CHAPITRE V
Fabrication des creusets, dalles, briques, etc., pour une verrerie. — L'art de travailler les argiles est, après l'art de fabriquer des armes pour leur défense, les peaux, puis de grossiers tissus pour leurs vêtements, celui que les hommes ont cultivé le premier, celui qui a été comme la première ébauche de la civilisation.
La céramique fit de rapides progrès dans l'Asie orientale, mais surtout chez les Indous, les Coréens, les Chinois, les Japonais ; c'est à eux qu'on doit l'invention du plateau tournant et du tour à potier.
La choix de l'argile pour la confection des poteries est justifié par la plasticité considérable dontelle jouit et par le durcissementqu'elle acquiert par la cuisson; mais, à côté de ces deux qualités si précieuses, viennent se placer deux propriétés qui les contre-balancent. La première est le retrait plus ou moins fort qu'elle éprouve par la cuisson, retrait qui tend à produire la déformation des vases façonnés avec cette substance. On atténue cet inconvénient en ajoutant à l'argile une substance désignée sous le nom de ciment ou de matière dégrais-
santé qui, diminuant sa plasticité, rend aussi son retrait moins considérable. Dans le cas qui nous occupe (fabrication des creusets), les substances qui agissent ainsi sont le sable et l'argile calcinée. Notre poterie nécessitera donc pour sa confection l'emploi d'une argile et d'une substance dégraissante qui, par leur mélange, servent à former la pâte destinée à façonner le creuset.
Les terres réfractaires sont grasses, demi-grasses, maigres, suivant la proportion d'alumine qu'elles contiennent.
Les terres généralement employées sont les terres de Belgique (Andennes), les terres allemandes du Palatinat et des environs de Bonn; en Angleterre, celles de Stourbridge; en France, les terres de Forges-les-Eaux, du ;pays de Bray, de Champagne, de Montereau, de Provins, etc.
Les terres de France ^présentent toutes les variétés, mais les terres grasses dominent.
Ces terres, à leur arrivée dans une verrerie sont épluchées, concassées, réduites en poudre (pl. I, fig. 2), sous des meules à plateau horizontal tournant' mélangées avec de la terre cuite (terre maigre) qui servira de ciment, avec des débris de vieux creusets. Le mélange est humecté, passé dans un cylindre placé verticalement (pl. I, tig. 1), et dans lequel tourne un arbre, muni de lames héliçoïdales ; en haut de ce cylindre coule un fdet d'eau ; au bout de quelques minutes le mélange de terres, de ciment et d'eau, prend corps, puis devient plastique. A la partie inférieure du cylindre malaxeur, la terre est chassée par le mouvement de l'arbre et de ses lames ; on prend cette terre, on la jette de nouveau dans la partie supérieure du cylindre, on répète cette opération plusieurs fois.
Voici une composition pour creusets :
150 terre d'Aiidennes crue
150 terre de Normandie crue
200 terre d'Andennes calcinée. . .
200 débris de creusets pulvérisés
)) 1 races
traces »
Anciennement, les terres, après leur mélange et ce mélange, contenant la j)roportion d'eau nécessaire à leur trituration, élSLiQni marchées, c'est-à-dire subissaient la pression maintes fois répétée d'ouvriers piétinant le mélange; on a dû renoncer cà cette manière de faire et le marchage est maintenant remplacé par un laminage.
Deux cylindres, animés de vitesses différentes, tournent autour de leurs axes horizontaux. Ces cylindres sont écartés l'un de l'autre de quelques millimètres ;
ic)
Silice , 75^09
Alumine 17 23
Peroxyde de fer 1,57
Cliaux 0,56
Magnésie »
Alcali »
Eau combinée 5,55
HENRIVAIX. — LE VERRE.
la terre jetée entre eux est laminée, étirée et poussée sous ces cylindres; sortant alors par une filière qui la guide, elle passe à l'état de pâte continue, sur des rouleaux garnis de toile mouillée et de là, aumoyen d'un fil métallique, on coupe cette pâte par morceaux à peu près égaux (pastons) (pl. II).
Sortant de ce laminage, la terre est portée à la cave, où s'effectue le phénomène du pourrissage , phénomène que je ne considère pas comme indispensable, mais qui a une certaine influence au point de vue de la plasticité que l'on obtient plus rapidement ainsi. Le séjour à la cave permet en outre d'y laisser
FiG. 42 ter. — Section transversale.
des quantités de terres préparées assez considérables sans qu'il en résulte d'inconvénients au point de vue de Temploi de ces terres pour le moulage des creusets. Ces terres préparées, ainsi emmagasinées à la cave, sont montées aux ouvriers potiers au fur et à mesure des besoins.
