TAILLE ET GRAVURE DES VERRES ET DES CRISTAUX
On se sert, pour tailler le verre, de quatre espèces de meules verticales, qu'on désigne sous le nom de roues : 1° d'une roue en fer ou en fonte douce ; 2** d'une roue en pierre» de grès ; 3° d'une roue en bois ; 4*» d'une roue en liège.
Un atelier ou une compagnie de tailleurs se cora-
pose de trois ouvriers : ce sont ïébaucheur^ le tailleur et le polisseur.
L'ébaucheur est ordinairement le chef de la compagnie ; il est chargé de préparer le dessin qu'on veut exécuter et de dégrossir la pièce; le dégrossissage s'obtient au moyen de la roue en fer, mise en mouvement soit par une pédale, soit par un moteur hydraulique ou par une machine à vapeur. La taille au pied n'existe plus guère aujourd'hui que dans les établissements de peu d'importance. La roue en fer, qui se meut verticalement, est surmontée d'un entonnoir conique, rempli de sable fortement mouillé, de manière à former une sorte de bouillie, que l'ouvrier fait couler sur la roue et qui est entraînée par le mouvement de rotation. L'ébaucheur applique sa pièce sur la roue, de manière à ce que le sable vienne s'interposer entre les deux surfaces; il se produit un frottement et par suite une usure, le sable ayant une dureté bien supérieure à celle du verre.
Le second ouvrier, le tailleur, prend cette môme pièce qu'il présente à une roue en grès; il enlève ainsi toutes les aspérités produites par le sable. Cette opération terminée, le dessin n'est plus rugueux; il est uni, mais peu brillant ; il passe entre les mains d'un troisième ouvrier, le polisseur, qui, par le contact de la pièce avec une roue en bois tendre (ordinairement en peuplier ou en saule), préalablement couverte d'une bouillie de pierre ponce, donne un poli assez brillant ; pour lui donner plus d'éclat, un autre polisseur fait agir sur la pièce une roue en liège, avec de la potée d'étain ou du colcotar. Ces
opérations donne nt à la surface taillée un brillant parfait.
Pour les objets de lustrerie, dont l'éclat doit être très-vif, on emploie, pour terminer le travail, une roue composée d'un alliage de plomb et d'étain ; on se sert, en même temps, de la pierre ponce, de la potée d'étain ou du colcotar.
Les roues ont des diamètres et des épaisseurs qui varient à l'infini avec le genre de dessins qu'on veut obtenir.
Gravure. — On grave sur le verre par des moyens analogues à ceux qui servent à le tailler; la gravure n'est autre chose qu'une taille qui demande des ouvriers plus habiles, de véritables artistes, pouvant exécuter les dessins les plus riches et les plus délicats.
Le graveur se sert de roues verticales de trèspetite dimension. Tandis que celles du tailleur ont quelquefois un diamètre de 50 centimètres et plus, le graveur n'emploie guère que des roues de 5 à 6 centimètres, et qui vont en diminuant, si bien que certaines de ces roues ont à peine la grosseur d'une tête d'épingle.
Les roues sont en acier, en cuivre, en grès et en alliage de plomb et d'étain ; le mordant dont se sert le graveur est l'émeri en poussière très-fine ; pour le polissage, il emploie la potée d'étain. Le tour dont il fait usage, n'exigeant qu'une très-faible dépense de force, est mis en mouvement par le pied.
Dorure et peinture. — La dorure sur le verre,
ainsi que la peinture, s'obtiennent par des moyens identiques à ceux dont on se sert pour dorer ou peindre la faïence et la porcelaine; mais, comme les produits vitreux sont infiniment plus fusibles que les produits céramiques, il faut que les proportions de fondants que Ton ajoute à Tor ou aux oxydes colorants soient beaucoup plus considérables.
Pour préparer l'or, on le dissout dans l'eau régale et on ajoute à la liqueur filtrée une dissolution de sulfate de protoxyde de fer, ou bien d'azotate de protoxyde de mercure : ce dernier procédé est celui qu'on emploie le plus souvent, le métal étant plus divisé et, au dire des décorateurs, foisonnant davantage.
Après sa précipitation, l'or est lavé soigneusement et séché au bain-marie ; on l'applique au pinceau après qu'il a été préalablement broyé sur une plaque de verre avec une molette également en verre. Ce broyage se fait avec l'essence de térébenthine ; on y ajoute le fondant, qui est un mélange de minium et de borax sec, dans les proportions approximatives qui suivent :
Pour 10 grammes d'or, on emploie :
Minium 1»,0 à i^3
Borax 0, 2 à 0, 3
Ce mélange est additionné d'un peu d'argent à l'état de chlorure sec, soit 0»,!.
La dorure étant appliquée sur la pièce au moyen du pinceau, celle-ci est séchée à l'étuve; elle est ensuite cuite au feu de moufle.
Pbligot, Le Verre, 29
Verres façon de Venise. — La fabrication des verres filigranes, rubanés, à bulles d'air, des millefiojij etc., florissait à Venise au xv'' siècle. On trouve, dans les collections, d'anciens verres vénitiens dont la perfection a été rarement atteinte par nos fabricants.
