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II. — Composition vi tri fiable de la verrerie de Bagneaux

Le prix élevé de la matière alcaline préparée industriellement (carbonate ou sulfate de soude) a amené les verriers à tenter l'emploi de minéraux riches en potasse ou en soude.

Les feldspatbs sont très recherchés ; il en est de même d'un minéral connu sous le nom de granulite, dont la composition est la suivante :

Silice 69,34

Peroxyde de fer et alumine . . . 3,56

Chaux 1,34

Magnésie 1,00

Alcalis 23,36

Perte par calcination 1,40

On en obtient parait-il d'excellents résultats.

La quantité de sulfate de soude et celle de charbon à ajouter aux mélanges vitrifiables dépendent de diverses causes, qui sont principalement : la température des fours, la qualité des charbons et par conséquent l'état plus ou moins réducteur de l'atmosphère du four. En général un verrier fera bien de ne pas modifier ses compositions quand il les aura adoptées. La seule modification consistera dans les changements du charbon, puis dans la manière de diriger son four. Le saffre (oxyde de cobalt impur) que nous avons vu employer dans

Fie. MI.— H, ounreaui de chargement des mitièrei et de outillage du verre; CC, creiuela; D, plancher en bois posé sur maçonnerie et sur lequel «e tiennent lei souffleurs, à 3 mètre» au-dessus du sol.

Fjo. SOi, — F, fosse pour permettre le balancement des cylindres; E, moules en bob destinés à permettre d'arrondir le cueillnge.

les compositions indiquées ci-dessus, avait pour but de donner au verre une légère teinte bleutée, qui vient annihiler la teinte brun verd&tre communiquée au verre par les sels de fer au minimum d'oxydation.

Nous n'insisterons pas ici sur les mélanges vitrifiables, sur les appareils employés pour leur confection, nous reviendrons sur cette question au chapitre des

FiG. M3.

glaces. A cet endroit de notre travail nous traiterons la question du travail du verre et son affinage.

La halle, qui abrite le four et ses dépendances, — arches, four à recuire ou à étendre, — est un bâtiment de forme spacieuse ayant environ 20 mètres de

fie. Sût.

cotés ; les charpentes sont généralement construites en fer, elles sont élevées afm de permettre un travail facile aux verriers, leur donnant un cube d'air suffisant. Les fours contiennent généralement 6 ou 8 creusets ronds, contenant environ 600 kilogrammes de verre. Les arches, ou fours à cuire les creusets, sont construits dans la halle, à proximité du four.

Le dessous de la halle est voûté ; la partie qui correspond au four placé à l'étage supérieur contient les galeries qui communiquent avec l'extérieur, s'étendent sous les grilles et leur fournissent l'air nécessaire à la combustion.

Les autres parties de ce sous-sol sont réservées à la fabrication des creusets, ou à la préparation des compositions vitrifiables, quelquefois même elles servent de magasins pour les (erres réfraclaires ou d'autres matières premières.

Les fours les plus usités sont ceux à huit creusets de la forme dont nous don-

3Ï8 HENRlVAtJX. — LE VERRE.

nous ci-après une coupe, avec une partie plane du même four, et des places de travail.

M. Bivorl, maître de verrerie à Jumet (Belgique), a introduit le premier dans ses verreries le chauffage par le gai. M. Bivort possède actuellement le four Siemens, dans lesquels la fusion et le soufflage s'opèrent au moyen de du gaz et de l'air chaud avec régénération.

Nous avons vu des fours semblables à Sulzbach, chez M. Vopélius' et il en existe en France dans les verreries du bassin de la Loire : à Bagneaux, chez H. Bernard, à Aniche, chez M. Delille, chez M. Renard, etc. On a appliqué aussi dans certaines verreries le chauffage par le gaz aux étenderies.

