‹ Le vers français, ancien et moderneChapitre 6 sur 15 · ÉLISION · texte numérisé non relu

ÉLISION

N'en vont entrer en pied n'en respuns n'en retret,

{St'Thom., 845.)

Nunquescil dui prélat n' eurent ami esté.

{Ibid., 1055.)

La forme ni semble avoir été employée d'abord devant les voyelles (1). D'anciens monuments emploient aussi les formes ned et nen devant les voyelles :

Se nos ne savons qui ce a (c'est-à-dire c'a) fait.

(Méon, 1,223, 1015.)

Que ce est la dame qui

passe Totos celés qui sont vivanz.

{R. Ch^rr., 10.)

Très souvent aussi on emploie cou devant les voyelles et devant les consonnes.

Certains monuments semblent avoir gardé l'o de ço et, en compensation , avoir supprimé par aphérèse le de est : ainsi G. Paris écrit dans V Alexis co'st pour ço est chaque fois qu'il est monosyllabe , tandis qu'il suppose qu'on doit lire c'est dans la Ch. Roi. (2).

On pourrait être porté à croire qu'il y a eu pour ço , [précédant une voyelle, mais ne formant avec elle qu'une seule syllabe , une synérèse avec cette voyelle , du moins dans les cas où il y a sur ço un accent" tel qu'il est difficile d'admettre qu'il ait perdu sa voyelle :

Purço ala sainz Thomas a Turs la nuit devant .

{St'Thom., 4359.)

(1) V. Scheler à propos du v. 592 du Bastars de Buillon.

(2) V. i4/ea?., p. 33.

TOBLBB, rersification, 5

bG DÉTERMINATION

Tut ço a un larcevesque et mustré et nuncié.

{St-Thom., 4556.)

de ço arum nus asez.

(Oh, Roi., 77.)

Il faut néanmoins considérer qu'à côté de por coi , où Taccent du pronom n'est pas moins important que dans p07' ço, il y a aussi por que dont IV peut s'élider :

Guillaume, por qu'as tu ce fait?

(Barb. et Méon, I, 254, 356.;

Mes por qu'as tu V enfant noie?

(Méon, II, 232, 536.)

demanda Pur quil palloit ensi vers li.

(Marie de France, II, 209, 9.)

L'orthographe des manuscrits nous montre assez souvent qu'on Ta élidé en effet et non pas seulement devant e, par exemple dans

moult a meffet Qui c'a bradé et qui c'a fet.

(Méon, II, 28, 860.)

son comandement

Fera que que il li demant.

(fl. Charr., 170.)

Kex li prie Qv'ele se liet, {R. Charr., 150.)

On peut en dire autant de chaque que (pronom interrogalif , pronom relatif ou conjonction) et aussi des composés quanque, forsque (inais non de jusque, à côté duquel est d'ailleurs la forme jusques). D'anciens monuments connaissent encore la forme qued devant les voyelles; quelques textes plus modernes du Nord emploient aussi car devant les voyelles (1).

(1) V. Scheler, à propos du vers 289 du Bastars de Buillon.

Quant JE oi le perron crosé

De Veve au bacin arosé.

( Ch. Lyon, 435.)

Ne sui'JE En vostre baillie ?

(Rusteb., I, 323.)

Et pour çou si vos voil je avoir.

(Mousket, 17356.)

Et fen ta promesse me met.

( Méon , II , 242,200. )

A côté de je sont les formes jo, jou, gié, avec un élément vocaliqiie plus fort.

5e il ne va oïr celi

{Ch.Lyon, 473.)

S'orne m'en fui^ molt criem que ne (en perde,

{Alex., 12 e.)

U Alexis a aussi set devant les voyelles ; la forme si^ pour le mot dérivé du latin si , est généralement bien rare en ancien français.

Et si i fu mes sires Yvains.

( Ch. Lyon, 56.)

Oirent la voiz et le son Sissirent fors de la meison.

( Ch. Lyon , 220.)

La forme se , qui n'est pas rare devant des consonnes , semble être moins employée quand le mot forme hiatus ; dans ce cas , la plupart des textes préfèrent si.

Me feroit es ialz H espar z.

{Ch. Lyon, 440.)

Vi ne s'élide jamais dans le Ch. Lyon , excepté dans Ven=on; il s'élide au contraire souvent dans la Ch.

Roi, Ph.Thaon,5^7%om.(l)

Le pronom atone li ne perd guère son i par élision que devant en :

Les temples et le front Ven froit.

{Ch. Lyon , 2969.)

Que ne li chaut de la défense

Sa dame, ne ne Ven sovient.

{[bid.,2m.)

(!) V. là-de33U3 Suchier, Reimpredigten, p. 35.

Il le perd dans d'autres cas , mais seulement dans des textes fort négligés (1).

Enfin , les pronoms atones me y te^ se , le , la après le verbe :

Estuet me il estre en effrei.

{Troie, 1489.)

Et doit me ele ami clamer.

{C h. Lyon, 1456.)

Fet se ele , se diex m'ait.

(Méon. I, 11,303.)

Metet le el sufrir.

{Coinp., 146.)

Esguardez le en Vur.

(/6îrf.,2658.)

Fui , fet ele , lesse m'en pes,

[C h. Lyon, 1647.)

Irai te ensus^ lài la pel ester.

(Barb. et Méon, IV, 12, 332.)

gèlent s en oraisons.

{Alex., 72 b.)

Metez le arrière et vos avant,

(Barb. et Méon. IV, 373, 245.)

Kar prime apelent Vhv/me (c'est-à-dire la hume).

(Phil. Thaon,2.)1.)

En français moderne , l'élision de Vç pour le enclitique devant une voyelle est obligatoire [me et te ne se trouvent plus ainsi placés (2) ) ; autrement il en serait résulté un hiatus ; mais comme le enclitique se prononce à peu près comme Icu avec un eu bref et ouvert et avec un élément vocalique si fort que son élision n'est guère possible (3), les théoriciens conseillent d'éviter les cas où cette élision devra avoir lieu (4) ; on la trouve au xvii*' siècle (Quicherat en cite des exemples) et même plus tard :

Laissez-le au moins ignorer que c'est vous.

{\o\t.,Enf.prod., IV, 3.)