Verres rubanés. — On se procure un assortiment varié de petits tubes pleins en émail ou en cristal colorés. La fabrication de ces tubes est facile. Je suppose qu'on ait à faire un tube bleu dont la section doit présenter une étoile blanche : dans un moule plat en fonte, préalablement chauffé, et dans lequel une étoile se trouve gravée en creux, on fait tomber une petite quantité d'émail blanc fondu, qui ne remplit que le creux du moule.
Avec une paraison de verre bleu, on fait adhérer à ce verre l'étoile ainsi moulée. La pièce est parée et tirée avec les fers de manière à former un gros cylindre qu'on ramollit et dont on soude le bout à unpontil; deux ouvriers, tenant chacun à leur pontil l'un des bouts du cylindre, s'éloignent rapidement; le cylindre se trouve changé à l'instant en un tube plein et mince de 10 à 15 mètres de longueur, bleu à l'extérieur, avec une étoile blanche dans sa partie centrale. Des tubes ainsi façonnés, avec dessins à l'intérieur, sont employés pour fabriquer les millefiori.
On comprend qu'on peut obtenir ainsi des dessins très-variés ; vient-on, par exemple, à appliquer sur le cylindre, avant son étirage, un ou plusieurs fils d'émail coloré qu'on tourne en spirale^ le dessin qu'on produit conserve sur le tube la même disposition.
Pour faire, par exemple > un gobelet en verre rubané, des tubes en émail coupés de longueur, assortis d'après leur coloration et rangés en nombre convenable, sont posés, les uns à côté des autres, sur une plaque horizontale en terre, à rebords, frottée avec de la chaux pour éviter l'adhérence ; on roule sur leur surface une paraison de cristal sur laquelle ces tubes se collent.
Le même résultat s'obtient en plaçant verticalement les tubes dans un pot en terre; on introduit dans le pot et on y souffle une paraison de cristal. L'adhérence des tubes étant obtenue, la pièce se travaille à la même façon ordinaire; préalablement ramollie à l'ouvreau, elle est égalisée avec les fers, soufflée, etc. On obtient ainsi des gobelets rubanés ou filigranes, avec dessins droits ou à spirales. Ces derniers se produisent en imprimant à la pièce, saisie à son extrémité avec les pinces, un mouvement de torsion.
Serre-papiers en millefïori. — Ces boules demi-sphériques, en verre plein, dans lesquelles on voit comme une quantité de petites fleurs présentant des couleurs très-vives, ont été d'abord fabriquées à Venise et en Bohême. Devenues pendant quelques années un objet de mode en France et en Angleterre, elles ont été faites en très-grand nombre et avec beaucoup plus de perfection par nos fabricants de cristaux.
De petits morceaux de tubes en émail, avec dessin intérieur, sont coupés de longueur avec une
espèce de hache-paille ; on les chauffe au rouge sur une plaque de terre pour émousser leurs angles ; puis on les loge, en les assorlissant, dans les nombreuses cavités que présente un disque épais en fonte.
En appliquant sur ce disque une paraison de cristal ordinaire qu'on enlève aussitôt, tous ces petits
morceaux d'émail restent collés au verre. On pare la pièce, on l'aplatit, et, le pontil reposant sur le sol, on fait couler sur sa surface horizontale le cristal nécessaire pour la couvrir et pour faire la boule; celle-ci est arrondie avec une spatule concave en bois mouillé. Le serre-papiers est alors séparé du pontil, soigneusement recuit et poli par-dessous à la roue de tailleur.
Dans cette fabrication, on évite avec grand soin d'emprisonner des bulles d'air; le cristal doit être parfaitement affiné, bien exempt de stries qui déformeraient les images, lesquelles se trouvent amplifiées par l'épaisseur que présente la masse vitreuse.
AvENTURiNE. — Lc vcrrc qu'on désigne sous ce nom, soit à cause de sa ressemblance un peu lointaine avec le quartz aventurine, soit parce que sa découverte a été faite par hasard, par aventure^ est aussi d'origine vénitienne ; sa fabrication se fait à Murano, dans deux ou trois verreries, à l'aide de procédés qu'on tient secrets. Aussi ce verre, dont on ne fait à dessein qu'une petite quantité, se maintient au prix élevé de 10 à 20 francs le kilogr., selon la qualité.
Uaventurine est un verre jaunâtre, dans lequel se trouve disséminée une infinité de petits cristaux
télraédriques très-nets et très-brillants ; ce sont des cristaux de cuivre, de protoxyde de cuivre ou de silicate de cet oxyde. Lorsqu'il est poli, il offre, à la lunmiëre surtout, un aspect chatoyant qui le fait employer dans la bijouterie.
Ces cristaux se sont produits au sein de la matière vitreuse quand elle était à l'état liquide. Comme parmi les nombreux éléments qui composent ce verre on rencontre le cuivre, le fer et l'étain, il est très-probable que c'est à la réduction de l'oxyde de cuivre par ces deux derniers métaux qu'on doit attribuer cette cristallisation.
Beaucoup de tentatives ont été faites pour découvrir le tour de main sur lequel repose cette fabrication. Un habile chimiste, M. Hautefeuille, est arrivé, par des essais persévérants, à fabriquer ce verre en assez grande quantité ; il a publié dans le bulletin de la Société d'encouragement (octobre 1860) un mémoire dans lequel il indique libéralement les procédés qu'il a suivis.
L'aventurine a été souvent analysée ; voici la composition de quelques échantillons :
Silice
Acide stannique ....
65,2 traces.
A reporter . . .