Fabrication du verre en cylindres. — Le verre étant fondu, affiné, amené par un refroidissement convenable à l'état de consistance pâteuse, le travail commence. Chaque place est desservie par un souffleur et un aide qu'on désigne dans toutes les verreries, sous le nom de gamin.

Le travail du verre se fait en soufflant le verre avec la canne qui a 1",60 à 2 mètres.

D'autres outils sont encore nécessaires aux verriers; ce sont: une palette en fer de 0°,15 de long sur 0°,06 de large, avec un manche de 0",I4, servant à poser le verre au début du travail; des ciseaux employés pour découper le verre quand il esta l'état plastique ; des pincettes pour le travail des pièces de gobeletterie, souvent les tranches de celle pièce sont en bois. Quelques blocs en bois de poirier, de pommier ou de hêtre, creusés en forme de cuvetle, servent à souffler la boule du manchon : on a soin de mouiller ces blocs avant d'y passer la boule.

La canne étant bien propre, bien exempte du verre provenant d'un travail antérieur, est chauffée à la température du rouge sombre au petit ouvreau ; le souffleur la plonge dans le creuset ; ayant ainsi enverré le bout de la canne il

HENRLVAUX. — LE VERRE. 373

la tourne appuyée horizontalement sur une fourche placée auprès des blocs de bois destinés à donner la première forme C, cela jusqu'à ce que le verre se soit assez épaissi pour adhérer fortement après la canne. Pendant ce temps l'ouvriei souffle un peu dans le tube, afin de produire une petite cavité et afin d'évitei l'obstruction du tube. L'ouvrier cueille ensuite une seconde fois du verre, le laisse refroidir un peu, it en prend une troisième, une quatrième fois, jusqu'à ce qu'il se trouve à l'extrémité de la canne une quantité de verre suffisante pour la confection du manchon.

Jusqu'au troisième cueillagele travail est fait par ie gamin, le quatrième cueillage est fait par l'ouvrier souffleur, qui, à l'aide de In palette décrite ci-dessus, pare la masse du verre, puis la souffle en la mabrant dans le bloc, posé sur le devant de sa place. Le souffleur réchauffe fortement cette masse de verre, et, élevant verticalement la canne en l'air, lui fait prendre la forme n° 2.

Fit. Î06 et 207.

Le fond de cette pièce est réchauffé à l'ouvreau et cette pièce est amenée successivement aux formes 3, 4, 5 en soufflant fortement, tout en donnant à la canne un mouvement de pendule. La masse vitreuse sous ces deux actions s'allonge et prend une forme cylindrique. Le souffleur réchauffe encore la portion hémisphérique, recommence à souffler et à faire osciller la canne pour amener le cylindre à la longueur voulue de 5 à fi mètres. On ouvre alors la portion sphérique qui termine le cylindre ; pour cela le souffleur porte la pièce à l'ouvreau, de façon à ramollir l'extrémité sphérique: quand elle est suffisamment chaude, elle est percée à l'aide d'une pointe de fer. P;ir le balancement, l'ouverture s'agrandit, on régularise la pièce avec la palette et en faisant tourner rapidement sur elle-même.

380 HENRIYAUX. — LE VERRE.

La confection d'un cylindre ouvert à son extrémité et fixé à là canne a lieu eh huit à neuf minutes. On peut aussi couper la dernière sphère qui termine le cylindre, comme l'indique le n° 8, mais on a ainsi plus de déchet.

Pour la fabrication des grands cylindres on se sert d'un petit appareil qui est un auxiliaire précieux, la pompe de Robinet, que nous décrirons au chapitre de la fabrication des bouteilles.

Le cylindre, devenu rigide, est posé sur un chevalet en bois 1 l.On touche avec une tige de fer froide le nez de la canne ; celle-ci se détache aussitôt de la pièce de verre dont la calotte est enlevée en enroulant un fil de verre très chaud et en touchant la partie ainsi chauffée avec un fer froid.

