VERRE POLI
millim.
coeflicient de rupture
par cent, carré.
Verre brut. Moyenne des essais R = 260,414 Verre poli. — R = 343,460
Moyenne des essais faits à l'entrepôt, n" 1 à 5, le 4 septembre 1877, en présence de M. Rarois, ingénieur du Trocadéro:
Dalles brutes. — R = 235,6 Dalles polies . — Il = ;i2i,7
Ces résultats mettent bien en relief la supériorité, comme résistance, à égalité d'épaisseur, du verre poli sur le verre brut.
Une partie des glaces est vendue à l'état de glaces de vitrages, c'est-à-dire après le poli. Une autre partie est destinée k la miroiterie : ce sont les glaces
de choix.
La transformation d'une glace en miroir se fait en appliquant sur une de ses faces une mince lame ou couche d'un métal réfléchissant. On étame, on argenté,
et on platine les glaces.
Êtamage des glaces. — Sur une grande table de marbre, d'une planimétrie convenable, en étend une feuille d'étain un peu plus grande que la glace à élamer. A l'aide d'une brosse, patte de lièvre, on rend cette feuille adhérente à la table, on enlève tous ses plis. On mouille l'étain en promenant sur toute la surface de cette feuille un peu de mercure, l'étain commence à s'amalgamer. On augmente la quantité de mercure versée sur l'étain, on la maintient sur la feuille\ l'aide de petites bandes de verre poli, placées sur les côtés et à l'un des bouts de cette feuille, de façon à avoir une couche liquide de quelques millimètres d'épaisseur.
La table de marbre est encastrée dans un châssis en bois, muni de rigoles, de façon à recueillir le mercure qui s'écoule.
En tête de la table de marbre, l'ouvrier place une petite bande de papier sur laquelle vient poser le bord de la glace à étamer. Cette glace est maintenue horizontalement, poussée, de façon à ce qu'elle appuie dans la couche de mercure, sur la feuille d'étain, poussant lentement devant elle le mercure en excès, évitant l'interposition de bulles d air entre la glace et le métal. Cela fait, on charge de poids la glace ainsi traitée, on incline la table, de façon à favoriser l'écoulement du mercure non amalgamé et fixé. Cet égouttage dure vingt-quatre ou quarante-huit heures, puis on incline la glace, on la place dans un égoultoir incliné, et on l'y maintient jusqu'à ce que l'étain soit sec , ce qui dure de quinze jours à un mois et même plus, suivant les dimensions des glaces.
Pour combattre l'influence pernicieuse des vapeurs de mercure, et les effets de son absorption, on doit ventiler les ateliers d'étamage, favoriser cette ventilation en répandant sur le sol de l'ammoniaque et même faire prendre aux ouvriers des boissons iodurées, d'une façon intermittente.
Argenture des glaces. — Liebig observa en 1835 que l'aldéhyde chauffé avec du nitrate d'argent ammoniacal, revivifie le métal qui couvre alors d'une couche métallique brillante le vase dans lequel s'opère cette réaction. Le procédé employé aujourd'hui a été imaginé par Petitjean il y a environ vingt-cinq ans, perfectionné par MM. Brosselte, et est exploité actuellement à Paris, par la Compagnie de Saint-Gobain et par quelques miroitiers.
Le milieu de l'atelier d'argenture est occupé par une grande table carrée en fonte, à double fond, bien plane, parfaitement horizontale, remplie d'eau que des tuyaux de vapeur, disposés en serpentin, élèvent à une température de 30 à 40 degrés centigrades. Cette table est recouverte d'une toile vernie sur laquelle est étendue une couverture de coton. Sur celte table on dépose à plat les glaces bien découpées et lavées à l'eau distillée auxquelles on va faire subir l'opération qui remplace l'étamage. La solution argentifère, dont nous donnons la composition, est versée sur la glace, elle y reste par le seul fait de l'attraction moléculaire des bords de la glace. Sept à huit minutes après que le liquide a été versé, des marbrures d'argent précipité se montrent çà et fà, ces taches brillantes se propagent comme des taches d'huile, tous les vides se remplissent, toutes les solutions de continuité s'effacent ; en vingt-cinq à trente minutes, la glace est complètement argentée. Alors, sans retirer celle-ci de dessus la table, on l'incline, on la lave au moyen d'une peau de chamois imbibée d'eau distillée, afin d'entraîner la partie qui ne s'est pas déposée et qui s'écoule avec le liquide dans une rigole bordant l'appareil, puis on replace la glace horizontalement; on verse à sa surface une liqueur aussi limpide que la précédente, composée des mêmes éléments, mais qui en diffère par les proportions de ceux-ci; et, quinze minutes après, un second dépôt destiné à compléter et à renforcer le premier, s'étant ajouté à celui-ci, l'argenture de la glace est achevée. On a déposé ainsi à la surface de la glace de 6 à 7 grammes d'argent par mètre carré.