Plaignez^le , il vous offense , il a trahi son roi.

{Adél., m, 3.)

(1) V. Gôti. Gel. Anz., 1874, p. 1035; Boucherie, DiaUpoit., p. 245, note.

(2) Si ce n'est encore aujourd'hui devant en et y, anquel cas il y a toujours élision.

(3) Il peut môme, comme nous le verrons, occuper à la césure la place d'une syllabe accentuée.

(4) V. Quicherat , 62.

Retournez vers ce peuple , instruisez-le en mon nom.

(Fanât., II, 3.)

il a des paillettes d'argent Comme Arlequin. Gardez-le, il vous fera peut-être Penser à moi.

(A. de Muss., Pr. poés., 36.)

Coupe-le en quatre^ et mets les morceaux dans la

[nappe.

( Ihid., 59.)

dis à ta bonne

De recevoir le linge, — Eh , recois-le en personne.

(Augier, Gabrielle, I, 2.)

Il semble que de même qui iiiterrogatif et relatif (qu'il ne faut pas confondre avec cui qu'on trouve aussi sous la forme qui) a pu perdre souvent son i devant une voyelle initiale. Le pronom relatif au nominatif se trouve souvent sous la forme que , laquelle perd son e par élision , comme nous l'avons vu ; mais, même dans les cas où devant des consonnes qui seul est possible , c'est-à-dire pour le nominatif interrogatif ou pour le nominatif relatif sans mot déterminant , on trouve quelquefois des formes avec voyelle élidée :

Si me dites aussi quo moi morir vaura.

{B. Seb.., XI , 294.)

Eureuse seroit

Qu'a tel seignour seroit dame espeuse et amie.

{Basl., 1246.)

Ce procédé semble cependant s'être manifesté fort tard et on doit peut-être y voir une synérèse (I).

d) La faculté pour Vç à la fin des polysyllabes de porter rhiatus n'est pas à admettre en tout cas pour toutes les

(1) Ce que Mail, Comp. 32 sq., a dit à co propos n'est pas tout à fait complet , ni tout à fait juste en ce qui concerne le pronom li, mais c'est toutefois plus exact que ce que G. Paris avait é.m\% Alex., 132.

périodes de rancien français et pour tous les monuments d'une même période. Au contraire, Télision doit être regardée comme une règle pour toute Tétendue de l'ancienne poésie ; il n'y a que quelques textes qui , à coté de l'élision, connaissent la non élision, comme une chose se présentant quelquefois, mais en général seulement dans des conditions déterminées. Mail ,. dans son introduction au Comput de Ph. de Thaon, p. 31, a rassemblé les passages de ce poème où Ton doit supposer cet hiatus , et il a trouvé qu'il n'était employé que dans les cas où plusieurs consonnes, en général muta cum liquida^ précèdent 1^ {Ent7^E icel saint jurriy 2223 ; D'uitovrE icel meiSy 3072; A terniE e a hure^ 1885; Li altvE Ensement^ 3073) ; mais il faut encore exclure quelques-uns des hiatus qu'il a admis : par exemple, au lieu de Le sist signe e mistrent, 1348, on lit dans deux des quatre manuscrits qu'il a mis à contribution Le siste signe^ leçon qui est probablement la leçon correcte, car on a des exemples de siste employé comme masculin ; dans Epacte en nature^ 3156 , le premier mot, en sa qualité de mot de provenance étrangère, a pu avoir été prononcé avec un e final sonore ; Cure fièvre at num , 1062 (le vers ne se trouve que dans un manuscrit), doit être modifié , parce que le premier mot doit traduire le latin curator fébrium ; dans burjunent \ Arbre e lur fruit dunent, 1856, où tous les manuscrits ont Arbres, on ne devait pas introduire l'hiatus , car Arbre se trouve employé aussi au féminin. Par contre, dans E kin voldrat ju/rz faire E [les] ensemble atraire, 2060, on doit maintenir Thiatus; du moins les ne peut être intercalé à cette place. Ajoutons deux passages du Comput où Yç dans les noms propres Bede et Rome porte l'hiatus après une consonne simple ; pour Bede, la chose est sûre ; elle l'est moins pour Rome. Quelques vers avec un ^ non élidé à la fin des polysyllabes ont été regardés comme corrects dans Jourd. de Bl. par Hofmann (note du v. 1223) qui a émis l'avis que l'hiatus provenait de la présence de muta cum liquida :

Bien le porroit \ Dex maître a garant

Se a mon père \ puis iestre assamblee

(mais il n'aurait pas dû supposer qu'on avait prononcé Vç entre les deux consonnes de la façon négligée dont les Allemands prononcent quelquefois le français). Dans la -Ch. Roi., il y a un grand nombre de vers qui , suivant que les éditeurs admettent ou n'admettent pas la possibilité des hiatus dont nous parlons, restent sans modification ou sont corrigés : 3781 , ensemble i out trente ; 2180, guerre e enter cier ; 2211 , veintre e esmaier. Le premier vers a été laissé sans modification par Bœhmer, les deux autres par Hofmann. Bœhmer, il est vrai, admet dans son édition bien d'autres hiatus qui n'ont probablement jamais existé (1 ) . Il y a encore des textes qui souvent conservent, sans l'élider, Vç à la fin des polysyllabes devant une voyelle initiale, sans qu'on ait réussi jusqu'à ce moment à déterminer les conditions dans lesquelles l'élision ne doit pas avoir lieu. Parmi ces textes sont le Joufrois (v. l'introd. de Muncker, p. V); VYsopetde Lyon (v. l'introd. de Fœrster, p.V); Fœrster signale le même système dans Vegetius, Muncker l'afiirme pour toute la poésie bourguignonne. Dans le poème de Mousket, il se trouve quelques hiatus (non pas uniquement au passage que j'ai cité au vers 15908) que rien n'autorise ; le Brut de Munich renferme des hiatus qui sont dans le même cas ; c'est l'éditeur qui les a supprimés et il n'a maintenu que ceux qui semblaient les moins choquants. On peut, en passant, parler ici d'un procédé où il ne se produit pas , il est vrai , d'hiatus en ancien français, mais où cet hiatus se produirait si l'on voulait introduire les formes modernes. Quelques-uns des plus anciens monuments gardent , même devant un mot commençant par une