On a donc ainsi sur le chevalet un manchon ouvert aux deux extrémités ; on le fend dans le sens de la longueur en promenant intérieurement, sur la même arête, une tige de fer rouge ; un des points chauffés étant mouillé avec le doigt, le cylindre s'entr'ouvre.

Il est préférable de passer un trait de diamant à l'intérieur du manchon, cela en fixant le diamant à l'extrémité d'une tige, en se guidant le long d'une règle pour passer le trait.

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Fic.i08.

Les verres à vitres cannelés se font exactement de la même façon, avec cette différence qu'au commencement du travail, quand la paraison présente la forme allongée d'une poire épaisse, on la souffle dans un moule en fonte ou en bois qui imprime les cannelures ; celles-ci se reproduisent sur le verre et se conservent pendant la fin du travail (fig. 207).

Les manchons étant fendus dans le sens de leur longueur, il s'agit de les étendre, de les développer sur une surface plane de manière à en faire des carreaux de vitres.

Les fours à étendre sont de plusieurs sortes:

Le four dit a pierre fixe donne des verres griffes et de mauvaise planimétrie.

Les fours à pierres tournantes ont le même défaut. On emploie plus généralement le four à pierres roulantes ; voici la description qu'en donne Peligot (1).

(1) Le Verre, son histoire et sa fabrication, par E. Peligot, édité chez M. G. Masson. Paris 4867. — Doute leçons sur Vart de la verrerie, par le môme auteur, chez Eug. Lacroix, éditeur.

HENRIYAUX. — LE VERRE. 381

Dans ce four ou stracou, le verre est étendu sur la plaque mobile A, les manchons arrivant par la galerie qui débouche dans ce compartiment du four. La plaque, munie de sa feuille de verre, est poussée sur les rails dans l'autre partie du four qui est moins chaude ; elle y occupe la place B. Le verre étant assez froid, on l'enlève avec une longue fourche en fer et on le dépose à plat sur un chariot en tôle C, qui reçoit huit à douze feuilles. Ce chariot se meut également sur des rails dans une galerie à recuire d'une longueur de 15 à 20 mètres. Les chariots sont reliés les uns aux autres par des crochets; ils entrent vides par l'ouverture placée près de la grille, sont chargés en G, et sortent pleins et froids à l'autre extrémité.

Le four à pont mouvant de H. Segard, d'Ânzin, se compose essentiellement de deux chariots, qui portent chacun une pierre à étendre. La disposition générale du four étant la même que celle représentée figure 209, le dessin ci-contre ne donne que les deux pierres roulantes et le mécanisme pour les manœuvrer.

Le chariot A, portant sa pierre à étendre, se meut sur des roues fixes au moyen de rails qui y sont adaptés. Le chariot B, qui a aussi sa pierre, se trouve à io centimètres au-dessous du chariot A, sous lequel il doit passer ; il se meut au moyen de ses roues.

Pour étendre les canons, on renvoie le chariot B dans le four à refroidir; on fait l'étendage sur le chariot A. Aussitôt qu'il est terminé, on pousse ce chariot avec un crochet dans le second compartiment. Le chariot B revient ; avec un levier en fer C, on l'élève de 15 centimètres avec la plate-forme sur laquelle il est venu se placer.

On y place le canon à étendre ; pendant qu'il s'ouvre, on enlève avec une fourche, la feuille qu'on vient d'étendre, pour la poser sur un chariot en tôle qui se trouve dans la galerie continue.

Le nouveau manchon étant étendu, on abaisse le chariot sur ses rails, on le renvoie dans le four à refroidir, et on amène par-dessus le chariot supérieur A sur lequel on étend une autre feuille de verre.

Par ce système on étend 600 canons par vingt-quatre heures, avec une consommation de iO hectolitres de houille ; ce travail est fait par deux étendeurs, deux tireurs de chariot et deux gamins. La dépense est moitié de ce qu'elle est avec le four à une seule pierre roulante.

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