ET A POLIR LES GLACES. — FOUR A RECUIRE
Jusqu'à présent on a fabriqué les glaces par un procédé très simple. Le verre fondu est versé sur une table de coulée, étendu par un rouleau et immédiatement après, introduit dans une carcaise ou four à recuire. Ce four est très chaud quand on y introduit la glace; mais on laisse baisser graduellement sa température et, après un temps suffisant qui dépend de l'épaisseur de la glace, on le laisse refroidir complètement. On retire alors la glace et on la dégrossit sur une de ses faces par un procédé mécanique.
On la retourne ensuite à la main, opération qui présente un certain danger et cause de fréquentes ruptures. On dégrossit ensuite l'autre face de la glace. Pendant l'opération du dégrossissage, la glace est fixée sur une couche de plâtre.
Par suite des irrégularités qui surviennent pendant l'opération du laminage et des soulèvements ou déformations du sol du four à recuire, il faut quelquefois user une grande quantité de verre avant d'obtenir une surface plane. En Amérique on veut faire tout autrement.
Nous allons décrire une machine à laminer le verre, d'un type nouveau et ingénieux. Cette invention est due à M. J.-W. Bonta, de Wayne (Pensylvanie).
La planche XY bis et la figure 238 donnent une idée exacte de la machine dont nous allons expliquer le fonctionnement, d'après l'inventeur :
« Sa base, composée de poutres en tôle, présente deux rails parallèles que parcourt d'un bout à l'autre la table en fer et acier qui porte la glace pendant son laminage. Au-dessus s'élève un bâti surmonté d'un pont et portant un rouleau. Sur le pont est établi un moteur à vapeur avec sa chaudière, pour commander toutes les parties de la machine. Cette dernière est pourvue de deux tables de coulée : ce sont des tables plates en métal dont une seule, à la fois, se trouve en position de parcourir la longueur des rails. La seconde table est supportée à l'arrière de la machine, renversée et à quelque distance au-dessus des rails longitudinaux. Sur la planche ,
on voit une des tables en avant : elle vient de recevoir sa charge de verre fondu. Elle repose sur des supports qui, à leur tour, reposent sur les rails. De chaque côté de la table se trouvent des crémaillères qui engrènent avec des pignons disposés des deux côtés du rouleau.
* Derrière le bâti de ce dernier, on voit la seconde table, renversée et portée
«4 HEMttVAUX. — LE VERRE.
à quelque dislance au-dessus des rails ou voies. La labié ainsi soulevée peut êfre descendue et relevée de nouveau au moyen de la force produite par la même machine à vapeur.
1 Derrière elle on voit une roue d'engrenage.
> L'axe longitudinal de la table aboutit au centre de celle roue. Si l'on fait tourner la roue, la table tourne avec elle.
i La description du fonctionnement de la machine achèvera d'en expliquer la construction.
i Si on la prend dans la position que représente la planche , la machina à vapeur, dont le mouvement est entretenu constamment, est embrayée avec le rouleau disposé à la hauteur que l'on veut, suivant l'épaisseur de la glace à produire. Le rouleau commence à tourner et les pignons de ses extrémités,
Fie 238.
agissant sur les crémaillères, entraînent la table et la glace vers l'arrière de la machine en les faisant passer au-dessous du rouleau qui lamine la masse fondue et en forme une plaque. Quaud la table a atteint l'extrémité arrière de la machine, on arrête le rouleau; la table supérieure qui, on s'en souvient, est dans une position renversée, est descendue sur le verre chaud, puis les deux tables sont assujetties l'une à l'autre.
» On les enlève alors, pendant que le verre est pris entre elles, et on les retourne.
> La figure 238 représente cette phase de l'opération.
i Dès qu'elles ont atteint la position horizontale, les tables sont redescendues sur les supports; on soulève celle de dessus, sur laquelle le verre a été laminé, on fait marcher le rouleau en sens inverse et la glace repasse sous lui, de sorte que le verre est laminé de l'autre côté. Presque tout le travail de la machine est fait par le moteur à vapeur qui, à lui seul, commande tout
le mécanisme et produit jusqu'à la liaison des tables. Partout, la machine comporte les plus ingénieux détails de construction; mais l'espace nous manque pour les décrire.