(1) V. le compte-rendu de G. Paris dans la Homati., U, 106.

consonne , la terminaison et pour les 3" personnes sing. du verbe qui se terminent aujourd'hui en ç : Vespiiset behx" ment, Ale^, 10c; li mostret veritet, 13 d ; Baisse t sun chief Ch, RoL, 138; ki ne Votrïet mie, 194. Il s'agit donc de savoir si ce t se faisait encore toujoure entendre et par conséquent si , devant une voyelle initiale , il empêchait Télision de Vç précédent, ou si, son existence dans l'orthographe n'étant due qu'à des considérations étymologiques, il ne se prononçait pas et par suite n'empêchait pas l'élision , ou enfin si la disparition totale du t n'a pas été précédée d'une période intermédiaire durant laquelle, dans un môme poème , le t précédant une voyelle initiale tantôt a empêché rélision del'f, auquel cas l'orthographe devrait le conserver, tantôt ne l'a pas empêchée , auquel cas , il serait mieux de le supprimer dans les éditions. G. Paris, dans son introduction d'i4tea?w, p. 34, a admis que, dans ce poème, le t avait encore toute sa valeur, c'est-à-dire qu'il n'y avait jamais élision de l'^qui le précédait; par suite, il écrit : Donet as povres, 19 d ; espeiret aviver, 39 c ; Ço peiset els, 116 e, etc. Pour la Ch. Roi., au contraire , il suppose un usage flottant : le ^ gardé sans exception par l'orthographe, aurait tantôt conservé, tantôt perdu sa valeur; par suite, à côté de cumencET a parlei\ 426 ; Gua7*dET al brief, 487 ; entrET en sun veiage, 660, il admet si cumenc[et) a penser , 138; Entr[et) en sa veie, 365 ; en mein{et) ensembVod sei, 502. MûUer partage le même avis sur ce poème (1). Hofmann s'efibrce autant que possible d'écarter les cas de non élision (en s'appuyant sur le manuscrit de Venise ou autrement), et par suite écrit : cumençat a parler, 426; Guardat al brief, 487; entrât en sun veiage, 660. Bœhmer au contraire écarte toujours les élisions et lit en conséquence : cumencet a penser , 138 (avec suppression de si); Entret en sa veie, 365 ; meinet ensembVod sei , 502. D'après le dernier travail qui ait été fait sur cette question,

(t) V. son édition de 1878, note au vers 138.

la dissertation de Heinr. Freund (1), il n'est pas bien sûr qu'à Tépoque de la rédaction de ï Alexis on n'ait jamais fait d'élision par dessus le t ; un seul au plus des passages cités par G. Paris [ço peiset els, 116 e) nous aurait été transmis tel qu'on ne peut avoir de doute sur la leçon originale (encore ce passage serait-il douteux, parce que peser y est construit avec l'accusatif! ) ; dans les autres passages, les manuscrits suggéreraient des modifications dont l'introduction rendrait superflue la supposition d'une non élision : Dv/nat aspovres^ espeirent aviver^ etc.; pour le Roland, on devrait accepter l'élision comme le procédé le plus usuel. Le résultat est juste bien que l'argumentation ne soit pas inattaquable. Chez Ph. de Thaon , Mail (2) a trouvé que ce t empoche encore plus souvent l'élision dans le Comput {S'en repairet ariere, 1434 ; luur Dunet eresplendur^ 1588 ; Bien sacet envertet^ 2061 , etc.) que dans le Bestiaire du même poète. Chaque poète doit donc être à ce sujet l'objet d'une étude spéciale (3).

En français moderne, quand il y a inversion pour la 3® pers. sg. terminée en ç , celle-ci est séparée par un t intercalé de la voyelle A' il , elle, on qui suivent, chantet'il. On ne doit pas chercher l'origine de ce t dans le t de la terminaison latine at , lequel avait déjà disparu dans la seeonde période de l'ancien français, comme le montre G. Paris, Roman., VI, 438 (corrigeant ainsi ses jugements erronés de VAlex,, p. 34, note 1); il faut regarder ce t comme transporté de cas où il a toujours subsisté correctement comme est-il, peut-il , doit-il , avait-il, etc. , à un cas où il n'est pas justifié par l'étymologie. C'est relativement fort tard qu'on s'est mis à écrire ce t. Théodore de Bèze (1584), De Franc, linguae recta pron,, p. 40, nous dit, il est vrai, expressément que Ton écrit parle il et qu'on

(1) Ueher die Verbalflexion der àliesten franzôsischen Sprachdenkmàler bis zum Rolandslied einschliesslich, Marburg, 1875 (p. 9-17).

(2) Introd. du Comput, p. 21 et 85.

(3) V. sur ce point Suchier, Reimpredigten , p. 33 et 39.

prononce parlet il. Mais ce n'est point du tout le seul procédé en usage au xvi* siècle ; au contraire , beaucoup de passages de poètes nous montrent qu'on élidait Yç : Marot dit , Epistre X :

Mais d'où provient que ma plume se mesle D'cscrire à vous ? ignore ou présume elle ?

Darmesteter et Hatzfeld , I, 233, citent de Ronsard :

Puisse il par tout l'univers Devant ses ennemis croistre.

Exerce on de Du Bartas est cité par Wagner, Étude sur V usage syntax, dans la Semaine^ Diss. de Kœnigsberg,\ 876. De même en ancien français :

Que fainme, et si ne m'ainme on mie.

(R. d. Chast. d. Coucy, 2589.)

Adonc commence elle a flourir,

(J. Bruy., Ménag., II, 30.)

Trueve il assez el vavasor.

(Ch. Lyon , 778.)

Que de legier nH antre an pas.

{R. Charr., 650.)

Çou truev'on el livre Caton {trtievon dans l'éd.).

(FletBl^nOl.)

Un pont ot su^ la tour, par dessus quoipa-ss'on {passon

dans l'éd.) {Gaufr., 257.)

Pris fu et menés en prison, Nonpourqant encor Ven prise on.

(Mousket, 21370.)

Dementres qu'el palais bourd'on, Esvous k'il hauça le bourdon.

