HISTORIQUE. U
vaient dans le pavillon du Bosphore, à TExposition universelle de Paris, en 1867.
Il est impossible de fixer d'une manière bien précise répoque à laquelle Tusage des vitres blanches se répandit parmi nous : il parait que cet usage n*était pas fréquent^ même pour les églises, dans les premières années du xiv' siècle. Berneton de Périn, dans sa dissertation sur Tart de la verrerie insérée dans le Journal de Trévoux^ avance que dès le xu*' siècle cet emploi existait en France; mais c'est une simple conjecture. Les premières fabriques de verre à vitre ne datent que du xiv" siècle, sous Philippe VI et le roi Jean. A la vérité, il s*en établit neuf en moins d'un demi-siècle. « Mais on ne doit pas s'imaginer, dit encore Le Vieil, que l'usage des vitres blanches fût déjà assez accrédité pour en être la seule cause; car, quoiqu'il paraisse qu'on n'y fabriquait que du verre en plats, il est certain que tous les plats de verre qu'on y ouvrait n'étaient pas de vitres blanches. Les vitriers, dans les démolitions qu'ils font journellement des vitres peintes de ce temps-là, trouvent des boudinés de verre de couleur qui avait été ouvert en plat*. »
Le Vieil attribue à Philippe de Caqueray, écuyer^ seigneur de Saint-Immes, la création, en 1330, de la première grosse verrerie; mais M. A. Millet, dans son Histoire d'un four . à verre de l'anciennei Normandie^ a montré qu'en 1302 cette fabrication
1. Art de la peinture sur verre et de la vitrerie, publié çn il7Ii^ par Pierre Le Vieil, dans le Dictionnaire des arts et métiers, de l'Academie des sciences.
existait déjà dans celle province, à Bezu-la-Forêt.
Divers documents établissent combien le verre à vitre était autrefois rare et précieux.
On lit dans An t. de la Salle (1&55) : <( Damp abbez mena ma dame en sa chambre chauffée qui était très-bien tendue et necte, tapissée, verrée; » et dans les Cent nouvelles (1459) : <* Il répondit qu'il estait plus aise que ceux qui ont leurs belles chambres verrées, nattées et pavées. »
Sans aller jusque chez les habitants du Groenland, dont les vitres, d'après Buffon, étaient des boyaux transparents de poissons de mer, on lit dans le compte de Jean Avin, receveur général de l'Auvergne (1413) : « Pour la venue de Madame la duchesse de Berry, pour aller à Montpensier, faire faire certains chassitz aux fenaistrages dudit chastel, pour les ansire (clore) de toilles cirées par défault de verrerie. »
(c En i&67, on commande pour les palais des ducs de Bourgogne « vingt pièces de bois à faire cassiz (châssis) de voirrières de papier, servant aux fenestres des chambres. » (M. A. Sauzai, Mei^veilles de la ver-rerie^ p. 66.)
Dans un règlement qui porte la date de 1567, fait par l'intendant du duc de Northumberland, on lit ce qui suit î « Et parce que dans les grands vents, les vitres de ce château et des autres châteaux de monseigneur se détériorent et se perdent, il serait bon que toutes les vitres de chaque fenêtre fussent démontées et mises en sûreté lorsque Sa Seigneurie part; et si, à quelque moment. Sa Seigneurie ou d'autres séjournent à aucun desdits endroits, on
pourrait les remettre, sans qu'il en coûtât beaucoup, tandis qu'à présent le dégât serait très-coûteux et demanderait de grandes réparations. »
A la fin du xviii* siècle, il existait encore, sous le nom de châssissiers^ une corporation qui avait pour profession de garnir les fenêtres de carreaux de papier huilé. Ce métier est décrit avec l'art du vitrier dans le volume de V Encyclopédie méthodique publié en 1791.
Procédés de fabrication du verre à vitre.
Deux procédés sont mis en œuvre pour fabriquer le verre à vitre. Les Vénitiens et les Bohèmes se sont servis du procédé des cylindres pour les vitraux du xii'' et du xiTi* siècle; l'autre procédé, celui du verre en couronne, était employé vers la même époque dans les verreries de la Normandie, d'Angleterre et du nord de l'Allemagne. Ce dernier est depuis longtemps abandonné en France ; il existe encore en Angleterre, et, tout en perdant chaque année de son importance, il fournit encore environ le quart du verre à vitre qu'on fabrique dans ce pays.
