RECHERCHES EXPÉRIMENTALES SUR LES VERRES, PAR 11. L. GRE.NET
La première série d'expériences dont M. L. Grenet rend compte a él faite en collaboration avec M. Chatenet. Le but de ces recherches était de déterminer les relations qui rattachent à la composition chimique du verre ses propriétés physiques les plus importantes au point de vue industriel : dilatation, ténacité, fusibilité et altérabilité.
Dans cette étude, une difficulté spéciale résulte de ce que les propriétés du verre ne sont pas, comme celles des corps cristallisés, entièrement définies par la composition chimique, la température et la pression.
Elles dépendent encore toutes, mais à des degrés divers, suivant la nature de la substance, du temps et aussi, comme pour les métaux, des tensions internes résultant des déformations antérieures.
Pour étudier l'influence de la composition chimique, i! faut, autant qii'v possible, rendre le temps et les tensions internes uniformes, ce qui e>t toujours difficile.
Dilatation. — On a cherché s'il n'existerait pas une relation simple entre la dilatation et la composition chimique, si cette propriété ne varie pas suivant une loi additionnelle comme la densité.
Pour élucider ce point, il fallait s'adresser, non à des verres industriels, toujours très complexes, ne permettant que des variations restreintes do composition, mais à des verres simples, préparés au laboratoire, avec âo> proportions aussi différentes que possible de leurs éléments constituants, pour étudier la fonction dans toute l'étendue réalisable.
Les tableaux suivants donnent les résultats relatifs à différentes natures de verres :
Soude.
Na02SiOM.318 NaOeSiO» 924 NaOlâSiO1 73 i
VERRES SILIC1QUES.
Potasse.
K03SiO* 1.350 K05SÎ01 4.126 K07SiO* 1.017
Plomb.
PbOSiO* 848 Pb02SiO*776
Ces résultats sont compatibles avec une loi additionnelle. Il n'en est pas de môme des suivants :
VERRES BORIQUES
Soude.
Plomb.
Lithine.
Na02BoO»
3PbO BoO» 1
LiO 3BoO*
Na02,5Bo08
PbO BoO3
LiO 4BoO«
Na05,13BoO»
PbO 2Bo03
LiO 5BoO»
NaO 10, «81*00»
Pb02,5Bo03
LiOiOBoO*
Na016,83Bo03 1
Pb03 BoO3
BoOM
BoO3 1
BoO3 1
Borate de zinc. !,5ZnOBo03 374
HENRIVÀUX. — LE VERRE. 751
Verre blanc et acide borique. Verre & bouteilles et acide borique.
Verre blanc 847 Verre à bouteilles G59
Verre 70,7 ) V. à bouteilles. 85 )
BoO3 29,3 ) 68d BoO3 15 ) C31
Verre 57,2 ) K A V. à bouteilles. 75 5 , , , ., .„ ,.
BoO* 42,8 ' 570 BoO» 25 J (dévltnfic). - 000
Verre 38,59> KûiS V. à bouteilles. 70 ) ,AA ., ..,.
BoO* Ciliii 596 BoO» 30 J («vitrifie). . 629
Verre 30,8 ) ÛKO V. à bouteilles. 50),,, .. .c,v
BoO' C9J2 I 653 BoO» 50 j(devitnfié). . 858
BoO* 1.414 BoO» 1.414
Tous ces coefficients doivent être multipliés par 10».
On voit que lorsqu'on fait varier d'une façon continue la proportion d'acide borique, la dilatation commence à décroître et croît ensuite pour tendre à se rapprocher de celle de l'acide borique pur, qui est très élevée et supérieure à celle de tous les verres. C'est ce qui explique comment, suivant les cas, l'acide borique peut être employé pour abaisser le cofficient de dilatation (couverte de Sèvres), on pour l'élever (émail pour métaux).
Les variations des proportions d'acide borique dans un verre ne peuvent pas être illimitées : elles sont plus ou moins grandes, suivant la nature des différents oxydes métalliques et la proportion de silice qui entre déjà dans le verre.