Des exemples de non élision pour le pronom sujet mis après le verbe se trouvent également en ancien français et

même dans des poèmes qui , en général , élident toujours ïç de la 3* personne, quand il est suivi d'une voyelle :

Ce jour mëisme dont ci vous parle \ on.

{Enf. Og.y 5136.)

Malaquins de Tudele , sire , m'apele \ on.

{B. Comm. 3321.)

Gladain le vert Vapele \ on

(Durm., 10283.)

Si Capele \ on le grant roi.

{Ibid., 10583.)

Trueve 1 on précieuses pieres.

(Fl.etBL.^OU.)

Vapele 1 on V arbre d'amors.

( Ibid., 2048.)

Fœrster, dans son compte-rendu du Durmart (1), émet l'opinion qu'on s'est toujours servi de Von quand on était postposé au verbe et qu'on a employé on uniquement par euphonie, quand le verbe se terminait en -Ze, tout en laissant au verbe le nombre de syllabes qu'il aurait eu suivi de l'on ; dans la note du vers 5932 , du Chev. aux deux espées i il ajoute quelques nouveaux exemples de apele \ on , mais en même temps il cite le treuve \ on , qui aurait pu le convaincre que cette considération euphonique n'a aucune portée. La preuve qu'elle ne joue aucun rôle se voit dans le3 cas où le sujet postposé est i7 ou elle :

Ne moi ne demande \ il pas.

(Renart, 23931.)

A maie hart puisse | il pendre.

Di , rois , dont ne te membre \ il.

(Meraug., 56.)

Car bien sache \ ele entresait.

(C/eorw., 7088.)(2)

(1) Zts. fur die ôsterreichischen Gywnasien, 1874, p. 138.

(2) Krause a voulu faire dans ce vers un changement superflu.

. On pourrait être porté à supposer, surtout à la lecture du vers

La gens s'asemblet et ajoste.

(Durm.,9ZS,)

que le procédé , exposé plus haut , des plus anciens monuments en ce qui concerne le t des 3*" personnes s'est maintenu dans les provinces du Nord-Est jusque dans le XIII® siècle. L'explication suivante parait plus plausible : de même que cantatorem donne régulièrement le trisyllabe chanteor^ de même cantat homo prononcé avec un seul accent devient le trisyllabe chante \ on ; de même que *tornaticium devient tornëiz, de même ^tomat ille devient tome \ il ; mais si l'on prononçait te verbe et le pronom avec deux accents , Ye du premier était éli.dé : apél{e) on comme cél{e) ôre, truév[e) il comn^e béU{e) isle. Il n'est pas encore établi dans quelle mesure il était possible en ancien français d'élider un ç suivi d'un s, quand il précédait une voyelle. Les poètes quelque peu scrupuleux ne connaissent point ce procédé (1). Il est impossible cependant de douter de son existence :

Gaufrez ont fet avant a dis mile homme[s] aler.

(Gaufr.,\3,)

Et laissa tant d'aiitre[s] en eMant,

(Watriq., 90, 220.)

As dames plainnes de merci, Ki sont belles et bone[s] ausi.

( Ms. de Berne , 54, 5.)

Ma soupouture délivrer

El des mains sarrasine{s] oster.

(Mousk., 4783.)

Batus de vierges et déplaiés.

{Ibid., 10765.)

(1) V. Gôlt Gel. Anz., 1877, p. 1606, et Boucherie, Rev. des l. rom., 1877, XI, 216, et 1878, XIV, 203, qui dépasse la juste mesure en établissant comme absolue la possibilité d*une telle élision.

Cette élision est de même çà et là admise par des poètes du français moderne :

Soit que tu vueille espouse me nommer.

(Ronsard , choix de Becq de Fouq., 205.)

La grâce , quand tu marche^ est toujours au devant.

(Desportes dans Darm. et Hatzf., 259.)

Que tu laisse un chacun pour plaire à ses soupçons,

( Régnier, Élég.j I.)

[laisse un chacun a été, à partir de 1642, remplacé par laisses chacun).

E. Weber (1) cite deux exemples analogues tirés des poésies de V. Hugo ; de même dans A. de Musset :

Que tu ne puisse encor sur ton levier terrible Soulever l'univers.

{Pi\ Poés., 229.)

Il est un autre effet, produit par 1'^ finale devenant muette, dont nous aurons à parler à propos de la rime.

La synérèse, c'est-à-dire la prononciation en une seule syllabe d'une voyelle finale et d'une voyelle initiale, est étrangère à la poésie moderne, mais se rencontre quelquefois dans l'ancienne poésie, bien que seulement dans des ouvrages assez peu parfaits pour la forme :

Sour un estanc , d'aige i avait à fuison.

(Alise, 13.)

Plus de dis mile ; nH a celui , n'ait banierc.

Obid.y 19.)

Et li enbati el cors dusqe au poumon.

Uàid., 12.)

Dusqe ens ou pis li est Vespee glacie.

Icele gens kiaoure Tervagant.

{Ibid., 1.3.) (1) Zts. f. nfz. Spr. u. Lit., II, 527.

Dans r Ysopet de Lyon , on trouve :

Une chose lonc tens avient

ce qui veut dire : lonc tens a, avient {=avint) ;

Lo croc cornante a araignier Et de paroles aplaignier

c'est-à-dire : a aplaignier ;

Or suis je bien menez atainte,

Ici il faut peut-ôtre lire acainte, ce qui serait pour a aceinte{l).

Quand (abstraction faite de 1'^) des voyelles se trouvent contiguës dans l'intérieur du mot , la question est de savoir si elles appartiennent à des syllabes différentes et par suite forment hiatus ( hiatus qui , dans l'intérieur du mot , n'est pas évité non plus par la poésie moderne), ou si elles appartiennent à la même syllabe et par suite forment une diphthongue (on pourrait dire aussi bien pour le français moderne : la combinaison d'un son vocalique avec une semi-voyelle qui le précède). Il est plus facile de résoudre cette question pour l'ancien français, surtout jusqu'au xn® siècle inclusivement ; l'état des choses dans les diffé-

(l) V. Zts, f, rom. PhiL, VI, 422.

rents cas y est plus aisé à enfermer dans quelques règles que pour le français moderne où beaucoup d'exceptions à ces règles ont été amenées par une fausse analogie , une accentuation plus négligée, etc. (1).

