Sol sine vestSj d^Orschall, p. 50/i
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que les imitations de pierres précieuses qu'on faisait du temps de Pline et aussi au moyen Âge étaient fabriquées avec des matières riches en plomb.
Plusieurs chimistes ont, d'ailleurs, constaté la présence du plomb dans des verres dont la fabrication remonte à des temps très-anciens : parmi ces travaux, nous devons mentionner en première h'gne celui de Fougeroux de Bondaroy, membre de l'Académie royale des sciences, publié dans les mémoires de cette Compagnie en 1787. Il s'agit de l'examen d'un verre désigné sous le nom de miroir de Virgile,
« Entre les raretés et les richesses de différentes espèces qui font partie du trésor. de Saint-Denys, en France, on conservait une substance transparente, de forme ovale, longue de ili pouces dans son plus grand diamètre, de 12 pouces dans son petit et épaisse d'un bon pouce, à laquelle on a laissé le nom vulgaire de miroir de Virgile : le poids total de ce morceau était d'environ 30 livres; sans prétendre fixer à ce verre une antiquité aussi reculée, Ton assure qu'il est depuis les premiers temps que ce trésor a été établi dans cette maison... »
« Le verre est homogène, d'un vert mêlé avec du jaune; il est poli sur les deux surfaces; mais les bords semblent n'avoir pas été usés et conserver l'empreinte du moule qui lui a donné la forme. 1 pouce cube pèse 1660 grains; le pouce cube du verre des volcans pèse 800 grains. »
Pour déterminer quel est le métal qui entre dans la composition de ce verre, l'auteur a mélangé cette matière, préalablement réduite en poudre très-fine,
avec du flux noir; à l'aide d'un feu trës-yiolent, il a obtenu un culot de plomb malléable, dont la densité était égale à li,2/i. Il estime que ce verre contient environ la moitié de son poids de terre vitrifiable, c'est-à-dire d'oxyde de plomb. Il ajoute : •<c Je crois qu'il n'y a pas un siècle qu'on a commencé à se servir de chaux de plomb pour donner de la pesanteur aux cristaux; et certainement depuis ce temps, ce moyen est réservé comme secret dans les verreries. Les Anglois l'ont employé dans l'espèce de verre pesant qu'ils nomment flint'glassj qui, s'il était de bonne qualité, remplirait les désirs des astronomes et de tous ceux qui font usage des lunettes achromatiques ; et à Paris, pour les verres appelés strassj du nom de leur inventeur. Si ce verre^ dit de Virgile, est ancien, s'il est factice, on connaissait donc, il y a longtemps^ le moyen de faire du verre lourd en ajoutant de la chaux de plomb aux verres de sable. »
Cette opinion serait parfaitement fondée si l'auteur, connaissant mieux la nature du cristal anglais, avait recherché et constaté dans le miroir de Virgile |a présence de la potasse. La même observation s'applique à d'autres travaux qui, tout en mettant hors de doute l'existence du plomb dans divers échantillons de verres antiques, n'ont pas établi que la potasse ou la soude entrait aussi dans leur composition : ainsi M. Girardin a examiné un petit vase à parois fort épaisses, d'une pâte fine et blanche, trouve en 1843 aux environs de Rouen dans un cercueil en pierre d'origine gallo-romaine; ce cercueil renfermait
d'au 1res verres plus grossiers, des médailles à Teffigie de Constantin le Grand, etc. M. Girardin a trouvé du plomb en proportion notable (qu'il n*a pas déterminée) avec une trace de cuivre; « maintenant, dit-il, il ne peut rester douteux que les anciens n'aient connu la fabrication du cristal ». Plus tard, en 1849, le même chimiste a trouvé également du plomb dans un fragment de verre blanc, provenant d'un cercueil d'enfant, trouvé dans un vaste cimetière gallo-romain que M. l'abbé Cochet avait découvert dans la propriété de MM. Souday frères, à Cany ; un autre fragment blanc, transparent, de forme irrégulière et de la grosseur d'une aveline, trouvé dans le même cimetière, le confirme dans l'opinion qu'il avait émise antérieurement sur la fabrication du cristal chez les Romains ' .
La même réserve doit être faite en ce qui concerne l'examen fait par M. Chevreul, à la demande de M. Fillon,de divers objets d'archéologie trouvés dans le département de la Vendée : « Parmi les différentes substances vitreuses que renfermait le tombeau de saint Médard des Prés, il y avait un échantillon fort différent des verres de bouteilles par sa transparence et sa propriété Incolore. Cet échantillon contenait de Toxyde de plomb; il appartenait donc au verre plombeux appelé cristal et se distinguait par plus de densité et moins de dureté d'un ustensile de forme, cylindrique façonné, dont une portion était
1. Girardîû, Mémoires de l'Académie des inscriptions el belles^ lettres j 1860; Savants étrangers, t. VI.
creusée en canal : cel ustensile était du véritable cristal de roche '. »
En fondant lear opinion sur ces importants témoignages, tous les archéologues admettent que les anciens connaissaient le cristal. Un passage du traité d'Eraclius ayant pour titre : iDe cohribw et artibus Romanorum ylenr semble venir aussi à l'appui de la thèse qu'ils soutiennent. On ne connaît pas la date précise de cet écrit, mais le moine Théophile, dont l'ouvrage est du x* ou du xi* siècle, parle d'Éraclius ; ce dernier cite Isidore de Séville qui vivait au vu*" siècle ; il faut, par conséquent, placer entre ces deux époques le traité d'Eraclius.