Les creusets sont fabriqués avec ou sans formes, c'est-à-dire avec ou sans moules. Nous n'avons pas remarqué de différence entre les creusets moulés, et les creusets faits directement à la main. L'avantage des creusets moulés est de donner des capacités plus régulièrement semblables entre elles. Lorsqu'on fait un creuset au moule, voici comment on opère (fig. 42) : On commence par appliquer contre les parois du moule — lequel est formé de deux parties se rapprochant verticalement ets'assemblant à l'aide de crochets — des bandes de toile mouillée que l'on applique sur toutes les parois en évitant les solutions de continuité entre les toiles.
Celafait on prépare des pastons ou morceaux de terre préparée, cette terre doit être la plus ferme possible.
FiG. i^quater. — Plan.
On place sur un support à quatre pieds, élevé de 0'",30à0'",40 du sol, un fon-
FiG. 43.
La figure 43 représente l'atc-licr des mouleurs, où l'on emploie la terre préparée dans l'atelier représenté par la planche précédente. On y voit plusieurs ouvriers occupés à mouler des creusets et des dalles réfractaires.
Fig. 1. Ouvrier fabriquant un pot dans le moule. Fig. 2. Potier à la main.
Fig. 3. Ouvrier fabriquant une dalle en moule. Fig. 4. Ouvrier rebattant le fond d'un pot,
HH, Plateaux servant à déposer la terre que l'on a à mouler. \ H, Terre déposée sur les plateaux.
L, Escabeau servant à poser le fonceau, sur lequel on doit commencer un pot à la main, pour
élever l'ouvrage à une hauteur commode à l'ouvrier. M, Petite cuvette encore sur son fonceau. N, Grande cuvette encore sur son fonceau.
ceau ou planches rainées réunies entre elles et présentant la forme en plan que devra présenter le creuset. Sur ce fonceau on place des grainettes ou grains de ciment en couche bien horizontale; cette couche a 11/2 à 2 centimètres d'épaisseur. On pose sur cette couche de ciment, une toile (semblable à la toile à tapisser sur laquelle on colle les papiers de tentures des appartements) ayant
FiG. ii.
A Moule à pots.
B, Fonceni sur lequel ou moule les pots.
C, Moule des petites dalles.
D, Moule des grandes dalles.
EEE, Baltes de diverses grandeurs.
F, Batte pour le fond des pots.
G, Gouge plate.
7, Gouge ronde.
à peu près la forme du fonceau et le dépassant de quelques centimètres tout autour.
Le potier commence à appliquer sur cette toile" quelques pastons de terre, pastons allongés qu'il soude entre eux en les 'aplatissant, les amincissant de façon à rendre ainsi très homogène la masse de terre qui; augmente de surface et peu à peu d'épaisseur.
Afm d'obtenir un « fond » ayant 0"',15 d'épaisseur, on jette avec force
ENCYCLOP. CHIM o
sur la première couche en contact avec la toile une série de petits morceaux de terre égaux entre eux. Le fond étant formé a une épaisseur plus forte que celle qu'il doit conserver; on apporte les deux parties du moule, on les réunit, et on en ferme ainsi le fond du creuset. L'ouvrier gratte alors ce fond, l'amincit, appliquant cetle terre en excès contre les toiles mouillées garnissant les parois du moule, puis bat intérieurement ce fond, à l'aide d'une batte en verre, en marbre ou en bois; on fait de même contre les parois, appliquant alors sur les parois des couches successivement amincies et soudées les unes aux autres.
Quand la terre ainsi soudée est amenée à la partie supérieure du moule, on rebat encore les parois, on les lisse, avec un polissoir, raclette en bois terminée par une partie arrondie à son extrémité, puis à l'aide d'une éponge mouillée, et le lendemain, on enlève le moule, puis les toiles qui restent adhérentes aux parois du creuset. Au moyen d'outils spéciaux très simples, on fait un chanfrein au bas du creuset, une ceinture tout autour de ce creuset et vers le milieu de sa hauteur (ceci pour les creusets des glaceries), puis on recouvre les bords de petites toiles mouillées, afin d'empêcher une dessiccation trop rapide qui se produirait principalement sur les bords, l'eau étant appelée par capillarité. Au bout d'une quinzaine de jours on renverse les creusets sur le flanc afin de permettre une dessiccation régulière, uniforme, du creuset. Les creusets sont fabriqués à une température d'environ 18 degrés et progressivement on amène la température des chambres où s'etfectuela dessiccation à 30 et 35 degrés. Pour le chauffage des chambres à pots nous conseillons l'emploi des calorifères Perret.