1. — Les voyelles entre lesquelles une consonne est tombée appartiennent à des syllabes différentes : pri\a^ pri\ais^ pri\er^ pri\ez, pri\ons , pri\èrey ch<iri\ot^ mendi\er (et les formes dérivées), jou\er^ jou\et^ né\ant (mais a. fr. nient à côté de ni\ent^ comme aussi neis^ nis à côté de nëis); fi\er, etc., confi\ance, mais dans La Fontaine :

Vautre que son fiancé ne s'en embarrassa,

{La Fiancée du roi de Garhe, 19.)

ri\ant^ ri\ez^ lou\er, alou\ette, trahir^ envi\er, envi\euœ, su\er^ cru\el, ou\ir, remerci\er ; li\er^ li\en, ni\elle de nigella (mais nielle dans Goppée, 0/^v., 8); pays (prononc. pè\yis , mais à certaines époques paysan^ v. Quicherat, 320, comme aussi joay^, 321); fri\and; Gui\enne (prononc. gi-aine)^ mais faux est l'emploi qu'on trouve une fois dans Voltaire :

Dans le Haut^Maine , en Guienne , en Picardie.

{Pucelle, XVI.)

oubli\er, oubli\eux, cri\ery hardi\esse, No\ël^ vou\er, dou\ery mais

Je ne vous dirai pas quelle fut la douairière.

(A. de Musset, Pr, Poés., 113.)

Toutes ont des enfants impudiques douairières,

(Augier, l'Aventur., II, 5.)

(1) Un tableau fort instructif des théories des grammairiens sur la prononciation des mots dont il s'agit, théories qui sont souvent en contradiction avec elles-mêmes et avec la pratique des poètes , est présenté par Thurot, De la prononc. fr, depuis le commencement du xvi* s., Paris, 1881,1, 495, sq.

ha\ir, tu\er, mu|e(, veriu\euXj abbaye (prononc. abé\ie comme Tindique Littré :

Prenez femme, abbaye, emploi^ gouvernement.

(La Font., F.. 111, 1.)

et non pas abé^ comme le veut Sachs) ; ou\ailleSj Lou\is (a. fr. Lo\o\is).

Dans cette catégorie se rangent aussi les mots qui, à un radical originairement terminé par une voyelle , joignent un suffixe commençant par une voyelle , comme dé\esse, bleu\ei , chou\ette

Me font rire. Piaillez , mesdames les chou\ettes.

'V. Hugo, Q. Vents, Lison, se., 1.)

mais dans le même poète (Weber, 526 ;

Pas de corbeau goulu, pas de loup, pas de chouette.

Exceptions : liaî'd, disyllabe encore dans Marot et de nouveau dans y. Hugo (v. Weber, 525), sans doute identique à l'a. fr. li\art blanc (comme blanc est devenu le nom d'une pièce de monnaie); ce liart provient de lié de /aetu/m , cf pion de pedonem, — miette :

Et les croûtes et la mi\ete.

(Barb. et Méon, I, 300, 913.)

mais

La cigogne au long bec n'en put attraper miette.

La Font., F.,l, 18.)

La moindre miette de vrai pain.

(S. Prudh., m, 122.)

— mioche^ du même radical que le précédent :

Je me débarrassai du mioche en Véloignant.

(V. Hugo, Q, Vents, Marg., se. 1.)

Blanchir Vâtre, écumer le pot ^ moucher des mioches,

{Ibid., Lison, se. 1.)

— pioche, a. fr. pi\oche, Barb. etMéon, I, 131, 594 ; mais pioches: mioches y v. Hugo, loc. cit.;

Debout, libres du poids des bêches et des pioches.

(Manuel, Poèm. pop,, p. 17.)

— poêle f., a. fr. pa\ele. — moelle , a. fr. me\ole (1) ; pour des exemples de remploi trisyllabique fréquent encore au xvi® siècle, v. Quicherat , 309 , et sur cet emploi sporadique aujourd'hui, v. Weber, 526.

— fouet, a. fr. fou\et et de même aujourd'hui encore çà et là :

Ua/rqué du fou\et des Furies.

(A. de Musset, Poés. N,, 174.) mais

J'oserais ramasser le fouet de la satire.

{Ibid., 164.)

Et les cheveibx livrés au vent qui les fou\ette.

(Fr. Goppée, Oliv., 4.)

mais immédiatement après :

Qui nomme, en le montrant du fovst, chaque clocher. dans Régnier :

Or il vous prend Macrobe et lui donne le foit ( ; conçoit)

{Sat, X.) (1) Sur cette métathôse v. Ztschr. f. vgl. Sprachf. N. F., III, 417.

ToBLBR, yerti/lcation. 6

foiuet : $ou\hait (La Font., f., VI, 18) ; fouet : net (Rac, Plaid, ^ II 13); de môme fouailler^ qui provient du môme radical, produit une articulation monosyllabique par la contraction de la voyelle du radical et de la voyelle du sufBxe, V. Weber, 526 ; ce radical paraît être celui de fagv/m^ a. fr. fou.

— rouet :

Ne chercherait-on pas le rouet de Marguerite ?

(A. de Musset, Poés. N., 9.) mais

Et baisant tout bas son rou\et.

(Ibid., 170.)

En ancien français, il n'est que disyllabe.

— gouailler :

Un chenapan^ vois^tu, &est un sage gouaillev/r.

(V. Hugo, Q. Vents, Marg., se. 1.)

- — écuelle f., lat. scûtella, est de quatre syllabes en ancien français :

S'escu\ele li fait porter Et plaine coupe de vin cler,

{C. Poit.,3b.)

— juifj a. fr. ju\ieu. — piètre, a. fr. pe\estre (1), de pedestrem.

— viande , presque toujours trisyllabe en ancien français et même encore au xvi® siècle (v. Quicherat, 288), mais maintenant :

La viande, voyez-vous, c'est ça qui fait la chair.

(V. Hugo, Q. Vents, Lison, se. 1.) (1) V. Ztschr. f. vgl. Sprachf,, Joe. cit., 419.

Se gorgeaient à grand bruit de viande et de boisson.

