PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION
Lb maîtbb de Philosophie. — Vous entendes cela , et vous savez le latin , sans donte ?
M. Jourdain. — Oui ; mais faites comme si je ne le savais pas.
Celui qui a fait imprimer ce petit livre ne Va pas faitj lui non. plus y sans être sûr de répondre à un besoin vivement ressenti. Mais je suis assez modeste pour n'entendre par là que mon propre besoin de savoir entre les mains de mes élèves ou facilement accessible à eux un recueil de ce que, à mon avis y il est absolument nécessaire qu'ils connaissent de la théorie de la versification française y ancienne et moderne. J'ai voulu décharger les cours dans lesquels f explique des poètes français de la partie des i)rolégomènes relative au vers et à la rime y partie nécessairement toujours la même dans les traits principaux; j'ai voulu pouvoir y dans mes leçons sur la versification française, que je ferai désormais avec plus de plaisir encorcy trouver du temps pour discuter un grand nombre de questions importantes qui ne sont point effleurées dans ce livre. Si quelques-uns de mes collègues ou de
leurs élèves trotivent utile ce que f offre ici y tant mieux.
Vannée qui vient de s écouler nous a apporté divers nouveaux traités sur la versification française y et f aurais volontiers renoncé à publier mon petit manuel élémentaire si j'avais eu des raisons pour le croire désormais superflu. Mais déjà un examen superficiel des livres de MM, Lubarsch, Folk, Becq de Fouquières m'a montré que je ne suis que très rarement la même route; ils se proposent la solution de ])roblèmes dont je suis bien loin de méconnaître V importance y mais que je n'ai 2^(-ts eu l'intention de résoudre ici; et, quand ils traitent les mêmes questions que moi , ils procèdent d'une manière toute différente. Sans doute un examen apj)rofondi me fera trouver dans leurs ouvrages bien des choses que j'aurais tort de ne pas mettre à profit; mais. Ici qu'il est actuellement j mon petit livre ne leur doit rien. Il n'est que la reproduction presque textuelle d'un cours que fai fait , pendant l'été de 181 8 ^ à l'université de Berlin.
Quant au silence que je garde sur les strophes, je prévois qu'on m'adressera le reproche d'avoir omis un chapitre important {et j'en mérite probablement d autres). Ce n'est pas pour justifier cette lacune, mais pour l'expliquer, que je dis que ce qu'il me semble nécessaire d'exposer au sujet des strophes trouve d'ordinaire assez de place dans mes cours sur l'histoire de la littérature provençale. Il me parait même bien douteux qu'il soit bon de donner à des étudiants, qui pour la plupart s'occupent aussi de la littérature pro-
vençaley des notions historiques sur la structure des strophes en usage chez tes peuples romans sans prendre pour point de départ les formes de la lyrique des trobadors.
Un mot encore. Dans le cours de mon exposaiiionyfai assez souvent cité des savants dont il était bon de connaître les avis sur tel ou tel point y car je ne voudrais pas qu'aucun lecteur crût bien faire en s'en tenant exclusivement à moi pour les questions que je traite. Mais siy d'autre part, j'ai contesté cà et là certaines opinions étrangères , que ceux auxquels s'adressent mes critiques soient persuadés que je ne me suis pas cru en droit de m'en dispenser. Certaines opinions que je tiens 2)0ur erronées y je dois les signaler comme telles devant mes élèves, et je dois le faire plus hautement que jamais si elles proviennent de ceux que j'aime à leur présenter comme les savants du plus grand 7nérite et les maîtres les plus dignes de confiance,
Berlin, 30 janvier 1880,