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FABRICATION DE LA GOBELETERIE A BASE DE SOUDE

On fabrique en France deux sortes de gobeleterie : celle qui sert pour les verres communs et la gobeleterie fine ou demi-cristaL La première est bien loin d'être irréprochable sous le rapport de la blancheur du verre et de la régularité des formes: elle comprend les objets les plus ordinaires pour les usages de la campagne et du cabaret, ainsi que la topeterie^ c'està-dire les fioles, les flacons et les autres articles de pharmacie, de parfumerie, etc. Le fondant alcalin

est toujours la soude, employé à l'élat de carbonate (sel de soude) et plus souvenl à l'état de sulfate.

D'après M. Godard-Desmaret, propriétaire de la verrerie de Trélon (Nord) , cette fabrication a lieu dans soixante-dix usines; elle active une centaine de fours et occupe 20,000 ouvriers. La quantité de produits qu'elle livre au commerce, en France, s'élèverait à plus de 20 millions de francs; mais cette estimation, donnée dans, l'enquête faite en 1860 à l'occasion du traité de commerce avec l'Angleterre, parait être exagérée.

Les matières premières sont le sable, la chaux éteinte, le sulfate de soude ou le sel de soude. Ce dernier ne s'emploie que pour le verre fin, qu'on désigne aussi sous le nom de demi-cristal.

Pour une potée de 250 kilogrammes, on emploie à Trélon :

N°4. Sable 200 kilogr.

Sel de soude. « 66 —

Chaux 50 —

On brûle 4 stères de bois pesant 1,540 kilogrammes. Le prix de revient, pour les matières premières et le combustible, est de 50 fr. 32 c. les 100 kilogrammes de produit marchand.

Voici d'autres compositions :

N*" 2. Sable de Fontainebleau. . . 300 kilogr.

Sel de soude à 75-78 degrés. . 95 — .

Craie 75 —

Nitre brut . 8 —

Bioxyde de manganèse. . . . 1^,10

La fonte se fait en treize heures. On consomme un poids de houille à peu près égal à celui du verre propre au travail.

K** 3. Sable 300 kilogr.

Sulfate de soude 170 —

Chaux éteinte 75 —

Charbon, pilé 10 —

La verrerie de Valleryslhal, qui, la première en France, s'est livrée à la fabrication du demi-cristal, employait la composition suivante :

N° U. Sable de Champagne bien lavé. 300 parties. Soude purifiée et hydratée, de

55 à60 degrés 130 —

Chaux éteinte 50 —

, On ajoute quelquefois à la composition quelques centièmes de minium qui donne au verre de la fusibilité et de l'éclat. C'est ce que font souvent aussi les verriers de la Bohême.

Le mélange n° 1 donne un produit ayant à très-peu près la composition du verre à glace ou à vitre ; soit :

Silice 73,3

Soude 14,0

Chàiix 42,7

Celui n' 4 fournit un verre contenant plus d'alcali, soit 17.0 pour 100.

La gobeleterie fine on demi-cristal exige l'emploi de matières premières soigneusement raffinées ; la

potasse, si elle était d'un prix moins élevée, serait assurément préférable pour obtenir du beau verre fin ; mais le carbonate de soude, qui est moins cher, convenablement purifié et hydraté, est généralement employé.

Le verre à gobeleterie fine, lorsqu'il est fondu à la houille, exige, comme le cristal, l'emploi des pots couverts. Les procédés de fabrication sont ceux que nous allons donner pour le verre de Bohême et pour le cristal.

Des conditions privilégiées ont donné à la fabrication du verre en Autriche un large développement.

Favorisée par une expérience déjà très-ancienne dans cette branche de fabrication, par l'abondance et la pureté des matières premières, par le bas prix de la main-d'œuvre, la Bohême a été longtemps en possession d'une supériorité que, sous plusieurs rapports, nul autre pays ne pouvait lui contester.

La plupart des verreries de la Bohême sont situées au milieu des grandes forêts de sapins qui alimentent leurs fours et qui sont la cause principale de leur existence. L'aspect de ces établissements est misérable; presque tous sont construits en bois. La plupart appartiennent au seigneur qui possède tout le pays et qui, ordinairement, s'est chargé de leur construction, qui ne coûte pas au delà de /iO à 50,000 francs pour une verrerie à deux fours, avec

ses dépendances. Il loue son usine à bail pour un temps plus ou moins long, en assurant k son fermier le combustible à un prix déterminé d'avance pour toute la durée du bail.

