‹ Le verre et le cristalChapitre 4 sur 207 · VERRERIES ROMAINES · texte numérisé non relu

VERRERIES ROMAINES

g^rt- ^

ni [s (tes ehîusls titrés de Pompëi.

.lite- La forme et la disposition des bulles conGron. Elles ne présentent pas en effet la forme Jtèles constatée dans le travail du soufflage en en rayons qui est la caractéristique du soufflage plaques de verre sont plus épaisses sur les bords narque généralement au moulage. Ces vitres sont -aire et indiquent une fabrication très peu avancée, stique et décorative, les anciens ont été et sont icèdés techniques de leurs verriers n'ont certainej les nôtres. Ils paraissent avoir connu l'art de 9, de même qu'ils connaissaient la manière de le ures en émail.

HENRIVAUX. — LE VERRE. 9

On prétend même, d'après un récit de Pétrone, qu'un verrier romain du temps de Tibère aurait trouvé le moyen de rendre le verre malléable même à froid. « ... Il y eut pourtant du temps de Tibère, dit cet auteur, un ouvrier qui fabriqua une fiole de verre, laquelle ne se cassait point. Il fut admis à en faire hommage à l'empereur, après quoi, l'ayant reprise de ses mains, il la lança sur le pavé. Le prince, effrayé, l'ouvrier ramassa sa fiole : elle était bossuée tout comme un vase d'airain. Cet homme alors tire un petit marteau de sa ceinture et tranquillement remet la fiole en état. Cela fait, il pensait déjà tenir Jupiter par les pieds, surtout quand l'empereur lui demanda : c Quelqu'autre que toi a-t-il le secret de cette composition? Pèse bien ta > réponse. > Sur la négative, César lui fit trancher la tête, car enfin si ce secret était connu, on ne ferait pas plus de cas de l'or que de la boue » (1).

Peut-être faut-il faire ici la part de la légende ; mais qu'on ne se hâte pas trop de crier à l'invraisemblable, bien que la nature même du verre répugne à la malléabilité. On a trouvé le moyen de rendre le verre à peu près incassable. Ne peut-on admettre que ce verrier, ayant eu connaissance du procédé du trempage, les profanes de l'époque, exagérant cette découverte, ont pu croire qu'on avait trouvé le moyen de rendre le verre malléable à froid.

H. W. Frœhner et M. Ed. Garnier, auxquels nous avons fait de larges emprunts, estiment que les principaux centres de l'industrie verrière en Italie furent Pompéi et Cumes, ou leur voisinage très proche. Nous disons « estiment », car Pline, l'auteur tout indiqué pour préciser la question, si prolixe sut les procédés de fabrication employés de son temps et sur la variété, les mérites des divers produits de l'art verrier, est absolument muet sur l'emplacement des verreries romaines.

Du temps de l'empereur Hadrien, on tirait encore de l'étranger les vases de verre, dont l'usage commençait à s'étendre. Dans un de ses voyages en Egypte, cet empereur envoyait en cadeau au consul Servianus une collection de coupes en verre fabriquées à Alexandrie : c Je t'ai envoyé, lui disait-il, des verres chatoyants de diverses couleurs qui m'ont été offerts par le prêtre du temple. Ils sont particulièrement destinés à toi et à ma sœur. J'entends qu'aux jours de fêtes tu les serves aux convives. »

C'est également d'Alexandrie que provenaient les grandes coupes de verre qu'Hadrien lui-même, suivant Apulée, aimait à montrer sur ses tables de festins, mélangées aux coupes d'argent et d'or. Les vases de cristal du service impérial que Harc-Aurèle faisait vendre aux enchères publiques en plein Forum, avaient la même origine. Il s'agissait probablement là d'articles de luxe ayant un cachet exotique, car les Romains n'avaient pas tardé à égaler, sinon à surpasser, l'habileté professionnelle des verriers d'Alexandrie. Leurs ouvriers fabriquaient, au troisième siècle, des verres à boire d'une telle finesse, d'une telle légèreté qu'on les appelait verres ailés (2). Un artiste de ce temps en vendit deux 6.000 sesterces (1.500 francs de notre monnaie).

(1) Pline, qui rapporte la même anecdote, prétend que Tibère se contenta de faire raser l'atelier de l'inventeur.

(2) Peut-être aussi parce que, de même que les verres vénitiens fabriqués plus laid, ils étaient munis d'anses en forme d'ailettes.

D'après saint Jérôme, les premiers chrétiens ont connu les calices en verre. Quelques-uns portaient encore l'inscription païenne dont on décorait d'habitude les rases à boire de cette époque : BIBE. V1VAS. Bois. Vis.