(S. Prudh., Ec, d'Augias.) — fuir^ maintenant toujours avec ui diphthongué : Les pâtres ayant fui vers V ombre de la ville,

(S. Prud., loc, cit,)

en ancien français avec Vu toujours distinct de Vi quand la terminaison renferme un i accentué, donc * fugire : fuir, * fugitum : fui, * fugivi : fui ; mais fûgio : fui , fûgiam : fuie, fuge : fui.

QuHl ne li pot plein pié fôir,

( Troie, 16123.)

Tu mHes fûiz, dolente en sui remese.

{Alex., 27 b.)

Si fu iriés et li fui Li sans.

((7/1. 2esp. 4108)(1).

S' or ne m'en fui, molt criem que ne t'en perde.

{Alex., 12 e.)

Fui, fet ele, lesse m' an pes.

{€h. Lyon, 1647.) Pour le vers de Corneille

Je ne te puis blâmer d'avoir fui Vinfamie

{Cid, m, 4.)

l'Académie, dans ses observations, fit la critique suivante : « fui » est de deux syllabes ; et c'est ainsi qu'on lit en effet dans Malherbe, comme vers de six syllabes,

A fu\ir ou mourir

(1) Bijvanck, p. 38, rapproche le procédé analogue de Villon de celui de la poésie populaire contemporaine dans laquelle les verbes en ouir peuvent être prononcés avec diphthongne.

au n® 1 1 1 , V. 96 , et comme vers de sept syllabes,

Fu\ir d'être son esclave

au n* 1 19, V. 11 (Ed. de Becq de Fouq.).

— oui :

Oui, vous m'avez sauvée; oui, je votis dois la vie.

(Volt., AdéL, II, 5.)

a. fr. o\il; ou\i est encore au xvi* siècle la prononciation usuelle :

Laymes tu encores ? — ou\y.

(Gl. Marot, Dial. de deux amoureux.)

S'il dit ou\y, je dis ouly,

( Jodelle , Eugène, I, 2.)

cependant dans la même pièce :

Je voy entrer tout fu/rieux

Mon Arnault, ouy, ouy^ que seroit^ce?

(in, 1.)

Ou\y, — lui mesme ? — ou\y, lui mesme, allez,

(Ronsard, (Euv., éd. Blanchem., VII, 287.)

Malherbe , à propos de la valeur syllabique de ce mot , laquelle chez Desportes varie d'une place à Tautre, observe qu'il serait « plu^ raisonnable jy de l'employer toujours comme disyllabe , mais que Tusage doit être le maître (1).

Les terminaisons -ions, -fez, à l'imparfait de l'indicatif et par suite au conditionnel , ont été originairement , d*après leur dérivation de -ebamus et -ebatis, tout régulièrement disyllabiques, tandis qu'en ancien français elles étaient non moins régulièrement monosyllabiques quand elles proviennent de -iamus, -iatis (dans quelques présents du conjonctif) et quand elles sont introduites, par transplan-

(l) V. Œuvres, éd. Lalanne , vol. V, p. 433.

tation de formes, à la place de -ons, -ez plus anciens, dans la plus grande partie des présents et des imparfaits du conjonctif. Ainsi a\vi\ons, a\vi\ez et a|t;r^|on5, a\vri\ez à côté de a\ions, a\iez, ë\iLs\sionSy ë\u^\siez. Mais déjà en ancien français cette distinction bien fondée s'est effacée de telle sorte que des poètes moins exacts et postérieurs ont fait monosyllabiques des terminaisons disyllabiques ; et cela se trouve en français moderne avec cette particularité étrangère à Tancien français que ces terminaisons, quand elles sont précédées de muta cum liquida , sont employées comme disyllabiques. 11 y a donc aussi en français moderne des disyllabes et des monosyllabes -ions, -iez à côté les uns des autres ; toutefois ce n'est plus la base latine des terminaisons différentes suivant le mode et le temps qui est décisive dans ce cas, mais la nature des sons qui précèdent : Torgane répugne aujourd'hui à joindre, dans une syllabe, une muette suivie d'une liquide avec une diphthongue ascendante ; par suite :

Là même où vou^ aussi les voyiez autrefois.

(S. Pnidh., II , 226.)

mais

Fleurs de France ^ un peu nos parentes ^ Vous devri\ez pleurer nos morts.

Nous aurons à constater la même répugnance dans ouvri\er à côté de levier^ gri\ef h côté de bien (en ce qui concerne les deux terminaisons verbales, Quicherat, p. 296, 307, donne des explications inexactes pour l'ancien français). Ce n'est qu'au xvii® siècle que le procédé en usage aujourd'hui est devenu la règle ; Malherbe emploie encore "iez dans livriez et voudriez comme monosyllabe (l) ; dans Rotrou :

(1) Y. Œuvres, éd. Lalanne, V, p. 84.

Et VOUS même...

Ne vous œnnaitriez pas soits ce faux vêtement.

{Laure pers., I, 9.) Vous la devriez presser,

(Ibid., IV, 9.)

Vov^ Vavez vu, mes yeux ^ et vous craindriez sans honte Ce que tout sexe brave et que tout âge affronte.

( St'Genest, II , 5.)

Nou^ souffrions plus que lui par l horreur de sa peine.

{Ibid., V, 6.) mais aussi, ibid., II, 6 :

Voudri\eZ'VOUs souffrir que dans cet accident Ce soleil de beauté trouvât son occident?

Quicherat, p. 296, donne quelques exemples de ce procédé monosyllabique tirés des premières pièces de Molière.