Quand la verrerie a dévoré le bois qui se trouve autour d'elle, elle se transporte dans une autre partie de la forêt, où elle reste jusqu'à ce que son aliment journalier cesse de nouveau de se trouver à sa portée.

Le bas prix du combustible est la cause première de la fabrication du verre en Bohême. Fabriquer du verre est, pour le propriétaire, l'unique manière d'exploiter ses forêts. Dans l'Amérique du Nord, en Hongrie, en Toscane, on tire parti du bois en l'incinérant pour en extraire la potasse; en Bohème, on l'exploite pour faire du verre. Dans ce pays, le stère de bois de sapin, rendu à la fabrique, vaut, en moyenne, 1 fr. 50 cent. En France, il coûte 8 à 9 fr. dans les établissements placés dans les meilleures conditions.

Ces forêts donnent également de la potasse à très-bon marché. Le verrier ramasse à proximité de ses fours du quartz hyalin de très-belle quaUté, et un calcaire saccharoïde qui , par la cuisson , lui fournit d'excellente chaux. Ce sont les éléments du verre de Bohême : on ne fabrique qu'accidentellement, et dans un très-petit nombre d'établissementS; le cristal à base de plomb. Si l'on ajoute à ces conditions favorables le prix de la main-d'œuvre, qui est trois à quatre fois moins élevé dans ce pays qu'en France, en Belgique et en Angleterre, on com-

prendra Timportance que cette industrie a acquise dans cette contrée, sans que cette importance témoigne beaucoup en faveur de l'opulence du propriétaire, de Taisance de ses fermiers, et surtout du bien-être de la population ouvrière du pays.

L* organisation de Tindustrie du verre, en Allemagne, diffère beaucoup de ce qu'elle est en France. Tandis que chez nous elle est concentrée dans un petit nombre de manufactures, dans la monarchie autrichienne, elle se trouve disséminée dans 350 à liOO établissements, dont la moitié environ sont situés en Bohème; on compte dans ce dernier pays un grand nombre de raffineries de verre^ dans lesquelles le verre qui provient d'usines situées au milieu des forêts, dans des localités isolées, est transporté à Vétat brut dans des centres de population dans lesquelles il reçoit la taille, la gravure, la dorure et les ornements si variés qui caractérisent les verres de Bohême. On peut dire qu'en Autriche la fabrication du verre est une dépendance de Tindustrie agricole, comme est chez nous, dans le Nord, la fabrication du sucre et celle de Talcool.

On peut diviser en trois classes les verreries de la Bohême; dans quelques-unes, tout le travail se fait dans l'usine ; ce sont les moins nombreuses. Le plus grand nombre ne font que du bî^ut^ leurs produits soufflés ou moulés étant livrés aux raffineries. L'ornementation des verres de luxe se fait surtout dans les environs de Steinschônau et de Haïda. Il existait déjà des verreries dans ces localités dans la première moitié du xv*" siècle ; mais le bois étant

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devenu rare, ces établissements durent s'enfoncer plus profondément dans la montagne, tandis que les raffineries restèrent sur les plateaux, dans des lieux plus accessibles, ce qui permettait aux ouvriers de se livrer en même temps à la culture de la terre et à l'élève du bétail. Le débit des marchandises allant en augmentant, on construisit de nouveaux moulins pour la taille et de nouveaux ateliers pour le décor : c'est ainsi que s'accomplit la séparation de ces deux branches de la même industrie, désormais indépendantes l'une de l'autre dans presque toute la Bohême.

Les raffineries sont alimentées par des marchands ambulants qui achètent dans les petites verreries des produits bruts; ceux-ci, après avoir été triés et classés dans les dépôts, sont dirigés vers les ateliers de taille, de gravure et de décoration. Les articles de fantaisie se font ainsi à très-bas prix et en trèsgrande quantité; ils donnent lieu à une exportation considérable sur les marchés d'au delà des mers, notamment sur les côtes d'Afrique, dont les peuplades, sauvages ou non, conservent un goût trèsvif pour les verres et les verroteries de toutes sortes^

1. D'après les documents sur la Bohême publiés à roccasion de l'Exposition de Vienne de 1 873, par le D"" Hallwich, documents cités par M. Lobmayr, il existe dans les cercles de Steinschônau et de Haïda des raffineries de verre qui se sont étendues, avec le temps, dans trente endroits, villes ou villages, comprenant 2,382 entreprises industrielles pour le polissage, la peinture, la dorure, le brunissage, etc.; on compte, en outre, 8,200 ouvriers travaillant en chambre, en dehors de tous rapports directs avec ces établissements. La valeur annuelle de ces raflSneries serait de àO mil-