On a conservé un gobelet en verre blanc ayant appartenu à l'empereur Maximilien, dont il porte le nom : Maximianus Augustus; ce gobelet est enveloppé d'un réseau à jour de verre bleu en filigranes, superposé au corps du verre avec une rare délicatesse.

L'empereur Gallien méprisait les coupes de verre. Alexandre Sévère les estimait beaucoup, au contraire, bien qu'il ne se servit que de gobelets ordinaires en verre blanc. Il exigeait seulement qu'ils fussent nets et brillants. Cependant Alexandre Sévère frappa les verriers d'un impôt fort lourd, sous forme de patente, qui fut rapporté plus tard, sous Constantin. Il faut voir dans cet acte, non pas un sentiment d'hostilité contre l'art de la verrerie, mais un indice du développement qu'avait pris le commerce de ses produits.

L'usage du verre était en effet très répandu à cette époque. On s'en servait dans les lieux publics, dans les cabarets et au barreau, où les avocats avaient l'habitude de boire de l'eau chaude ou tiède pendant leurs plaidoiries.

Dans les cabarets, les jeunes patriciens, au milieu de leurs orgies, s'amusaient à casser les verres à coups de pièces de monnaie lancées de loin. D'après Jules Capitolin, Yerus avait acquis à ce jeu une grande réputation.

Clément d'Alexandrie, un siècle plus tard, demandait, dans l'intérêt de la morale publique, qu'on détruisît tous les verres à boire, qui avaient développé outre mesure le vice de l'ivrognerie.

Los anciens Gaulois connaissaient le verre, à en juger par les objets de verroterie égyptienne trouvés dans la Lozère et les sépultures explorées en Suisse et en Savoie, mais on croit qu'ils en ignorèrent la fabrication jusqu'à la domination romaine.

La verrerie gauloise ne semble pas, en effet; une création du génie local ; elle est romaine par la forme de ses produits, leur décoration, leurs inscriptions. Elle ne nous a légué du reste rien de remarquable, et on a lieu de s'en étonner, étant donné que les Gaulois ont connu et pratiqué de très bonne heure l'art d'émailler les métaux (1). On a trouvé des ruines de verrerie gallo-romaine à Rouen, Amiens, Rennes, Bordeaux, Autun, Lyon, Nîmes et Strasbourg. Nos ancêtres en tous cas se sont servis d'instruments de chimie en verre. On a découvert des cornues anciennes à Arles, à Nîmes et dans les environs de Cologne. Les Gallo-Romains ont surtout excellé dans les travaux de mosaïque en verre qui donnèrent naissance à la fabrication des vitraux peints. Les auteurs du temps rapportent que lors de l'invasion franque, les farouches conquérants recherchaient les riches demeures contenant des parquets de verre diversement coloré et prenaient plaisir à les incendier do préférence pour avoir à constater les bizarres transformations, dues à l'action du feu, subies par les cubes de verre.

A part de rares objets d'art dont le vase de Strasbourg et celui de Barberini sont de remarquables spécimens, la verrerie gallo-romaine semble avoir

(1) D'après Philostrate.

HENMVAUX. - LE VERRE. il

recherché la fabrication de vases d'usage courant à bas prix. M. Frœhner, le savant archéologue, lui attribue les nombreux flacons à fond carré trouvés en grand nombre dans les tombeaux.

On rencontre également en grand nombre les vases d'usage domestique ou funéraire en pâte incolore, sans inscription ni décoration. Ces vases, de formes variées, étaient destinés à recevoir des huiles parfumées ou les cendres des morts. Ce sont de petites fioles, très allongées, terminées par un col cylindrique. On les appelle lacrymatoires, plutôt par allusion à la cérémonie où on en faisait usage qu'au liquide destiné à y être renfermé. La plupart de ces fioles sont dues au soufflage ; quelques-unes offrent les traces évidentes du moulage sous forme de sutures dans le sens longitudinal. Les mêmes traces se remarquent sur les verres décorés d'ornements en relief appartenant à la même époque.

Au démembrement de l'empire romain, l'empereur Constantin ayant transporté à Byzance le siège de son gouvernement, y appela les plus célèbres verriers de l'Italie et de la Gaule, qu'il combla de faveurs et qui élevèrent la verrerie byzantine à un haut degré de perfection.

L'Occident, submergé par le flot des barbares, allait voir s'arrêter pendant plusieurs siècles l'essor industriel et artistique qu'il devait à la vieille société qui venait de disparaître.

