont elles sont entourées pour exercer avec avantage et satisfaction leurs différents métiers,
Le moyen que les Ouvriers doivent adopter pour améliorer leur condition.
Pour obvier à l'entraînement des différents corps de métier vers une décadence plus complète, nous ne voyons pas de moyen plus efficace, nous le répétons encore, que celui des sociétés de secours mutuels et de protection comme corps, bien organisées dans chaque corps de métier respectif, composées d’homnes ayant sincèrement à cœur l’avancement et
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le progrès des arts et métiers, et dont le but serait aussi d’arriver à une entente cordiale entre les imaîtres et les ouvriers, afin de régler et définir, —autant que possible à l'avantage de tous, —la question des gages ainsi que celle de apprentissage à faire pour exercer un métier quelconque au sein de chaque ville. D’un autre côté, ces sociétés, ayant pour base invariable la bienfaisance, seraient aussi un baume des plus salutaire pour chacun de leurs membres qui serait frappé d’une maladie plus ou ixoins grave.
C’est dans un de ces moments critiques, et à la fois douloureux, qu’il devient consolant pour un malade de se voir entouré de la sympathie de tous ses confrères, accompagnée en même temps d'un secours légitime, et non pas de l’aumône, pouvant l’aider à subvenir aux besoins les plus pressants de sa famille. Ce seul motif devrait même engager de suite toutes les classes ouvrières à organiser au milieu d’elles des s0ciétés de ce genre.
Comme bon nombre de personnes pourraient mettre en doute le succès, même la possibilité de fonder ces sociétés dans chaque corps de métier, nous donnerons pour exemple la Sociélé Typographique de Québec, composée exelusivement de typographes, et dont le but est à la lois philanthropique, littéraire et de protection,
Cette société compte aujourd’hui, après seu- ‘ement six années d’existence, les plus beaux résultats qu’il soit possible de désirer : ayant à sa disposition, outre son fonds de secours, un Cabinet de Lecture où la plupart des journaux de la Province sont reÇGus chaque jour; aussi, une magnifique Bibliothèque, réunissant près de mille volumes dus en srande partie à la générosité de plusieurs Citoÿcüs de Québec et de
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Montréal, parmi lesquels des membres du clergé comptent pour une bonne part,
Cependant cette société a eu de bien mauvais Jours à traverser, et de rudes épreuves à subir ; mais cela ne l’a pas arrêtée dans sa marche progressive, et elle est aujourd’hui plus florissante que jamais.
Est-ce que lexistence de ces sociétés serait impossible parmi les autres corps de métier, lorsqu'elle est possible pour les Typographes ? Est-ce qu’il ne se trouve pas autant d’intelligence et d’exprit de corps parmi les premiers que chez les autres? Oui ! également ; nous sommes tous doués d'intelligence, possédant à peu près la même éducation, acquise dans nos écoles communes, et nous sommes tous, sans distinction, des ouvriers.
Or, ce qui se fait comme société parmi les Typographes peut se faire également parmi les Charpentiers de navire, les Menuisiers, les Meubliers, les Tailleurs de pierre, les Macons, les Charrons, les Forgerons, les Peintres en bâtiment, les Cordonniers, enfin, par tous les autres corps de métier.
Tout le secret pour fonder et faire réussir ces sociétés consiste, d’abord, dans la bonne volonté des ouvriers en général, puis dans le dévouement et l’activité de quelques hommes seulement, qui se mettent à la tête du mouvement.
Nous sommes fermement convaincu que les maîtres où entrepreneurs verraient la formation de ces sociétés d’un très-bon œil, surtout quand ils auraient acquis la certitude qu’elles ne leur seraient point hostiles ; c’est-à-dire dès qu’ils sauraient que le but de ces sociétés de secours mutuels et de protection, est non-seulement de faire renaître en Canada des jours meilleurs pour
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