VERRE MOULÉ
Les Egyptiens pratiquaient le moulage du verre ; les Romains, qui tenaient des Égyptiens leurs procédés de fabrication, moulaient également le verre ; nous avons constaté le fait à Pompéi dans l'examen des vitres retrouvées à la maison de Diomède et à celle de « l'Empereur ».
Ce fut en 1810 que l'usage du moulage se répandit en Angleterre, principalement pour la fabrication des objets plats, comme assiettes, soucoupes, bobèches, etc. Depuis, ces procédés de moulage furent importés en Amérique où ils furent très perfectionnés.
En 1830, cette industrie se développa beaucoup en France, l'Autriche adopta aussi cette manière de faire et, dès 1836, M. J. Lobmeyr entreprit cette fabrication à Marienthal.
Le moulage dans le métal présente certains inconvénients ; par suite de son contact avec des surfaces métalliques, à une température différente de la sienne, le verre présente des surfaces souvent rugueuses, ou tout au moins n'ayant pas le poli naturel au verre moulé, et par conséquent réchauffé, dans le bois.
Pour masquer ces imperfections on a imaginé de graver dans certaines parties des moules des dessins, qui donnent aux verres, ainsi fabriqués, une certaine apparence de reliefs, une sorte de taille grossière en un mot. Les dessins qui donnent au verre moulé l'aspect le plus satisfaisant sont les imitations de tailles en brillants (fig. 180), les dessins guillochés (fig. 178, 179). Depuis, on a même dépoli la surface de ces verres, soit à la roue, soit à l'acide, et on a produit ainsi des verres, dont la pâte incolore, les dessins ou reliefs moulés, imitant la taille, ont fait donner à ces verres le nom de demi-cristal.
En Amérique, les fabricants s'attachent à produire un verre très blanc et apportent le plus grand soin au choix des matières premières. Le carbonate de soude employé est actuellement le carbonate de soude obtenu par le procédé de conversion du sel marin en bicarbonate d'ammoniaque et en carbonate de soude.
Les moules dont on se sert en Amérique sont en fonte dure spéciale, d'un ajustage, d'une fabrication très remarquables ; aussi les objets moulés sont-ils d'une netteté, d'une légèreté, d'un relief des plus satisfaisants.
Certains fabricants taillent môme, ou plutôt donnent par la taille, le fini
nécessaire aux pièces les plus soignées, qui souvent sont vendues comme pièces de cristal.
On fabrique aussi beaucoup en Amérique des objets en verre blanc opaque, imitant la porcelaine, tels que lampes à pétrole, salières, soucoupes pour le beurre, etc.
FiG. 178. FiG. 179 (1). FiG. 180.
Ce verre, particulier comme propriétés, ne pourrait du reste pas être soufflé.
Voici la composition du verre transparent, et celle du verre opaque de fabrication américaine :
Verre
Verre
transparent.
opaque.
Sable
Nitrate de soude
traces
La plupart des verreries américaines travaillent le verre dans de petits fours spéciaux chauffés par les huiles légères ou essences de pétrole.
Ces fours ont environ 6 pieds de diamètre, 12 pieds de haut; les parois sont
(1) Les figures 178, 179, 180, sont extraites du Guide du Verrier de M . Bontemps, librairie du Dictionnaire des Arts et Manufactures, 40, rue Madame.
HENRIVAUX. — LE VERRE. 321
percées de trous de différents diamètres qui correspondent aux dimensions des différentes pièces qui y sont introduites et recuites. .L'essence est amenée par un tuyau spécial, par une tôle, suivant la sole du four, elle y brûle à l'aide d'un courant d'air injecté à cet effet à l'entrée de la sole.
En Belgique, en France, on fabrique également du verre blanc, soufflé et moulé, appelé demi-cristal. Les verreries de Walerbystaal et de Portieux fabriquent également du verre blanc et du demi-cristal.