La glace argentée est placée, de champ dans l'atelier, dont la température est de 25 à 28 degrés.
HESRIVAIX. — LE VERRE. *»
Lorsque le dépôt est sec, on le recouvre d'une couche de vernis, qui sèche très rapidement, puis d'une couche de peinture au minium ou d'une feuille de papier collé sur le vernis.
{ Les liqueurs versées sur la glace et produisant le dépôt d'argent sont ainsi rom posées :
La première solution se prépare ainsi : 100 grammes de nitrate d'argent sont 'dissous dans 62 grammes d'ammoniaque pure à 0,870 ou 0,880 de densité, puis on ajoute 600 grammes d'eau distillée. Cette dissolution étant filtrée, on y ajoute seize fois son volume d'eau distillée; puis, goutte à goutte, en agitant sans cesse, 7 grammes 1/2 d'acide tartrique dissous préalablement dans 30 grammes d'eau distillée.
La seconde solution se prépare de mémo, elle ne diffère de la précédente que par une dose double d'acide tartrique.
On a encore proposé l'emploi des liqueurs ci-après, dont les doses correspondent à l'argenture d'un mètre carré de glace :
A. Eau distillée i litre.
Sel de seignette 10 grammes.
A cette liqueur on ajoute environ 0*r,5 de nitrate d'argent, on porte à l'ébullition jusqu'à dissolution complète.
D'autre part on prend :
B. Nitrate d'argent fondu blanc. 5 grammes.
Ammoniaque pure 3 —
Eau distillée i litre.
On fait dissoudre le nitrate d'argent dans l'ammoniaque en agitant jusqu'à complète dissolution, on ajoute l'eau et l'on verse dans un bocal en filtrant.
Pour l'usage, on mélange les deux liqueurs en versant alternativement le contenu des deux bocaux l'un dans l'autre; on répand sur la glace une quantité suffisante du mélange qu'on étend avec une peau de chamois très propre, puis on ajoute immédiatement toute la liqueur qui s'étend d'elle-même sur la glace sans s'écouler par les bords.
Après trente ou quarante minutes au plus, l'argent est précipité à l'état métallique et adhère fortement à la glace. On enlève alors le liquide en soulevant la glace par un côté, on l'éponge légèrement et on la rince avec un peu d'eau. On la fait égoutter en la plaçant debout, et lorsqu'elle est sèche, on y passe avec un pinceau une couche de vernis ou de peinture préservatrice.
La peinture recouvrant la couche d'argent se soulève, s'écaille quelquefois, et donne passage aux émanations sulfhydriques, qui attaquent l'argent et donnent un aspect un peu jaunâtre à la glace argentée; les bords de la glace deviennent noirs ; pour parer à cet inconvénient il est bon de peindre les tranches de la gtace argentée.
Amalgamation des glaces argentées. — M. Lenoir a imaginé d'arroser le dépôt d'argent formé sur la glace (avant l'application du vernis et de la peinture) avec une solution étendue de cyanure de mercure et de potassium, un amalgame d'argent prend naissance, qui est plus blanc, plus adhérent que l'argent,
l'excès d'argent rentre en dissolution et est éliminé par un lavage. La teinte de la glace ainsi amalgamée est de beaucoup préférable à celle de la glace argenlée, elle est plus blanche, et se rapproché plus comme aspect de la glace élamée.
Platinage des glaces. — Le procédé de platinage du verre a été décrit par M. Ladersdorff, qui Ta expérimenté dés 1840. M. Dodé a remis ce procédé à la mode et Ta modifié il y a une quinzaine d'années. Yoici en quoi il consiste :
Solution »* i.
