‹ Le verre, son histoire, sa fabricationChapitre 14 sur 58 · ACTION DE LA CHALEUR · texte numérisé non relu

ACTION DE LA CHALEUR

de ces petites ampoules de verre : lorsque la goutte de verre fondu tombe dans l'eau froide, la couche extérieure se solidifie, tandis que la masse intérieure est encore à une température rouge; celle-ci, une fois refroidie, se trouve dans un grand état de tension, par suite de son adhérence à la couche déjà figée : elle conserve forcément un volume qui est différent de celui qu'elle aurait si toute la masse s'était refroidie avec lenteur. Vient-on à détruire la solidarité établie entre les particules du verre, en l'entamant sur un point quelconque, en cassant, par exemple, la fine queue de la larme, tout Tédifice s'écroule et se réduit en poussière.

Berzelius compare cette rupture du verre à celle d'un morceau d'étoffe fortement tendu qui résiste à la tension tant qu'il conserve son intégrité, tandis qu'il se déchire à la moindre fissure qu'on y pratique avec des ciseaux.

Il est facile de constater qu'en chauffant au rouge et en laissant refroidir lentement une larme bâta vique, elle perd complètement la faculté d'éclater quand on vient à rompre sa pointe effilée.

M. de Luynes a publié récemment des études intéressantes sur la trempe du verre et sur les larmes bataviques. D'après ses expériences, les effets produits sont dus principalement à l'état particulier des couches extérieures; la masse intérieure du verre ne joue qu'un rôle secondaire dans le phénonmène.

Il rappelle d'abord que le verre brusquement refroidi, c'est-à-dire trempé, reste dans un état de

dilatation plus grand que si le refroidissement s'était opéré avec lenteur*.

En brisant Textrémité de la queue d'une larme, on produit dans le verre trempé des vibrations dont il est impossible d'apprécier les effets; aussi M. de Luynes a substitué à ce moyen mécanique un agent chimique, l'acide fluorhydrique, dont on peut modérer l'action au gré de l'opérateur, et qui permet de détruire à volonté et sans secousse la partie de la larme que l'on veut attaquer. On suspend à l'aide d'un fil, et par le gros bout, une larme au-dessusd'un vase de platine plein d'acide fluorhydrique, de telle manière que l'extrémité seule de la queue plonge dans l'acide; la queue de la larme peut être entièrement dissoute sans que l'explosion se produise : mais lorsqu'on arrive au col, l'équilibre est toujours rompu; la larme se sépare en une infinité de fragments qui tombent dans l'acide sans produire d'explosion ; quelquefois cette désagrégation est accompagnée de bruit, comme dans le cas d'une rupture brusque. D'autre part, une larme plongée dans le même acide par la partie renflée se dissout complètement sans explosion

(4) MM. Chevandier de Valdrôme et Wertheim avaient constaté que la densité des verres augmente en moyenne de 0,0045 par le recuit. Voici les résultats qu'ils ont obtenus :

DBNsrré

Avant le recuit. Après le recuit.

Verre à vitre de la manufacture de Saint-Quirin. 2,517 2,523

Verre à glace de la manufacture de Girey . . . Verre à gobeleterie non coloré de Valérysthal. Cristal blanc et coloré de Baccarat

{Comptes rendus de l'Académie des Sciences, 484S.)

Page 1