‹ Le verre, son histoire, sa fabricationChapitre 15 sur 58 · ACTION DE LA CHALEUR · texte numérisé non relu

ACTION DE LA CHALEUR

et la queue reste entièrement intacte avec Torigine du col.

Ces expériences établissent que la stabilité de la larme dépend surtout de l'existence des parties de verre qui constituent Torigine du col : c'est la clef de voûte de l'édifice; elles montrent, en outre, qu'en respectant ces parties, on peut enlever de proche en proche les couches extérieures sans que la rupture se produise ; ce qui semble prouver que leur existence n'est pas nécessaire au maintien de l'équilibre. Les couches extérieures sont les plus dilatées ; celles qui viennent ensuite le sont de moins en moins, à mesure qu'on arrive vers le centre; de sorte qu'on peut comparer une larme batavique à une série de poires de caoutchouc gonflées se réunissant par leur col assujetti par une même ligature; en coupant celleci, l'équilibre est rompu, tandis qu'on peut inciser successivement chaque poire sans détruire l'ensemble du système.

En dissolvant une larme dans l'acide fluorhydrique, la naissance du col étant préservée, on enlève les couches extérieures, et le noyau qui reste ne se brise plus quand on casse le bout de la larme. Lorsque l'acide n'a pas enlevé une épaisseur de verre assez grande, les propriétés explosives persistent, mais leur intensité décroit à mesure que la . couche intérieure diminue.

Si les tensions inégales des couches superposées déterminent la rupture par un effet de ressort lorsqu'on les rend libres de se détendre, les particules de verre de chaque couche doivent se déplacer en

sens inverse, suivant que la rupture a lieu du côté de la queue ou du côté du gros bout; de là une différence dans l'arrangement de ces particules après la rupture : c'est ce que M. de Luynes a constaté; sur des larmes encastrées à moitié dans du plâtre, on

a fait agir l'acide fluorhydrique pour attaquer la queue; ou bien on en a coupé le gros bout à la la scie; après rupture, les fragments maintenus par le plâtre restent superposés. On voit alors nettement, quand ce plâtre est frais, que l'ensemble se compose de petits fragments coniques, tronqués, enchevêtrés les uns dans les autres. Si la larme est rongée par la queue, c'est vers celle-ci que sont dirigés les sommets de. ces cônes; si elle est sciée par le gros bout, la direction de ces sommets est en sens inverse (fig. 3 et /i). Enfla, si la larme est sciée par le milieu (flg. 5), elle offre de

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chaque côté, avec des directions contraires, la même texture conique.

Des grosses baguettes ou des tubes pleins en verre trempé présentent des phénomènes semblables à ceux qui sont offerts par les larmes bataviques. C'est à une cause du même genre qu'il faut rapporter la production des tressaillures régulières qu'on obtient sur les poteries dites craquelées.

Lors de la rgpture des larmes bataviques ou des tubes trempés, il y a élévation subite de température et même dégagement de lumière; ces faits, avancés par M. L. Dufour, ont été confirmés par M. de Luynes.

Les fragments de verre projetés par l'explosion d'une larme batavique sont animés d'une telle vitesse que si l'expérience est faite dans un vase plein d'eau, ce vase est brisé, alors même qu'il est fort épais. C'est aussi ce qui arrive lorsqu'on casse la pointe d'une larme dans la cavité formée par un fond de bouteille renversée sur le sol, cette petite coupe étant préalablement remplie d'eau; celle-ci est brisée et projetée contre la terre avec l'eau qu'elle contient.

Ces propriétés du verre trempé sont intimement liées à celles du verre durci de M. de la Bastie dont nous avons maintenant à nous occuper.

Verre durci, verre Incassable.

Une découverte fort inattendue est venue dans ces derniers temps compromettre la vieille réputa-

tîon de fragilité que possède le verre*. Cette découverte est due à M. de la Bastie, agriculteur trèsdistingué du département de TÂin.

M. de la Bastie a observé que le verre, de même que l'acier, possède la propriété de durcir quand on le refroidit brusquement. La théorie de la trempe sera sans doute la même pour Tune et pour Tautre de ces substances, si différentes qu'elles soient; mais elle est encore à trouver. On peut, d'ailleurs, y voir un phénomène de métamorphisme, la structure moléculaire du verre étant profondément modifiée; le verre durci, en effet, quand il est cassé, éclate et se divise en une infinité de fragments de forme presque symétrique, ainsi que cela arrive pour les larmes bataviques.

La trempe, bien exécutée, augmente considérablement la solidité du verre, qui peut alors résister à des chocs qu'il ne supportait pas. Un carré de verre

1. Dans Polyeucle, Corneille fait dire à son héros, à propos des biens et des honneurs de ce monde :

Toute votre félicité

Sujette à Tinstabilité

En moins de rien tombe par terre,

£t comme elle a Téclat du verre,

Elle en a la fragilité*

(Polyeuctê, acte IV.)

On connaît cette boutade du poète Maynard sur la noblesse d'un gentilhomme verrier de son temps :

Votre noblesse est mince Et ce n*est pas d'un prince, Daplinis, que vous sortez :

Gentilhomme de verre, Si vous tombez par terre, Adieu la qualité.

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