2. — Les voyelles qui déjà en latin étaient contigués, mais appartenaient à des syllabes différentes, conservent en français moderne leur hiatus , si ce n'est lorsque la première est tout à fait tombée , ou a pris un caractère consonnantique , ou s'est déplacée par suite d'une attraction, comme c'est l'ordinaire pour les mots populaires. di\amant^ di\alogue^ é1/udi\er^ remédi\er, odi\eux (comparez ces mots savants avec les mots suivants qui ont été gardés sans interruption par la langue : appvYer, ennvrer, jour, a^iÉger){l); provinci\al, consoi\ence, esci\ent, pati\ent^

(1) Dans les formes correspondantes de Tancien français apui-ier, asse-^ier, il ne faut nullement regarder Vi précédant Ye comme représattant Yi des formes latines ; cet i qui ne constitue pas une syllabe forme plutôt avec Ye une diphthongue qui provient sous certaines conditions de Ya accentué latin ; par suite Yi nfi se retrouve pas devant Of a,e : apuierai, apuia, assiegons; on peut en dire autant des formes de Tancien français correspondant aux formes du français moderne chasser, annoncer, priser, etc., dont nous parlerons plus loin.

initi\er^ appréci\er, facti\on^ natilon, sii^ici\on, christi\anisme , besli\auœ (cf. chasser , provençal , soupçon, façon j chanson , mépriser, poison , raison; a. fr. chacier, mesprisier, etc., v. p. 86 note); contagi\on, prodigi\eux, chirurgi\en (cf. essayer, a. fr. essai\ier)\ li\on, fili\al{d. meilleur, filleul, tailler, huileux)-, calomni\er, ingéni\eux, mini\ature (cf. songer, baigner, témoigner^ espagnol, mignature de quatre syllabes dans Molière, Sgan, 145, a. fr. chalengier, engignqs)-, pi\été, europé\en, sapi\ence, (cf. sachant, pitié)-, inqui\et (cf. quitter)-, contrari\er, matéri\el, pluri\el {\), histori\en , curi\eux , glori\eux , intéri\eur, Mari\on, mari\onnette , vari\été (cf. contraire, matière, vérole)-, eoclési\astiqu^ , passi\on, fusi\on (cf. baiser, foison)-, pluvi\eua! (cf. sergent)-, en outre, évanou\ir, persulader, su\ave (de même a. fr. so\ef), du\el ^ somptu\euço, ru\ine, su\icide, poëte (qui cependant a été passagèrement au XVI® et au xvii® siècles prononcé avec un oè diphthongué , sous l'influence , sans doute , de la. prononciation de oi à cette époque; poétique est déjà employé comme trisyllabe par Chr. de Pisan, Chem, de l. est., 42 ; des exemples d'une époque plus moderne se trouvent dans Quicherat , 308, etLittré, art. poëte dans la Remarque) ; mais cf. janvier, février (2), veuvage.

On a même quelquefois donné au w germanique la valeur dune voyelle formant syllabe : Su\ède, Suisse; la prononciation a été flottante pendant un certain laps de temps pour l'un etTautre, mais s'est fixée pour le dernier dans la diphthongue ui; Tinterjection ouais (ail. weh) n'était pas disyllabique à l'origine, comme TaflBrme

(1) Pluri\el aurait pu à la rigueur ne pas être cité; le latin pluraldonnait plurel qui est devenu plurer sous l'influence de singuler (singular-), puis pluvier par suite de la môme conAision de suffixes à laquelle nous devons singulier ; enfin, sous l'influence du terme latin ou par dissimilation , on a eu pluriel dont la dernière syllabe a été scindée sur le modèle de matéri\el , veni\el, etc.

(2) 11 est toutefois aujourd'hui trisyllabe, ier se divisant en i\er à cause de la muette et de la liquide qui précèdent.

Quicherat, 310, mais seulement monosyllabique en ancien français :

Mors muera ta joie en wai.

( Reclus de Mol., Mû., 1080.)

wai vus ki esterez Les leis de félonie,

{St'Thom., 3067.)

on écrivait aussi giuii ; cette prononciation monosyllabique persista longtemps encore et presque exclusivement, même chez Molière :

(htais , ceci doit donc être un important secret,

(Dépit am., II, 1.)

si Ton admet que le donc qui ne se trouve pas dans toutes les éditions est la leçon correcte. Oi^est en ancien français {west) est en général monosyllabique , mais norwest dans Horn, 105, paraît occuper trois syllabes; dans V. Hugo, on le voit de nouveau monosyllabique bien qu'écrit avec une voyelle initiale ;

A came du vent d'ouest tout le long de la plage.

{Q, Vents, li, 62.)

Exceptions. — Elles sont nombreuses aussi pour cette règle , et il faut , en outre , remarquer que beaucoup de mots dont le nombre de syllabes est, dans la poésie sérieuse, tel que le veut la règle, sont dans les comédies, les chansons , etc. (pour ne pas parler des chansons populaires proprement dites) employés avec une syllabe en moins ; véni\el est trisyllabe, mais dans Augier :

De s'eœcuser d'un tort véniel en vérité.

{Philiberte, II, 7.)

A. de Musset emploie de la même façon ma^mJ comme trisyllabe :

Le père ouvre la porte au matériel époux , Mais toujours Vidéal entre par la fenêtre.

— pi\auler est trisyllabe; cependant on lit chez Coppée :

Par V étroit pont de pierre, où la volaille piaule.

( Olivier, 8.)

nous avons vu , p. 80, un emploi semblable de piailler.

— viol devrait être disyllabe , mais A. de Musset dit :

Sur des murs chauds encor du viol de son enfant.

{Pr.Poés.,3^2.)

et S. Prudhomme suit son exemple :

Tou^ les coups du malheur et tous les viols des lois.

(in, 117.)

Dont rame inaccessible a/a viol des capitaines.

— du\el a la valeur d'un disyllabe ; néanmoins Augier dit :

Un duel? Tu nHraspas; réfléchissons un peu.

{La Jeunesse,!! , 7.)

et Coppée :

Et qu' on prît pour un duel un simple assassinat.

( Grève des Forg.)

et c'est ainsi que V. Hugo , suivant Weber, emploie toujours ce mot.

— su\icide est de quatre syllabes , mais Béranger dit :

Suicide affreux; triste objet de stupeur.

{Le Suicide.)

et A. de Musset :

Mon enfant , un suicide/ ah^ songez à votre âme.

(Pr. Poés.» ne.)

Au XVI® siècle , pareille chose n'est pas rare , même dans la poésie sérieuse :

je ne croy mie

Que sois menteur, car ta phizionomie

Ne le dit point,

( Marot, l'Enfer,)

Ait de Nostradamus /'enthousiasme excité.

(.Ronsard , VII , 45.)

Pour quelques mots, ce procédé est devenu tout à fait la règle, ainsi pour diable (diantre le correspondant), qui est presque toujours trisyllabe en ancien français et dont la prononciation commence à être flottante au xiv® siècle :

Ne pout en lui di\ables de nule part entrer.