Un excès de base amène la dévitrification, c'est-à-dire la cristallisation de borates et de silicates définis; la quantité de base qui provoque la dévitrification dépend de la rapidité du refroidissement.
Un excès d'acide borique amène la séparation du verre dans le bain en deux couches dont la supérieure est de l'acide borique à peu près pur et l'inférieure le verre limite saturé d'acide borique.
Le tableau suivant donne ces limites pour différents verres :
Séparation Dévitrification
d'acide borique pour une quantité de BoO3
pour nue quautité intérieure à
de BoO» -^— — ^
supérieure à Refroidissement lent. Refroidiss. rapide.
Acide borique et soude BoO3 Na02BoOs Na02Bo03
— lithine BoO3 LiOoBoO3 Li0 3Bo03
— chaux Ca03BoO* Tous. BoOM,5CaO
— magnésie. . . . 4Mg03BoO» » Tous.
— oxydedeplomb. Pb03Bo03 PbO'BoO3 3PbOBo05
— oxyde de zinc. . Bo03l,5ZnO Tous. BoOM,5ZnO
Fusibilité. — En général, dans une même série, les anomalies de fusibilité correspondent à celles de dilatation, comme on le voit très nettement sur les borates, d'après les résultats suivants :
3PbO BoO3 445
PbO BoO3 460
PbO 2Bo08 585
Pb02,5Bo08 660
Pb03 BoO» 540
BoO3 430
7» IlEMUYAUX. — LE VERRE
quelles industries sont les 990 garçons diplômés et à quel travail ils sont occupés.
Au dire dos industriels, la situation s'améliorerait si le certificat était abordable à l'intelligence et au travail moyens des enfants, parce que l'inéluctable loi de l'offre et de la demande ferait refluer vers l'industrie des enfants diplômés, si leur nombre devenait notable.
Dans ces circonstances, j'ai tenu à me renseigner sur la difficulté réelle de l'examen; en voici le programme. H comprend des compositions écrites et orales.
Les compositions écrites renferment, outre une dictée d'une page, servant comme épreuve d'écriture, une composition française, deux problèmes d'arithmétique (fractions, règles de trois, d'intérêt, d'escompte), l'instruction morale et civique. L'examen oral porte sur la grammaire française, l'arithmétique (théorie), l'histoire de France, la géographie physique et historique de la France, les éléments des sciences naturelles, physiques et mathématiques, ainsi que leurs applications aux arts et à l'hygiène.
Ce programme parait surchargé, mais le programme n'est rien, c'est la manière dont on l'applique qu'il faut considérer, et l'on affirme qu'il est exigé avec rigueur.
Que l'instituteur traite de toutes les questions énumérées ci-dessus, c'esl parfait; il donne ainsi de l'intérêt à sa classe. La masse des enfants en retient quelques bribes, et certains élèves peuvent y trouver la voie qui convient à leur esprit. Mais, il me paraît impossible qu'un enfant ordinaire, de onze à douze ans, acquière une connaissance suffisante de cet ensemble pour qu'il puisse faire des compositions convenables. Il y a lieu de penser avec les industriels qu'un enfant d'intelligence moyenne ne s'assimilera qu'exceptionnellement toutes ces matières, et que la plupart de ceux qui se destinent au travail manuel se rebuteront et ne tenteront même pas d'obtenir le certificat. On ne doit pas oublier qu'il n'y a pas de sanction à la fin des classes ; l'enfant, à treize ans, quitte l'école nécessairement, avec ou sans le certificat.
En somme, actuellement, le certificat n'existe pas pour les enfants qui se destinent à l'industrie du verre, la seule qui nous occupe.
Au point de vue moral, la loi, qui a reculé à treize ans la fin des études et l'entrée des ateliers, a produit des résultats fâcheux. Avec la loi de 1874. la fin des classes coïncidait sensiblement avec l'époque de la première communion, qui est restée, pour la plupart des régions de notre pays, la date fatidique marquant la clôture des études primaires. A partir de ce moment, le paysan et l'artisan des campagnes ne pensent qu'à reprendre leur enfant pour l'envoyer aux champs et tout subterfuge est bon pour un grand nombre.