Essence de lavande 15 parties.
Chlorure de platine 3 —
Mélanger dans un mortier et conserver dans un flacon bouché i l'émeri.
Solution n° 2.
Essence de lavande 15 parties.
Chlorure de platine 4 —
Sous-nitrate de bismuth en poudre impalpable 2 —
Mélanger et conserver comme le n° 1.
Prendre la vitre ou glace bien nettoyée et étendre également, à sa surface, à l'aide d'un pinceau, la solution n° 1. Passer au moufle ou sur la pierre à étendre jusqu'à ce que le verre soit assez ramolli pour que la platine y adhère. Laisser refroidir. Appliquer ensuite une couche de la solution n° 2 par-dessus la couche n° 1 et repasser au feu.
Lorsque les objets qui ont reçu le lustre sont refroidis, on les frotte, dit M. Ladersdorff, avec un chiffon de coton chargé de craie, lavée et humide; leur éclat est ainsi beaucoup relevé, et d'ailleurs le frottement enlève les dernières traces d'essences ou les cendres qui sont restées à la surface par la combustion de cette matière.
Le platinage étant obtenu par cuisson au moufle, présente plus de solidité que l'argenture et surtout beaucoup plus que rétamage.
Les inventeurs avaient espéré que, grâce à l'adhérence énergique du métal, qui fait en quelque sorte corps avec le verre, il deviendrait inutile de recouvrir la couche de platine d'un enduit protecteur; la face platinée devait, au contraire être placée du côté visible du miroir et servir directement de surface réfléchissante.
Les rayons n'ayant plus à traverser l'épaisseur du verre, comme cela a lieu dans les miroirs argentés, on pouvait faire usage de glaces travaillées d'un seul côté, ce qui permettait de les couler sous une épaisseur plus faible et de réaliser une économie de matière et de main-d'œuvre.
D'autre part le verre servant simplement de support à la couche de platine, et étant masqué par le métal, on n'avait plus à se préoccuper de sa qualité ni de sa blancheur. Les espérances des inventeurs ne se sont pas réalisées.
Tout d'abord, le platinage est bien inférieur comme aspect à l'étamage et à l'argenture ; il est beaucoup moins brillant et communique une teinte sombre aux objets réfléchis. En outre, les glaces platinées sont toujours quelque peu
HENRIVAUX. — LE VERRE. 431
déformées par le passage au moufle; il est, quant à présent, impossible d'obtenir des glaces platinées de grandeur supérieure à 120x66, et encore faut-il ajouter que ces glaces sont généralement défectueuses.
Pour ces diverses raisons, les glaces platinées n'ont pas été adoptées par le commerce.
Elles ne sont employées que pour les miroirs communs de petites dimensions et pour garnir les vitres des rez-de-chaussées et des bureaux. Pour cette dernière application, on place la face non platinée à l'extérieur. Grâce à cette disposition et à l'obscurité relative de l'intérieur, on se trouve à l'abri des regards, tout en se ménageant la possibilité de voir les objets qui sont à l'extérieur.
Nous signalerons l'application qui a été faite récemment du verre platiné pour la construction de rhéostats pour courants électriques de faible intensité.
Dorure du verre. — On a essayé également de recouvrir d'une couche d'or, brillant ou mat, les glaces, pour en faire principalement des bordures-cadres Le procédé employé, dû à M. Schwarzenbach, de Berne, consiste à dissoudre du chlorure d'or pur dans l'eau distillée bouillante. Cette liqueur est rendue normale, de sorte que 1 litre' contienne 0gr,300 d'or métallique; on la rend alcaline par l'addition du carbonate de soude, liqueur A.
On prépare une liqueur B, dissolution saturée d'hydrogène protocarboné dans l'alcool; on étend cette liqueur de son volume d'eau; puis une liqueur C formée de 25 centimètres cubes de liqueur B, et de 200 centimètres cubes de liqueur A. Cette liqueur C est versée entre la glace à dorer et une feuille de verre placée à 3 milimèlres au-dessous de la première. Après deux ou trois heures de contact, la dorure est obtenue. Reste à laver et à sécher la glace.