Le procédé des cylindres fut importé en France, à Saint-Quirin, par Drolenvaux, qui fit venir de la Bohême des ouvriers habitués à ce genre de travail. On lit à ce sujet dans V Encyclopédie : « Enfin M. Drolenvaux obtint du roi la permission d'établir une verrerie à Saint-Quirin (en Vosges), prèsSarrebourgv Il annonça son verre blanc en table supérieur, à tous égards, à celui qui venait de Bohême, comme
étant plus beau, c'est-à-dire d'une surface plus unie, moins onduieux, plus dur, c'est-à-dire, comme il l'explique lui-même dans le tarif qu'il a rendu public, nullement sujet à se rayer et à se calciner à l'humidité et au soleil, et du double plus épais. L'effet justifie ses engagements, et, depuis qu^il en fabrique, il est peu de personnes tant soit peu aisées qui ne placent dans leurs chambres des estampes montées sous verre. » {Art du vitrier ^ 1791.)
Verres à vitre soufflés en cylindres ou en mandions.
La fabrication du verre à vitre tend à se concentrer dans le voisinage des exploitations houillères ; en France, elle est très-importante dans le Nord, à proximité des mines de houille d'Anzin, d'Aniche, de Douchy, et, dans le centre, près du bassin houiller de la Loire, à Gisors et à Rive-de-Gier. La compagnie des verreries de la Loire et du Rhône produit annuellement 500,000 mètres superficiels de verre blanc et 75,000 mètres de verre de couleur; dans le Nord, cette industrie occupe 25 à 30 fours à 8 creusets, produisant i à 5 millions de mètres superficiels de verres à vitre. Elle est plus iiltipor tante encore en Belgique; on compte dans ce pays environ 200 fours à 6 ou à 8 creusets; il est vrai que, par suite d'une entente entre les maîtres de verreries, loua ces fours ne sont en activité qu'autant que la demande 'CSt très-active. En 1860, la fabrication belge, qui est réputée pour la bonne qualité de ses produits, était de 43 millions de kilogrammes, dont 32 mil-
lions, soit environ 6,i00,000 mètres superficiels étaient exportés*. D'après M. L. Mondron, elle était évaluée en 1874 à 2l millions de mètres carrés, représentant environ 120 millions de kilogrammes, d'une valeur de près de 40 millions de francs ; en 1873, cette valeur, grâce à une prospérité exceptionnelle, s'est élevée à 50 millions de francs.
Un four donne annuellement 600,000 kilogrammes de verre à vitre pesant de 2 à 5 kilogrammes par mètre carré. Il consomme environ 3 kilogrammes de houille pour produire 1 kilogramme de verre marchand.
i. En ce qui concerne la verrerie belge, on lisait dans le Journal officiel du h juillet 1875 :
« Verrerie, — La fabrication a été poussée très-activement en i87/i. L^exportation des verres à vitre, notamment à destination de TAngleterre et des État-Unis, a pris un développement considérable; ces expéditions à l'étranger, qui n'avaient pas dépassé 24,000 tonnes en 1872 et 63,000 tonnes Tannée suivante, se sont élevées à plus de 80,000 tonnes en 187/i. Les principaux pays de destination, en 1874, ont été :
Tonnes.
L'Angleterre 25,500
Les Pays-Bas 5,800
L'Amérique du Nord 23,000
Le ZoUverein 5,420
La Suède 2,130
La Turquie 4,100
Néanmoins les verreries de Belgique ayant dû, par suite de l'insuffisance des ouvriers, augmenter le prix de la main-d'œuvre, ont fini par se trouver dans une situation qui leur rendait la lutte moins facile contre la production des autres pays; aussi plusieurs fabricants ont-ils déjà éteint leurs fours depuis le commencement de l'année courante. »
L'Angleterre produisait, en 1861, 2,273,000 mètres de verre à vitre ordinaire et 1,000,000 de mètres de verre en couronne ; mais ce dernier mode de fabrication tend à s'éteindre, même dans ce pays.
La fabrication du verre à vitre au bois ne se maintient plus que dans un très-petit nombre de localités. Le combustible minéral, employé dans les conditions les plus favorables en France et en Belgique, entre déjà pour 30 à 40 7o dans le prix de revient de cette sorte de verre; le prix du verre fabriqué avec le bois est notablement plus élevé.