Les diverses sortes de verres fabriqués en Autriche sont évaluées à plus de 60 millions de francs. ËQ 1852, Texportation de la gobeleterie fine et commune était de 16 millions de francs. En 1873, elle s'est élevée à 22 millions de francs.

lions de francs. Ce chiffre paraît exagéré. Le même auteur ajoute que l'industrie des petits objets en verre présente aussi une importance réelle ; elle s'exerce surtout dans le nord de la Bohême, dans les cercles de Gablonz, Tannwald et Morhchensten. On y rencontre 9 verreries, dont plusieurs font usage de fours à gaz; 67 fabriques de composition de verre, produisant des barres ou des tubes pour les souffleurs; 250 fabriques de pressage; plus de 4oo moulins à polir; une quantité de tours, mus avec le pied, pour polir les perles, les boutons, etc.; 160 filatures de verre; 100 souffleurs de perles; 250 souffleries plus grandes pour les objets de passementerie, aujourd'hui fort employés; 120 fabriques pour colorer les verres pour perles, pour imitations de fruits, etc. 480 maisons de commerce exportent ces produits dans le monde entier. En résumé, cette fabrication occupe 10,000 ouvriers au moins et 30,000 personnes y trouvent leurs moyens d'existence. La valeur de ces produits est évaluée de 7 à 8 millions de francs.

Pour donner une idée de la quantité de ces objets de fantaisie qu'on fabrique en Bohême, nous citerons une des spécialités , celle des verres à double enveloppe, avec argenture intérieure. Ces verres, comme nous l'avons vu, se font à très-bon marché;. fabriqués avec du verre jaune, ils ont la couleur et l'éclat de Tor ; ils sont le plus souvent ornés de décors mats ou de pièces émaillées. Pour cette seule fabrication, diaprés le D' Hallwich, un raffîneur de Haîda occupe 200 ouvriers; en 4872, il a produit pour une valeur de plus de 600,000 francs de ces verres, expédiés presque tous en Angleterre, en Amérique et en Australie.

Le gouvernement encourage, par tous les moyens possibles, l'industrie des populations de la Bohême. Des musées, des cours de dessin, ont été ouverts en divers lieux; une école pratique a été fondée, en 4857, à Steinshonau. Une bonne part des progrès réalisés doit être attribuée à la sollicitude du gouvernement pour cette industrie.

Le verre de Bohême rivalise avec le cristal pour le mérite de sa fabrication, et avec la gobeleterie commune pour le bon marché. Il a beaucoup de dureté et d'éclat; il reçoit parla taille un très-beau poli; il est très-bien fondu, remarquable par son homogénéité et son parfait affinage.

Sa teinte est habituellement légèrement jaunâtre, malgré les soins qu'apportent les Bohèmes à exclure de leurs matières premières les divers oxydes colorants qu'elles peuvent contenir. Quelques marchands du pays croient qu'il a la faculté de prendre une teinte jaune plus marquée à l'air ou à la lumière; ce qui les conduit à conserver leurs verres soigneusement enveloppés dans des armoires obscures. La réalité de cette coloration est contestée par d'autres.

En raison de la proportion considérable de silice qu'ils renferment, les verres de Bohême sont fabriqués à une température très-élevée; comme ils sont difficilement fusibles, ils se prêtent mieux que tous les autres à recevoir des décors au feu de moufle. Ils résistent parfaitement à l'action des agents chimiques. Ces terres, pour les laboratoires de chimie, sont d'une qualité très-supérieure à celle des verres pour les mêmes usages qu'on fabrique chez nous. Nous n'avons pas pu obtenir encore de nos verriers qu'ils fissent couramment pour nos laboratoires des ustensiles, notamment des tubes pour les analyses organiques, d'une qualité équivalente à celle des verres allemands.

Les Bohèmes excellent dans la fabrication des verres colorés dans la masse ; la plupart des couleurs

actuellement en usage en France ont été découvertes par eux. Le prix de leurs verres de couleur n'est souvent pas plus élevé que celui des verres blancs. Ils excellent surtout pour la gravure. Presque tous les bons graveurs employés dans nos verreries viennent de la Bohême.

Composition des verres de Bohême. — Les verres blancs présentent en général, d'après nos analyses, la composition suivante :

Silice

Potasse

Ciiaux

Alumine et oxyde de fer.

1 . Échantillon que j'ai rapporté en 1843 de la verreria de Wimerbopg, en ISohëme.

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