Plus tard, les Vénitiens, qui seront pendant longtemps les seuls importateurs en Occident des précieuses verreries grecques, profiteront, après l'invasion de l'empire d'Orient par les Turcs, de l'émigration des artistes qui suivra la prise de Constantinople. Ces habiles commerçants hériteront à leur tour des procédés usités en Asie et à Byzance pour fabriquer le verre, le colorer, le dorer et rémailler. Ils produiront alors cette multitude de beaux ouvrages qui portera si haut et si loin la juste renommée de leur verrerie. Murano dépassera Alexandrie.

Les verreries établies sur notre sol ne disparurent pourtant pas toutes après l'invasion des Francs, et les trouvailles faites dans les sépultures des sixième et septième siècle démontrent que la fabrication du verre ne fut pas complètement abandonnée. Mais pendant plusieurs siècles le cachet artistique semble avoir disparu pour faire place à la verrerie commune et à bas prix. Une lettre écrite par révoque Fortunat à la reine Radegonde, femme de Clotaire Ier, nous apprend qu'en ce temps-là les viandes étaient servies, dans les festins, sur des plats d'argent, et les légumes sur des plats de verre.

Pendant toute la période barbare et le moyen âge, les verriers sont établis loin des villes, à proximité des forêts, tant pour se procurer plus facilement les matériaux de fabrication que pour échapper le plus possible à la réglementation ordinaire et aux exactions du fisc. Des documents authentiques démontrent l'existence de vingt-cinq fabriques de verre en activité sur notre territoire, entre 1207 et 1497. La pièce la plus ancienne est un diplôme de l'an 825 qui mentionne le port de la verrerie dépendant de l'abbaye de Saint-Mesmin.

Dans son livre de Y Essai sur divers arts, le moine Théophile (1), qui écrivait

(1) Ce moine était contemporain de la grande querelle de saint Bernard et de Snger

1S HENRIVAUX. - LE VERRE.

au douzième siècle, dit dans sa préface adressée au lecteur : € Si tu approfondis attentivement cet Essai, tu y trouveras tout ce que connaît la Grèce sur les espèces et mélanges des diverses couleurs; toute la science de la Toscane relativement aux incrustations et à la variété des nielles; tout ce qui distingue l'Arabie, quant à la fonte et à la ciselure des métaux; l'art avec lequel l'Italie décore les différentes espèces de vases, soit au moyen de l'or et de l'argent, soit avec l'ivoire et les gommes; tout ce que la France apporte de recherches à varier d'une façon précieuse les vitraux des fenêtres et les colorations du verre > (caput xh, De diversis vitri coloribxis).

Un passage des Mémoires de Joinville nous fait connaître le peu de valeur où étaient tombés les objets de verrerie. Le chroniqueur nous montre le comte d'Eu, frère de saint Louis, s'amusant à briser, à l'aide d'une petite catapulte de son invention, les aiguières et verres dont se servaient, pendant leur repas, les chevaliers au service du roi (tome II, page 335).

Les inventaires des maisons royales en 13G0 et 1380 indiquent que partie de ces verres en usage en France venaient d'Orient : < Ung grant voirre, ouvré en la façon de Damas. Ung autre petit voirre, ouvré par dehors, à ymages, en la façon de Damas » {Inventaire de Charles V).

Aux produits orientaux s'ajoutent parfois les produits de Venise. Un mandement de Philippe le Hardi, daté du 6 juillet 1394, ordonne le paiement de quatre francs pour seize verres et une écuelle, « des voirres que les galées de Venise ont apportez en nostre pays des Flandres. »

On voyait figurer au nombre des joyaux du duc d'Anjou « deux potets (petits pots) à pied et à anse de verre de Venise, deux grandes coupes à pié de verre de Venise, etc. ».

Il résulte de ces diverses citations que la verrerie de luxe était d'origine étrangère.

La vaisselle de verre dont on faisait usage était fabriquée dans le pays. On doit à Legrand d'Aussy, auteur d'une Histoire de la Vie privée des Français, parue en 1782, la révélation a une charte de 1338 par laquelle Humbert II, dauphin du Viennois, accorde à un verrier nommé Guionet, le privilège de l'exploitation d'une partie de la forêt de Chamborant, à condition qu'on lui fournit chaque année 240 verres à boire en forme de coupe ou de hanap, 144 amphores, 132 vases de nuit, 144 grandes écuelles, 72 plats, 72 plats sans bords, 144 pots, 144 aiguières, 60 gotteffles, 12 salières, 240 lampes, etc., etc.

