FABLE ORIENTALE
Qui n'est rien, à toujours, rien du tout restera !
Ï|ne Souris à l'intellect Pusillanimement abject,
Un jour s'imagina, que tout dans la nature Etait chat, rien que chat — si bien que d'aventure,
Tant était grande sa frayeur,
Elle eut peur . . . immensément peur.
Heureusement pour la pauvrette,
Vivait, non loin de sa retraite, Un puissant Enchanteur, Un homme archi-savant, qui plus est, un bon cœur l
D'un simple coup de sa baguette, Sans tambour ni trompette,
Il changea la Souris en Chat, Pour lui donner, c'était très délicat,
Appétit de vivre ... et courage, Et la sortir de son propre esclavage ! Dans son état de Chat, la timide Souris
Se rappelant ce qu'elle était jadis Fut prise d'une crainte ! . . . horrible, épouvantable t Au vis-à-vis d'un Chien . . . pour le Chat plus qu'un
Alors notre ami l'Enchanteur [diable 1
Lui dit : "Foin de cette terreur?
Sois Chien, et bannis toute crainte, Et n'en laisse sur toi . . demeurer nulle empreinte ! ."
Mais quoique devenue ... un Chien, notre Souris Eut peur d'un Tigre ... Il était mal appris, Il se ruerait sur elle ... et chose sûre L'occierait d'aventure !
L'Enchanteur ! . . . excellent garçon Voulut encor lui payer sa rançon,
Il la changea . . . c'était fort . . . bigre ! Soudain en Tigre ! . . .
Mais la Souris eut peur, oui grand peur qu'un Lion Ne vint frayer dans son rayon !
Lors, l'Enchanteur lui dit : "Tu n'es qu'une Imbécile, A te vouloir sauver, mon pouvoir est stérile, Redeviens Souris : Je le vois, De la Nature on veut en vain changer les lois, Souris tu dois rester — Souris toujours timide, La peur sera toujours ton guide, Fais-en donc ton deuil, cette fois ! "
1er Mai, Castelnau Lodge.
UN CHANT pour LES TEMPS DE GUERRE.
1 Dédié par l'auteur, Miss Fanny Aikin Kortright, à Elihu Burrit.
Fragment. — (Traduit librement.)
Ig^lIJOTRE pays natal ! . . . Est-ce de la rivière \ÏÀM\ La marée ? . . Ou là-bas — la colline en arrière? Est-ce la terre ? . . . ou bien une plaine, un rocher ? N'aimez-vous que ce que ne pouvez approcher ? Votre pays natal ! . . . Sa meilleure partie L'oubliez-vous ? . . . Le sol a votre sympathie, Oubliez-vous le cœur ? . . . Le pied de l'ennemi Sera-t-il donc traité tout comme un pied ami ? Quand enverrez vos fils bien par delà vos plaines Pour être aux pieds, foulés et fauchés par centaines? Honneur et liberté ! sous votre nom si beau L'homme a de ses péchés entassé le monceau ! Pour un mot, pour un souffle, oui pour une misère Du pur de votre sang inonderez la terre, Et sans savoir pourquoi, sans que votre péché Ne pouvant le connaître, en soyez empêché. Ne savons-nous donc pas qu'il est vieux votre monde Que pour le gouverner la justice profonde
Devrait avoir ses droits ; que la force du bras Ne devrait plus compter — et prendre ses ébats ; Mais bien céder le pas de la tête à la force, Entre bras, entre tête, il n'est plus qu'un divorce. Le livre et le crayon, du poète le chant Seront-ils assoupis dans le chant du mourant ? Du marchand sur la mer, la blanche active voile Sera-t-elle arrêtée en dépit de l'étoile ? Du paysan les jeux, et le char du progrès Seront-ils tous les deux rescindés pour jamais ? Devront-ils interrompre à tout jamais les cycles Leur bénévole cours, et porter des besicles ? Doivent-ils donc vos champs de l'or de vos moissons Etre à jamais privés sous d'infâmes moussons? Vivront-elles toujours sans nul enfant vos mères ? . . . Vos filles de leurs pleurs, en vivant solitaires Oublieront-elles, las ! celui qui fut un jour Le doux amant du cœur, le doux espoir d'amour ? Arrière donc la guerre ! arrière donc la guerre ! Arrière le fléau — le fléau sanguinaire ! Arrière donc la guerre ! . . . arrière le fléau Qui se repaît de sang, le verse comme l'eau. O beau pays du Rhin, tout fier de tes mérites, Veux-tu les augmenter par des gains illicites ? O beau pays de France — autrefois un bijou, La guerre a fait de toi beaucoup moins qu'un joujou !
O terre dévastée ! honteusement acquise, Un vainqueur insolent te bafoue et méprise ! . . . Honneur et liberté ! sous votre nom si beau Se cache le péché — se cache le bourreau !
Crown Hôtel, Lyndhurst, New Forest, 6 Mai, 1874.