D'autre part, les commissions scolaires montrent presque partout une faiblesse déplorable en ce qui a trait à l'assiduité des enfants et elles accordent, sans motif, des dispenses de fréquentation scolaire. La plupart de ces commissions même fonctionnent de la façon la plus irrégulière quand elles fonctionnent. A quoi bon, disent ceux de leurs membres qui ont souci du respect de la loi? Les sanctions dont nous disposons sont illusoires plus que
HENRIYAUX. — LE VEFlRE. 76^
réelles. Un moment finit, il est vrai, par arriver où l'affichage, à la porte de la mairie, du nom des parents de l'enfant réfractaire est ordonné et a lieu; mais c'est, pour le grand nombre, un bien mince souci que compense largement le petit salaire rapporté par l'enfant.
Quant à ceux, trop nombreux hélas, qui sont abandonnés sans surveillance suffisante, c'est l'oisiveté avec ses tristes conséquences.
A Paris, ce serait pis encore. Il y a sur le pavé, plusieurs centaines, plusieurs milliers peut-être d'enfants, en âge de scolarité, qui sont condamnés au vagabondage par le manque de place dans les écoles. Le Conseil municipal s'est ému, récemment encore, de cette situation. On va bâtir... mais, en attendant, les expectants, comme on les désigne, restent dans la rue.
La criminalité s'accroît de jour en jour, répète-t-on partout, elle s'étend surtout chez les jeunes gens, elle atteint l'enfance; peut-il en être autrement pour cette quantité d'enfants errants, exposés aux plus dangereuses fréquentations! Le sentiment moral s'émousse peu à peu et l'atrophie morale est suivie, à brève échéance, par l'atrophie physique : voilà le facteur principal de l'arrêt du développement matériel, et c'est sur ce point surtout que doivent être appliqués des remèdes efficaces; ce qui ne veut pas dire que la surveillance du travail des enfants ne doit pas être poursuivie, comme elle l'est par le service d'inspection depuis 1892.
En résumé, d'une part, l'instruction des enfants destinés à l'industrie n'a pas réalisé de progrès sensibles, puisqu'ils n'arrivent pas à obtenir le certificat d'études à douze ans. D'autre part, leur état moral ne fait qu'empirer parce qu'il n'y a pas de sanction pour le manque d'assiduité à l'école, et cette déchéance morale conduit à la déchéance physique plus sûrement que l'excès de travail qu'il faut d'ailleurs empêcher.
En présence de ces faits incontestables, ne serait-il-pas rationnel, soit de revenir à la limite de douze ans pour l'admission dans les ateliers, soit de faciliter, par des réductions du programme classique, l'obtention du certificat de capacité pour qu'elle ne soit pas une infime exception chez les enfants ayant atteint la douzième année ?
Et d'abord la fixation de la limite de treize ans a-t-elle donné lieu à une enquête médicale? Je n'en ai pas trouvé trace, tandis que la réglementation du travail des jeunes filles et des femmes a été très sagement l'objet d'une consultation directe, demandée par le gouvernement à l'Académie de médecine.
On a dit que la limite de treize ans avait recueilli 308 avis favorables contre 138. Il ne pouvait en être autrement, par suite de la promulgation de \-\ loi qui avait fixé à treize ans la fin des études, car la plupart des réponses favorables se résument à celle-ci : < Treize ans pour faire concorder la loi sur le travail des enfants avec la loi sur l'instruction obligatoire ».
Il convient de remarquer que beaucoup de commissions ou de personnes, ayant fait de ce grave sujet une étude approfondie, ont conclu en faveur de la limite de douze ans. Citons la commission supérieure du travail des enfants dans le département de la Seine, statuant sur un rapport très étudié et voté à l'unanimité par la sous-commission qu'elle avait nommée;