BIME
Votre deuil est fini, rien n'arrête vospcLSj Vous êtes seul enfin et ns me cherchez pas.
(Racine, Bérén., II , 4.)
Il est fort naturel qu'on ne regarde pas comme rime d'un mot avec lui-môme la rime où l'identité ne s'étend qu'à un je atone, qui ne s'appuie pas sur le même mot dans les deux vers : .. quobtiendrai-je ?.. que vous dirai-je, Corneille, Menteur, V, 5 :
Est-ce que f écris mal et leur ressemblerais-je? — Je ne dis pas cela. Mais enfin , lui disais-je, Quel besoin si pressant avez-vous de rimer?
(Molière, Misanthr., 1, 2.)
Cependant de telles rimes qui ne comprennent, en dehors du mot identique, qu'une terminaison sont aussi peu satisfaisantes que les rimes qui ne comprennent que des terminaisons identiques {-assent, -eront, 'erais, etc.) (1).
De même, les rimes entre des mots qui ont comme dernière syllabe ci ou là et les rimes entre ces mots et les simples ci ou là ne sont pas à conseiller ; dans voici, ceci, ici, voilà, cela, ci et là ne se font pas sentir, ou du moins ne se font pas clairement reconnaître comme des mots à part. Ils correspondent à une idée trop peu précise, et c'est justement pour cela qu'ils sont peu propres à être employés
(1) V. Quicherat, p. 44, qui désigne ces rimes comme « désagréables» sans qu'il ait tâché de découvrir pourquoi elles le sont. Elles le sont parce que le charme de la rime consiste en ce qu'elle est une homophonie produite comme fortuitement par des mots dont la signiflcation ne fait pas paraître à première vue naturelle la présence de cette homophonie exigée pour la rime. Cf. les rimes allemandes, non moins désagréables : Ewigkeiten : Streitigkeiten : Sûfsigkeiten» et, en regard, Weiten : gleiten; et môme une suite de rimes comme ; gefunden : gebunden : gewunden est moins agréable qu'une suite de rimes où Stunden : runden : Wunden : bekunden sont intercalés.
en rimes ; ils sont trop semblables à des terminaisons. On trouve néanmoins ces mots en rime :
mais , seignev/r, la voici, Seigneur^ Pompée arrive^ et vous êtes ici.
(Goraeille, Pompée, I, 3.)
voici V ordre de votre père^ et je le porte ici.
(Voltaire, La Femme qui a raison, I, 5.)
ils n'ont rien de cela.
Que diable ici fait-on de ce beau monsieur-là ?
(/Wd.. 1,5.)
Les poètes de l'ancien français montrent à l'égard de ces rimes une certaine négligence. Ils font rimer, par exemple, les formes d'avoir et à! être avec elles-mêmes, alors même qu'elles ne servent pas d'auxiliaires aux verbes. Foerster, dans la note du vers 1581 de Richard, a signalé trois passages où le poète a opposé des formes identiques d'avoir :
Ne si tresgrant haste n'aiiés, Tant que ce grant avoir aiiés Départi.
ma terre aiiés , Car moût désir que fait Vaiiés.
Dans ces vers, la chose semble s'expliquer par la différence de fonction du verbe (1); il n'en est pas de même dans :
Ne say quel bonne amour i ay,
Car de foie amour point nH ay.
(1) Comparez ;
puis que chilz n'i est.
Le destrier point H soudans, s'est Mis en la presse des Frisons,
Ce poème offre eucore un grand nombre de rimes d'un mot avec lui-môme ; la plupart sont à corriger, comme on Ta fait dans les GôU. Gel. Anz., 1874, p. 1043, à cause du sens ; d'autres doivent être acceptées, le mot n'ayant pas dans les deux vers une signification identique :
Plus en avrassans demander (postuler) Que n'oseroies demander (exiger).
Comparez
Que n'arai mais joie en ma vie Tant comme il ait el cors la vie.
(GuilL Pal., 2176.)
Nous rencontrons ailleurs des exemples du même procédé :
a) le sens du mot varie plus ou moins d'un vers à l'autre : tort at : aveir at^ Reimpredigten, I 53 :
Onques puis que perdu vos oi Ne reposai ne joi n'oi.
{FL et Blanc., 2464.)
Onc plus lerres de lui ne pu Puis celé heure que diex nez fu.
iRen., 28074.)
se cuidiez que bien soit.
Li rois dit : a vo plaisir soit.
{Ihid., 26638.)
sovent alot Sor un hait tertre por veeir (examiner) S'en venant le pêust veeir (apercevoir).
{Tohie, 1146.)
Mais il demorroit comme pris (captif), Tant qu on avroit tout V avoir pris (reçu).
(Mousket, 25564.)
Molt me fait fiere chouse faire ^ Mais son valoir rnestuet a faire.
{Joufroi, 2630.)
Bloques furent a sejor Molt longuement a bel sejor
ilbid., 3334.)
b) Le mot a une signification identique dans les deux vers :
Dites moi comment il vos est?
Sire, fait'il, malement m'est.
(Barb. et Méon, IV 422, 502.)
Demanda li cornent H est.
Vostre merci, dist il, bien m'est,