(Nouvelle Chronicle de Jersey, 20 Mai, 1874.^
LA PRÉSERVATION DES OISEAUX, (i)
|1|ien n'est sans but dans la nature, L'existence la plus obscure A son milieu d'utilité, De Dieu selon la volonté ; Pourquoi donc permettre à l'enfance D'aller contre cette évidence ?
Pourquoi donc à d'affreux gamins Impunément donner licence
Q) Sous ce titre : "Ne touchez aux Petits Oiseaux" nous avons publié en 1865 dans nos "Epis et Bluets" page 245, les vers qui paraissent aujourd'hui à nouveau dans ce petit volume. Nous les avions dédié en 1865 à notre ami Herr Georges Cleves, l'élégant traducteur sous ce titre : Der Vather vieler
De s'improviser assassins ?
Méchants Enfants, pleins de malice, Sans pitié pour les animaux, Des champs respectez la milice, Ne touchez aux petits oiseaux !
Tôchter — of the " Man of Many Daughters^ de Leopold Wray — nom de plume de notre chère et amée, Madame Clara de Châtelain.
Depuis 1865 nos "Petits Oiseaux" ont trouvé droit de cité — à Vienne — à St. Petersbourgh, à Paris, à Bruxelles, à Montpellier, et pour ne parler que de cette année 1874 à New York, à Bordeaux, à Jersey, à Guernsey et en Octobre dernier à Genève.
A tous les bons et braves cœurs qui nous ont aidé dans cette guerre civilisatrice entreprise par nous en faveur des "Pauvres Petits Oiseaux" nous disons du plus profond du cœur, merci et grand merci !
Nous sommes fier de ce succès de bon aloi, s'il en fut, autant et plus que de celui obtenu par nous le 2 Septembre,
En effet le 18 Juillet, 1869, nous avons prédit sous le nom de Nostradamus, dans nos "Ronces et Chardons" que l'affreux Second Empire de l'homme du 2 Décembre et de Sedan — de Chenapan III, de cet exécrable et exécré bandit, aurait pour durée . . .
"Dix huit ans moins ttn quart, et pas un jour de fihis !"
Prédiction accomplie à l'heure dite, et qui se trouve incrustée dans nos "Ronces et Chardons" page 181, comme celle de la chute de l'infâme Duc de Broglie, de l'auteur de la hideuse conception de la loi sur les Maires, se trouve inscrite à la dernière page — page 153 de notre traduction du "Timon
De tous, c'est pour le bénéfice, Et non par un divin caprice Pour le seul plaisir des échos, Que le Bon Dieu fit les oiseaux ;
d'Athènes," où Ton peut lire en toutes lettres, datée du 23 avril 1874 :
u L'Assemblée rentre le 12 Mai. Le 24 Mai ne verra pas célébrer son anniversaire ; Comme Ministre de V Intérieur le Duc de Broglie sera aussi feu que l'est aujourd'hui son prédécesseur t/£& Beulé.
Vive la République ! A bas ! les traitres ! et Dieu sait si le nombre en est grand ; mais la Patrie survivra ! "
Notre prédiction en 1870 a fait le tour du monde; et le hasard de sa réussite à point nommé a rendu notre nom — désormais plus immortel qu'un nom d'académicien.
Nous ne sommes pas moins glorieux de ce combat à outrance livré en faveur de nos Chers Petits Oiseaux, que de notre combat contre la politique de feu Chenapan III — d'horrible mémoire ! Nous comptons sur le bon sens des fermiers, et des papas et des mamans de l'univers entier pour nous faire sortir vainqueur des malveillances réitérées des affreux gamins ....
" Cet âge est sans pitié r," — dit Lafontaine. . . Car ces gamins en tuant les Oiseaux, ce ne sont que des apprentis scélérats qui s'exercent ainsi à tuer un jour des hommes.
" C'est par les lièvres qu'on commence. . . . disait-on sous Charles X le roi chasseur et chassé
" C'est par le peuple qu'on finit !" — 1830 l'a prouvé !
Chevalier de Châtelain,
C'est pour plus important office, C'est pour Tordre et pour la police Des champs, des vallons et des bois, C'est pour y veiller sur le vice Et pour le détruire à la fois.
Méchants Enfants, pleins de malice, Sans pitié pour les animaux, Des champs respectez la milice, Ne touchez aux petits oiseaux !
ni.
Ces gais habitants des charmilles, Si terribles pour les chenilles, Quoique vivant en Bohémiens Sont pour nous des anges-gardiens ; Ils sont de fameux architectes, Variés sont leur dialectes, Ils sont tous très gentils à voir, Et plus ils font noces d'insectes, Plus ils décuplent notre avoir !
Méchants Enfants, pleins de malice, Sans pitié pour les animaux, Des champs respectez la milice, Ne touchez aux petits oiseaux !
Cette milice sans salaire, Du fermier est l'auxiliare,
Est sentinelle de ses champs, Et le charme par ses doux chants ; Elle est toujours sur le qui vive !
Sans nul repos, toujours active, Toujours veillant sur les épis, Semant sa course fugitive Des gazouillis les plus exquis.
Enfants trêve à votre malice.
Prenez pitié des animaux, Des champs respectez la milice Et laissez en paix nos oiseaux !