Une redevance comprenant un si grand nombre d'objets suppose une fabrication considérable et le bas prix relatif des produits. * Le bon marché de la vaisselle de verre est du reste confirmé par de? mémoires de Louis XL Les marchands un peu riches dédaignaient d'en faire usage et avaient coutume de boire dans des hanaps et des coupes d'argent ou de vermeil. Les vases en verre étaient relégués à l'office et à la cuisine.

Un siècle plus tard, Bernard Palissy fait entendre cette plainte significative dans une lettre adressée à l'un de ses amis : « Je te prie, considère un peu les verres qui, pour avoir esté trop communs entre les hommes, sont devenus à un prix si vil que la plupart de ceux qui les font vivent plus méchaniquement

que ne font les crocheteurs de Paris... et ces verres sont vendus et criez par les villages par ceux mêmes qui crient les vieux chapeaux et les vieilles ferrailles. »

La verrerie d'art reparut en France au seizième siècle. Les gentilshommes verriers, imitant les procédés de fabrication de Murano, produisirent des verres de grand luxe peints, dorés et émaillés. Sans rechercher, comme leurs confrères vénitiens, les formes légères, presque diaphanes et compliquées à l'excès, ils surent révéler, dans des modèles coquets et gracieux, le caractère particulier du génie français, qui allie la simplicité à l'élégance.

De grands efforts avaient été faits pour enlever à Venise les secrets de sa fabrication.

La municipalité de Lyon accordait, en 1508, un subside important à Mathieu de Carpello pour l'aider à développer la manufacture de c voirres de cristallin » fondée par lui dans la ville.

En 1547, Henri II appelait en France le Vénitien Théséo Mutio et l'installait dans le château même de Saint-Germain pour qu'il pût y exercer son métier de verrier.

UInv&itaire de Catherine de Médicis porte treize pièces de verre, façon de Saint-Germain-en-Laye. Charles IX anoblit ce Théséo Mutio.

Henri IV, lui aussi, attira des verriers vénitiens en France et favorisa rétablissement de deux fabriques, l'une à Paris, près de l'église de Saint- Germain-des-Prés, et l'autre à Nevers. En janvier 1598, il concéda à deux Italiens, originaires d'Altare, Vincent Bussoni et Thomassin Bartholus, le privilège d'établir une verrerie à Rouen. Sept ans plus tard, un Français, cette fois, nommé François Garsonnet, construisait dans la même ville une verrerie fabriquant du cristal.

En 1690, la verrerie d'Orléans, dirigée par Perrot, contrefaisait l'agate et les gemmes, imitait avec du verre émaillé la porcelaine de Chine, et obtenait par le moulage des pièces de verre avec des bas-reliefs et divers ornements. Massolat, maître de verrerie à Reizaucourt, était renommé, à la même époque, pour son habileté à reproduire le cristal taillé de Bohême.

Le musée de Cluny possède de très jolis spécimens de la verrerie française du seizième siècle : une belle coupe a portant sur son pied les armes émaillées de Louis XII et d'Anne de Bretagne; un verre à avec portraits de Pierre Talon et de sa femme; un autre c qui, avec trois hallebardiers, porte cette devise : En la sueur de ton visage tu mangeras le pain; ces trois vases sont très remarquables, chacun dans leur style particulier, et peuvent soutenir la comparaison avec les meilleurs produits de Venise. On peut voir au Louvre un verre émaillé à portrait d qui provient de la collection Davillier et dont l'exécution est également de premier ordre (1).

On cite encore un verre très curieux de fiançailles e représentant un gentilhomme en costume Henri II, offrant un bouquet à une dame, avec la devise : c le svis à vovs, Ienan BovcAn et Antoinette Bovc. » Cette pièce originale, d'un très joli travail, appartenait autrefois à M. d'Huyvetter, de Gand, et a été prêtée par M. Hade à l'Exposition de Manchester.

Bien qu'assez rares, les échantillons conservés de cette fabrication artis-

(1) Les figures a, b, c, d, e sont représentées dans la dernière planche de l'allas.

tique témoignent bien des talents et de l'ingéniosité des verriers français, qui ont su créer un style original et de bon goût.

On aurait donc tort de croire, avec certains historiens, que la verrerie française au seizième et au dix-septième siècle n'avait aucune valeur et ne produisait que des œuvres médiocres.

La faible notoriété qu'on lui reproche et l'espèce d'effacement dont elle fut frappée sont dus à l'invention du coulage des glaces, dont s'émerveillèrent tous les esprits et qui remua si profondément le monde industriel de l'époque.

Page 1