‹ Le verre et le cristalChapitre 59 sur 207 · FOURS A BASSIN (SYSTÈME L. VIDEAU · texte numérisé non relu

FOURS A BASSIN (SYSTÈME L. VIDEAU

M. L. Videau, ingénieur-directeur de la verrerie de la Compagnie de Blanzv (Saône-et-Loire), a imaginé un système de four à bassin, dans lequel l'air chaud est amené en tète du four par des conduits venant d'un récupérateur

HENRIVAUX. — LE VERRE. 301

Radot-Lencauchez. Le sens de la circulation des flammes esl invariable, sans renversement ni alternances; le réglage du four s'obtient simplement par le déplacement de registres.

Il existe six dispositions diffère nies de fours de ce système répondant à divers besoins de l'industrie du verre. Trois de ces dispositions doivent être mentionnées

1* Le four à travail intermittent à dix ouvreaux ;

2° Le four à travail intermittent à vingt ou vingt-quatre ouvreaux ;

3° Le four mixte (travail intermittent ou travail continu) à deux compartiments de dix à vingt ouvreaux chacun, soit vingt à quarante places pour l'ensemble du four.

Le four à vingt ouvreaux à travail in terminent, à bassin unique, rectangulaire, est recouvert d'une couronne au bas de laquelle sont percés les dix ouvreaux de travail. A Tune des extrémités de la couronne arrivent les gaz combustibles et l'air chaud ; a l'autre, se trouve le puits vertical de départ des flammes après leur passage dans le four.

Les gaz combustibles sont produits par deux gazogènes de formes et dimetir sions ordinaires, à barreaux légèrement inclinés. Ces gazogènes sont généralement placés dans la halle de fusion et de travail. Ces fours ont en moyenne une durée de réveillée de un an.

Un four de ce système et de ces dimensions fut construit à Blanzy en 1872, et c'est après une expérience de quatre années que fut construit le four à vingt ouvreaux dont le principe est le même, dont les dispositions seules sont uivpeu différentes.

H. Videau obtient avec ces fours de grandes dimensions, de bons résultats au point de vue de l'égalité de la température entre les divers points d'un bassin

ayant 6 mètres de long sur 6 mètres de large. Cette distribution uniforme est obtenue par l'emploi de deux voûtes concentriques ; sous la première arrivent les gaz; sous la seconde débouche l'air chaud. La forme du bassin est celle d'un trapèze à parois courbes. Dans ce four comme dans le premier, l'arrivée des flammes se fait par l'une des extrémités, le départ par l'autre ; le sens de de la circulation des produits de la combustion est invariable.

Le four mixte à deux compartiments peut fonctionner comme four intermittent à deux compartiments, donnant chacun une nuance différente de verre : et comme four continu, un verre de teinte uniforme, l'un des compartiments servant alors de four de fusion, l'autre de bassin de travail.

L'appareil affecte en plan, la forme d'un fuseau, c'est-à-dire que les parois du bassin sont curvilignes. A chacune des deux extrémités est un brûleur dans lequel s'opère le mélange des gaz et de l'air chaud qui sont amenés par plusieurs conduits venant pour le gaz, de gazogènes placés à chaque extrémité du four ; pour l'air chaud, d'un récupérateur unique situé sous le bassin au milieu du four; aux deux extrémités du barrage se trouvent deux cheminées ou puits de flammes séparés, ils se réunissent en contre-bas du bassin et conduisent les gaz brûlés au récupérateur après avoir agi dans le four.

On voit que, dans cette disposition, la flamme circule dans chaque compartiment allant de l'extrémité vers le centre du four; là elle se réunit au courant de gaz chauds venant en sens inverse, de l'autre extrémité du bassin ; le tout s'échappe par les deux puits de flammes.

Entre ces deux puits, le barrage se rétrécit de façon à n'avoir plus que l'épaisseur des parois des deux compartiments augmentée de la largeur d'un canal rafraîchisseur d'air, indispensable pour assurer la conservation de ce barrage. En outre, dans cette partie, le seuil s'abaisse un peu au-dessous du niveau du bord du bassin, de façon à former déversoir entre les deux compartiments.

Grâce à cette disposition spéciale, ce four peut fonctionner à volonté et immédiatement, sans aucune modification à apporter à son agencement, soit en four intermittent à deux compartiments de verres de nuances différentes, soit en four continu.

Si l'on veut produire deux nuances, il suffit de maintenir le niveau du verre plus bas que celui du seuil du déversoir, les deux compartiments fonctionnent alors indépendamment l'un de l'autre et chacun à la façon d'un four ordinaire. Si l'appareil travaillant ainsi en deux nuances, on veut le faire fonctionner en four continu, il suffit de renfourner dans le compartiment que l'on réserve pour la fonte, jusqu'à ce que le niveau du verre s'élevant au-dessus de celui du seuil du déversoir, le verre passe de l'un des compartiments dans l'autre.

Si, à un moment quelconque, on veut faire l'inverse, et que, l'appareil travaillant en four continu, on veuille revenir au travail intermittent en deux nuances, on n'a qu'à épuiser par le travail le compartiment dont on veut changer la nuance et faire fonctionner l'appareil comme four intermittent à deux compartiments; la seule précaution à prendre, et elle est facile à observer, c'est de maintenir le niveau du verre à la hauteur convenable. Ce four, suivant que chaque compartiment est à dix ou à vingt ouvreaux, peut

HENRIVAUX. — LE VERRE.

donner lieu à une production, soit en une, soit en deux nuances, d'un four à vingt ou quarante places.

Dans ces fours, le refroidissement de toutes les parties est très efficacement réalisé dans les conduits à deux étages, indiqués par M. Videau.

Des fours à dix ouvreaux ont été installés à Blanzy, à la verrerie de la villa d'Aï près Épernay (fabrication de bouteilles de Champagne), aux verreries d'Arqués (Pas-de-Calais), de Frais Marais, de Masnières (Nord).

Dans les explications données ci-dessus au sujet de ces divers fours nous n'avons point fait de citations de dépenses de combustibles par rapport aux quantités de verre obtenues. Cela pour deux motifs. Un vice de construction dans un four peut modifier complètement les résultats obtenus sans que pour cela le système de four soit condamnable. La manière dont un four est conduit peut aussi influer sur sa production et sur sa consommation. L'emploi de telles ou telle qualité de houille est une cause d'interprétation souvent erronée dans les résultats obtenus, résultats qui sont ainsi très rarement comparatifs.

Il appartient aux fabricants d'étudier chaque système de four, pour les usages auxquels ils destinent ces fours, et ce n'est qu'après des mois, souvent même des années, qu'on peut être fixé sur la valeur d'un système d'appareil; c'est pourquoi nous avons été très sobres d'appréciations sur les différents systèmes exposés dans ce chapitre.

*ïi

Page 1