La composition de ce verre blanc est :
Sable 300
Carbonate de soude pur 72
Potasse carbonatée 25
Chaux 80
Calcaire 200
Nitrate de soude, 5
Peroxyde de manganèse 1,5
Oxyde de cobalt 0,017
Pour le demi-crislal la composition est la môme, on ajoute seulement un peu de minium.
Voici deux autres compositions qui ont été données au jury de la classe de la verrerie à l'Exposition de 1878 :
Demi- Verre blanc cristal. commun.
Sable 48 36
Carbonate de soude (Solvay) 12 12
Carbonate de potasse 4 »
Calcaire 12 10
Calcin 24 42
Voici également la composition d'un verre, qui, présenté au jury spécial à la classe de la verrerie à l'Exposition de 1878, avait frappé plusieurs membres de ce jury par sa blancheur; ce verre (bouchon de carafe) nous a donné à l'analyse :
^Silice 70,40
Potasse 8,66
Soude 9,13
Chaux 10,00
Alumine 0,99
Peroxyde de fer 0,02
Peroxyde de manganèse 0,50
Les moules employés pour ces fabrications sont en fonte ou en bois; les moules en fonte sont enduits à l'intérieur d'un peu de plombagine afin d'éviter le glaçage des pièces moulées. La taille de ces pièces se fait à l'aide de la roue, ou à Tacide.
A Portieux un sixième de la fabrication est obtenu dans des fours Boëtius
ENGYCLOP. CHIM. 21
contenant des pots couverts, cinq sixièmes dans des fours Siemens à pots découverts (1). Pour donner une idée de l'importance de cette fabrication, nous dirons qu'en 1880 on a fabriqué et vendu à Walerhystal 1904000 kilogrammes de verre blanc, demi-cristal, cristal, pour la somme de 1 562 000 francs. Dans ces chiffres sont compris 90 à 95000 kilogrammes de verre pour verres de montres.
Pour obtenir le moulage de certaines pièces de verre (ou de cristal), on emploie aussi un poinçon à levier qui, pénétrant dans la masse de verre chaud, y séjournant un certain temps, oblige le verre à prendre la forme du moule qui l'environne (fig. 181).
FiG. 181.
Cette manière d'opérer à un inconvénient : elle limite la forme des objets moulés. En effet, la nécessité d'enlever le poinçon, une fois la compression du verre obtenue, force à mouler ainsi des pièces dont le diamètre intérieur reste toujours le même ou bien augmente progressivement vers le haut de la pièce. Aussi ce procédé est-il généralement employé pour le moulage des pièces plates ou pour les menus objets.
Par le moulage on a encore l'avantage d'obtenir des verres de capacités régulières.
MM. Chance, dont on retrouve le nom à chaque tentative d'applications nouvelles en verrerie, ont essayé également la compression du verre (verres basaltiques, notamment), pour en obtenir des tuyaux, destinés à remplacer les conduites d'eau, de gaz, etc. Ces tentatives n'ont pas été jusqu'ici couronnées de succès. Nous avons cité au chapitre de la trempe du verre, des essais faits pour obtenir le verre comprimé et trempé, pour traverses de chemins de fer, etc. Nous ne reviendrons pas ici sur ce sujet.
(1) A Portieux on compte i^,QOO de charbon dépensé par kilog. de verre livré au commerce
HENRIVAUX. — LE VERRE.
FiG. 183,
On fabrique également des tuiles en verre (fig. 182, 183), verre blanc, demiblanc, etc., qui remplacent avantageusement les châssis vitrés placés dans les toitures faites en tuiles de terre. Ces châssis sont coûteux et d'une installation délicate quand on est forcé de les encastrer dans une toiture déjà achevée.
Ces tuiles en verre, se raccordant aux tuiles en terre, sont venues apporter leur contingent aux perfectionnements résultant de l'introduction du verre dans les constructions modernes.
On moule les tuiles en verre blanc de divers modèles à Montchanin, Muller, etc.; ces tuiles se vendent à la pièce et pèsent de 2 kilogrammes à