Voici le passage en question, d'après M. Bontemps, qui a donné, tout récemment, à la suite de l'excellente traduction du deuxième livre de l'essai sur divers arts de Théophile , celle de l'ouvrage d'Éraclius *.
« Du verre fait avec le plomb. — Prenez du plomb neuf le plus pur; mettez-le dans un vase de terre neuf et calcinez-le jusqu'à ce qu'il soit réduit en poudre et laissez-le refroidir. Prenez ensuite du sable et mêlez-le avec la poudre de plomb dans la proportion de deux de plomb pour un de sable, et mettez le mélange dans un creuset éprouvé que vous placerez dans le four et ferez fondre, comme
i. Chevreul, Mémoires de l'Académie des sciences, t. XXII. 2. Theophili presbyteri et monachi diversarium artium schedula liber secundus. Translatore Géorgie Bontemps ; 1876.
nous rayons indiqué précédemment, et vousbrasserez souvent le verre jusqu'à ce qu'il soit bien fondu.
a Si vous voulez du verre vert, prenez de la limaille de bronze {limaturam auricalci) et ajoutez-la au plomb dans la proportion convenable. Si vous voulez en faire des vases, vous opérerez avec la canne, comme nous l'avons indiqué, et vous ferez refroidir, avec les précautions prescrites, toutes les pièces fabriquées dans le four de recuisson, où vous mettrez le creuset avec ce qui restait de verre vert. »
Ce produit n'est pas du cristal assurément : c'est un silicate simple de plomb qui peut d'ailleurs être moulé ou soufflé, en donnant des produits très-lourds, mais très-fragiles, contenant la moitié ou les deux tiers de leur poids d'oxyde de plomb ; le miroir de Virgile, les imitations de pierres précieuses faites par les anciens, du temps de Pline, et par les Juifs, au moyen âge, probablement aussi les produits vitreux de l'époque gallo-romaine étudiés par plusieurs chimistes, les flacons de petite dimension conservés dans divers musées, semblent avoir été fabriqués avec cette matière. On avait cru que dans les verres trouvés dans les catacombes, verres dont le fond est garni d'une feuille d'or découpée et gravée que recouvre une lame de verre, celle-ci était en cristal; mais M. Darcel n'a pas trouvé de plomb dans la couverte transparente qui protège la feuille d'or.
C'est probablement aussi de ce même verre, sans potasse, que parle Merret, médecin anglais, dans les notes ajoutées par lui k ÏArt de la verrerie de Neri :
« le verre de plomb n'est pas en usage dans nos verreries d'Angleterre à cause de sa trop grande fragilité ». Ce produit, en même temps qu'il était très-fragile, devait être très-altérable et c'est aussi de lui qu'il est probablement question dans cette notedeMerret : « Quercetanus assure avoir vu un anneau fait de verre de plomb, qui, trempé pendant une nuit dans du vin', lui donnait une qualité purgative sans jamais perdre cette nropriété. » {Art de la verrerie^ de Nerî, p. 153.)
J'ajouterai que si, conformément aux indications d'EracIius, le verre plombeux était fait avec du sable et de l'oxyde de plomb, il ne pouvait renfermer que ces deux corps : les formules des anciens pour le verre ordinaire ne mentionnent que deux substances servant à le fabriquer, le sable et l'alcali, bien qu'il en contienne toujours une troisième, la chaux; il ne peut en être de même pour le verre de plomb, attendu que ni le sable ni l'oxyde de plomb ne peuvent y introduire une substance auxiliaire, la potasse ou la soude, en notable proportion.
Ainsi, dans mon opinion, aucun texte, aucune analyse n'établit que le véritable cristal, le flintglass des Anglais, fut connu des anciens. Je ne prétends pas, d'ailleurs, que son existence fut absolument ignorée lorsque les Anglais ont commencé à développer sa fabrication pour les objets usuels; on lit, en effet, dans ÏArt de la verrerie de Néri, chapitre lxiii :
Manière de faire le verre de plomb. — Plomb calciné 15 livres :
fritte de cristal 12 livres. Après dix heures, la matière est fondue. On la jette dans l'eau, — on trouve souvent au fond du creuset du plomb réduit, — on le remet au feu et on le travaille au bout de dix heures. Il convient de mouiller le marbre et de n'en prendre que peu à la fois.
Mais cette indication est donnée au milieu d'une multitude de recettes et de procédés qui n'ont pas la moindre valeur ; l'auteur ne lui attache aucune importance. Ce verre serait d'ailleurs plutôt du strass que du cristal; car il contiendrait au moins 60 pour iOO d'oxyde de plomb.
Il résulte de cette discussion que bien qu'on trouve dans les temps passés des indications sur les verres plombeux, c'est bien aux Anglais qu'on doit attribuer l'honneur d'avoir créé dans leur flint-glass un produit nouveau qui, par les progrés apportés à la qualité et au choix des matières premières servant à le fabriquer, est devenu sans conteste la plus belle matière vitreuse que nous connaissions et qu'il soit possible de produire.