ACTION DE L'EAU
commencement de ce siëcle, la plupart des composi-^ lions qu'on trouve dans les traités spéciaux ne sont formées que de sable et d'alcali (soude ou potasse). La connaissance plus exacte de la nature des fondants alcalins, et surtout la substitution des sels de soude fournis par le procédé de Leblanc aux soudes naturelles de composition très-variable qu'on employait sous les noms de roquette^de soudes d'Espagne^ de barille^ de natron^ etc., ont beaucoup amélioré l'industrie verrière. Dans les anciennes formules, il n'est pas question de chaux, corps qui donne au verre sa solidité et son inaltérabilité relatives. La chaux se trouvait dans le sable ou dans le fondant alcalin, mais en quantité très-variable et trop petite le plus souvent pour donner de bons produits. Aussi l'altération de presque toutes les espèces de verre dont la fabrication remonte à deux ou trois siècles est évidente; c'est à cette cause qu'il faut attribuer la disparition à peu près complète des vitraux antérieurs au XII* siècle ; ceux des siècles suivants ont plus ou moins résisté et ont acquis par l'action du temps une sorte de patine qui ajoute, dans une certaine mesure, à leur valeur artistique.
L'action destructive de l'eau sur les verres, qui a été récemment l'objet des études de plusieurs chimistes, n'avait nullement échappé aux anciens observateurs : l'un d'eux, le plus célèbre, Bernard Palissy, en parle dans les termes suivants dans un livre publié en Tannée 1563 :
«... Tu ne dois donc pas trouuer estrange, si ie t'ay dit que les cailloux qui sont transparens comme
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verres, sont congelez par le sel. Et quand à ce que ie t'ay dit, qu'aucunes pierres se consomment à l'humidité de l'air, ie te dis i présent, non-seulement les pierres, mais aussi le verre, auquel il y a une grande quantité de sel ; et qu'ainsi ne soit, tu trounerasès temples de Poitou et de Bretagne, un nombre infini de vitres, qui sont incisées par ie tlehors, par l'iniure du temps; et les vitriers disent que la Lune a ce fait, mais ils me pardonneront : car c'est l'humidité des pluyes qui a fait dissoudre quelque partie du sel dudit verre *. »
Si l'eau froide a peu d'action sur les objets de gobeleterie qu'on fabrique aujourd'hui, il n'en est pas de même de l'eau bouillante. Les matras en verre dans lesquels nous faisons chauffer l'eau dans nos laboratoires se dépolissent assez rapidement, par suite de la dissolution partielle du silicate alcalin. Il y a moins d'un siècle, un chimiste ayant prétendu que l'eau, par une distillation répétée un grand nombre de fois, se changeait en terre, Lavoisier soumit à des distillations et à des condensations successives la même eau dans un alambic en verre ; il constata, à la suite d'une expérience qui ne dura pas moins de cent et un jours, que ce vase avait perdu environ i gramme de son poids, et que le résidu fourni par l'évaporation de l'eau qu'il renfermait était fortement alcalin, par suite de l'altération que le verre avait subie. Malgré
4. Récepte véritable par laquelle iom les hommes de la France pourront apprendre à multiplier et à augmenter leurs thrésors, etc., par maistre Bernard Palissy, ouurier en terre et inuenteur des rustiques figulines du Roy- (Edition de Cap., p. 50).