{St-Thom.,1bfi\.)

Diables, dont vienentore ichès bontés?

{Aiol, 1222.)

Et dist : diables les engigna,

(Watriq., 389, 272.)

Vame de lui au dêàble soit.

(J. Bruy., Ménag., II, 5 b.)

donc plus tôt que ne le constate Quicherat.

— fiacre , proprement le nom d'un saint, d'après lequel on a appelé hôtel St-Fiacre un grand édifice où les premières voiture» de louage de Paris étaient remisées ; le nom du saint est presque toujours trisyllabe en ancien français , V. par exemple le Vrai Aniel, note au vers 334; maintenant

Et n* allait plv^ qu'en fiacre au boulevard de Gand,

(A. de Musset, Pr. Poés,, 113.)

— diacre n'est connu en ancien français que comme tri* syllabe :

Pruveires et di\apres plusurs $n i outpris.

(St'Thom., un.)

Ce n*est qu'au xv* siècle qu'on rencontre des passages où il est disyllabe ; maintenant

Comme un diacre à Noël , à côté du curé.

(A. de Musset , Pr. Poés., 124.)

— miasme est employé par V. Hugo tantôt comme trisyllabe, tantôt comme disyllabe; pour le dernier emploi, voir Weber, 525.

— bréviaire j pour compléter Quicherat, p. 286, n'est jamais employé en ancien français autrement qu'avec quatre syllabes :

Qui n'a brevi\aire$ ne livres,

(G. Coincy, 509,144.)

La mort en son viez brevi\aire Toz nos fera chanter vegiles,

{ Barb. et Méon , II , 438 , 294.)

On trouve ce mot employé parfois encore ainsi dans la poésie moderne, V. Weber, 526.

— Si familier est maintenant trisyllabe , c'est qu'il y a eu confusion de terminaisons : familiarem devait donner, d'après la dérivation populaire, *famillier ou * fameillier, fr. moi.* familier, et, d'après la dérivation savante, avec conservation de 1'/, famili-ier, fr. moi.* famili\er\ mais la forme usitée aujourd'hui familier nous reporte à un *famil-arius qui n'existe pas ; la forme plus correcte famili-ier se trouve dans RoUy III, 4770, Mousket, 24765, et alias. — plusieurs n'a reçu un i après s qu'à une époque relativement moderne, tandis que l'ancien français ne possède que les formes plusor ou pluisor où Vi provient d'une attraction; ce mot n'a jamais eu pour cela une syllabe de plus.

— académicien :

Ci-gît Piron , qui ne fut rien , Pas m^ême aoadémici\en.

mais

Nu comme le discours d^un académicien.

(A. de Musset,?. Poés., 311.)

— ancien , bohémien :

des gens à qui l'on tienne

Et dont on ne soit pas traitée en bohémienne,

(Augier, l'Aventurière , II, 1.)

plus correctement :

Que me dist, jeune enfant , une bohémi\enne,

( Régnier, sat, VIII.)

— chrétien , comédien :

Des tartufes de mœurs y comédiens insolents.

(A. de Musset., Pr. Poés,, 209.)

Ne savais-tu donc pas , comédienne imprudente.

{Poés.N., 9i.)

— gardien :

Ont chassé le travail , gardien de la pudeur.

(Ponsard, Lucr., III, 2.)

plus correctement :

Qus du berger laveue gardi\enne.

(Jodelle, Cléop., II.)

— paroissien :

En fait de livre ici je n'ai qu'un paroissien.

{ V. Hugo , Q. Vents, Lison, se. 1.)

— quotidien :

Mais après un bon mois de neveu quotidien.

(Augier, Philiberte , I, 4.)

mais

Le pain qiLOtidi\en de la pédanterie.

(Régnier, sat. X.)

et

Pour gagner notre pain, tâche quotidi\enne.

(F. Ctoppée , Olivier, 5.)

Tous ces mots ont dans l'ancienne langue une syllabe de plus qu'aujourd'hui et la terminaison i^ien , même quand on écrit simplement ien. Ancien ne se trouve que bien rarement disyllabe en ancien français , si toutefois on le trouve, en voici un exemple :

Des rois anciens et des tempoires.

(G. de Monmouth, 3712.)

et est employé comme trisyllabe encore par Corneille :

J'ai scu tout ce détail d^v/n ancilen valet

(Menteur, ni , 4.)

Voltaire fait à propos de ce vers la remarque suivante : Autrefois un auteur selon sa volonté faisait hier d'tme syllabe et ancien de trois; aujourd'hui cette méthode est changée; ancien de trois syllabes rend le vers plu^ languissant, ANCIEN de deux syllabes devient dur. On est réduit à éviter ce mot , quand on veut faire des vers où rien ne rebute V oreille {l). De même encore dans Corneille :

Prince , je vous ay veu tantost comme ennemy

Et vou^ voy maintenant comme anci\en amy.

(Sophon. IV, 2.)

et dans La Fontaine :

Nous devons V apologue à Va/nci\enne Grèce.

(1) Voltaire, Œuvres, IX, 472.

LHe de ce mot avait dans Tintervalle reçu la valeur d'une diphthongue; Quicherat, 303, en donne des exemples qui remontent au xv® siècle , et actuellement c'est , on peut le dire , la seule valeur qu'on lui attribue. De même , crestien est en général trisyllabe en ancien français ; cependant on le trouve çà et là employé comme disyllabe ; ce n'est donc pas Jean le Maire, mort en 1564, qui l'a employé le premier comme disyllabe , ainsi que le prétend Quicherat, p. 301 ; toutefois, Hippeau a pu avoir raison de changer dans la Vie de Saint- Thomas, p. 163, fol. 80 a, V. 14 (éd. Bekker), le deuxième hémistiche d'un alexandrin entre crestiene gent en en cresti\ene gent^ parce que le poète semble avoir employé partout ce mot comme trisyllabe; de même, Compeignie de boens crestiens dans Rustebuef, I, ^75, pourrait facilement être changé en Compaigne de boens cresti\ens; mais aussi on trouve dans Mousket :

De gent crestiene pour capler.

et dansB. Seb. :

S^en irons en Surie a le crestiene gent.

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