* Ce qui précède s'applique surtout au laminage du verre; mais la faculté de retourner les tables conduit à la fabrication des glaces en relief de plus grande dimension. On peut, en effet, substituer à la table plate sur laquelle le verre est d'abord laminé un moule représentant des figures quelconques et de toutes grandeur, dans les limites permises par la construction de la machiné. Sur cette surface on coule le verre fondu et l'on fait passer le moule, comme nous l'aVons décrit, sous le rouleau qui fait pénétrer la matière ou le « métal », comme l'appellent les verriers, dans les moindres détails de la figure. Quand elle arrive à l'arrière de la machine, la glace est serrée entre les tables, comme nous l'avons expliqué; l'ensemble est soulevé et renversé, le moule est soulevé et laisse la glace en relief achevée et posée sur son revers, les figures en dessus, prête à revenir sur le devant de la machine, le rouleau étant au préalable soulevé au-dessus de la glace pour donner passage à celle-ci. La glace peut alors être introduite dans la carcaise ou four à recuire.
» Pour permettre le transport à ce four, la machine entière, pesant près Q> 70 tonnes, est montée sur des rails transversaux au moyen desquels on peut l'amener en face d'un four quelconque faisant partie de plusieurs séries de fours semblables. Des chaînes, commandées par un treuil à bras disposé à l'avant de la machine tirent la plaque de verre dans le four où elle doit se recuire. Ce système de retournement d'une grande feuille de verre est si efficace que son emploi dans l'opération du polissage était presque une conséquence prévue. Aussi M. Bonta a-t-il inventé une autre machine destinée au polissage des glaces et dont la partie arrière de sa machine à laminer le verre représente le principe.
» La grande feuille de verre tirée de la carcaise refroidie est couverte de plâtre; on descend alors sur elle une des tables de la machine à polir. Quand le plâtre est pris on serre la glace entre les tables. On retourne le tout au moyen de la machine à vapeur, puis on dégrossit et polit l'autre surface de la glace.
» Cela fait, on recouvre de plâtre la seconde face du verre et on descend la seconde table par-dessus. Quand tout est en ordre, le mécanisme fait tourner les deux tables avec la glace serrée et fixée entre elles, il descend le tout puis enlève la table supérieure. On retire alors le plâtre et la seconde face du verre est dégrossie et doucie. Si Ton se rappelle la grandeur des glaces qu'on coule maintenant, on comprendra l'immense progrès réalisé par l'appareil à polir, comparativement à l'ancien système de retournement des glaces à bras d'hommes. Ce système a incidemment un autre avantage. Le plâtre, déposé sur la glace et non sur la table, forme avec le verre une union plus complète, par suite de l'exclusion des bulles d'air. Ces bulles ont de fâcheux efîets; là où il s'en trouve, le verre cède pendant le dégrossissage, et il faut prolonger ce travail pour arriver à dresser toute la surface de la glace.
» Dans le système de carcaise qu'il a imaginé, l'inventeur a introduit un système de ventilation destiné à prévenir le soulèvement de la sole du four.
» Si l'on se reporte à la coupe représentée par la figure, on voit immédiatement au-dessous de la chambré, de la carcaise la sole en briques réfractaires juxtaposées. Sous celles-ci vient une rangée de briques réfractai es de la forme représentée à gauche de la partie inférieure de la figure. Ces briques sont placées verticalement. A la partie droite inférieure de la figure, elles sont représentées en plan et laissent entre elles des vides.
1 La sulistructure est formée d'une série de piliers en briques ou de murs de fondation.
i A la base des intervalles qui séparent les piliers sont disposés des tuyaux
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souffleurs dans lesquels arrive de l'air comprimé. Cet air en s'échappant maintient les fondations froides et empêche tout soulèvement de la sole.
ï Le laminage des deux surfaces du verre et le recuit dans une carcaise à sole parfaitement plane doivent produire, pense-t-on, une réduction considérable de la quantité de verre qu'il faut enlever lors du dégrossissage.
» La table à polir perfectionnée, la coulée du plâtre au-dessus de la surface des glaces et la sécurité de la méthode de retournement des glaces semblent devoir assurer une grande économie en évitant les pertes provenant du bris des glaces. En outre, la machine a laminer apporte, comme on peut le voir, la possibilité, dit-on, de laminer des glaces en relief. On réalisera aussi, dans l'ensemble des opérations, une économie sur la main-d'œuvre. »
HENRIVRUX. — LE VERRE.