XII
Ces veris ne sont pas à corriger, parce que crestienee est lui-même de quatre syllabes, XII, 255. Des cas nombreux de synérèse se trouvent incontestablement déjà dans Gir. Ross., par exemple dans l'alexandrin :
Soient mis crestiennement en noble sépulture,
Le procédé est analogue pour les autres mots déjà cités , V. Quicherat, 305.
— circuit (a. fr, circu\ite f. employé parfois avec quatre syllabes par G. Guiart : A la circu\ite desqueles, II Î0676)
était encore trisyllabe chez Marot, mais est aujourd'hui disyllabe. Sont traités de même jésuite, pituite et fortuit :
ConfessetÂ/rs, massacreurs^ tueurs, bourreaux , jésuites,
(V.Hugo, Q. Vents, l. 16.)
Que de ce ca^ fortuit dépende notre gloire,
(Mol., Ec, des F,, IV, 8.)
Ou n'est-ce qu^im hasard, la fortuite harmonie.
(S.Prudh., 111,249.)
Des exceptions d'un autre genre sont, en ancien français , aussi bien qu'en français moderne , produites par des mots où , de deux voyelles contiguôs en latin , la première devient la principale et attire à elle la deuxième comme élément secondaire , de sorte qu'il en résulte en ancien français une diphthongue descendante qui devient en français moderùe une diphthongue ascendante ou une Simple voyelle : a. fr. cui (d'où qui par confusion), par suite aussi lui, autrui, etc.; fui, f. mod. fu^; -uisse, fr. mod. 'Usse; dieu; hébreu; a. fr. piu, Ueupart (aussi liepart, lepart , lupart) ; quaût aux diérèses de l'ancien français que l'on trouve dans des noms propres comme Europe, Nëustrie, etc., nous en avons déjà parlé p. 56.
3. — Les groupes de voyelles résultant de la décomposition d'une voyelle simple ou de l'attraction d'une voyelle atone dans la syllabe précédente appartiennent à la même syllabe. C'est le cas surtout pour le groupe ie quand il provient de ê; comme dans Wen, fier, pied, sied, rien, aussi dans mien (et, par analogie de ce mot, tien, sien), qui ne doit pas être dérivé de meanus, comme le croit Diez (1) parce qu'alors il devrait être disyllabe; assiette, qui cependant se trouve parfois avec quatre syllabes :
De te voir à ce point hors de ton a^sï\ette.
(Augier, la Jeunesse, II, 7.) (1) Gp. 3- éd., trad. G. Paris, 11, p. 98.
— miel dont le dérivé emmieller se trouve, chose étrange, quelquefois avec quatre syllabes :
Que la mouche du Grec leurs lèvres emmi\elle,
(Régnier, sat. IX.)
Em/mi\ella les grâces immortelles.
(Ronsard, Poés, chois, ^ p. 2.)
Pour mieux brouter la feuille emmi\ellée.
{Ibid,, p. 7.)
mais à côté :
Un parler emmiellé de sa lèvre coulait.
[Ibid,, 328.)
et dans Régnier :
mu^e, je (invoque^ emmielle moy le bec.
(Sat. X.)
et aujourd'hui :
Que ta m,ain douce emmielle et dore.
(8. Prudh., m, 44.)
— lierre qui a maintenant repris correctement sa diphthongue :
Quelques lierres^ cloués a/ux murs^ y végétaient.
( Manuel , P. pop., 156.)
diphthongue qui existait dans l'ancien français iere, d'où il provient par adjonction de Tarticle ; les poètes duxvi* siècle, au contraire, séparaient Vi et Ve :
De moy puisse la terre Engendrer un li\erre.
(Ronsard dans Darm. et Hatzf., p. 222.)
Son laurier est séché y son li\erre est destruit.
(Ronsard, Poés. ch., 311.)
Je plante mon li\erre au pied de tes lauriers,
vers de Régnier qui termine sa première satire , adressée au roi Henri IV ;
— piéton disyllabe toujours en ancien français et généralement en français moderne , mais trisyllabe dans :
Les marronniers
Embaumaient , énervants , et sur les pi\ét07is Jetaient leurs fleurs.
(Fr. Coppée, Olivier, 2.)
— de même i^ provenant de œ : ciel, acquiers ; — ie provenant d'un a accentué dans une syllabe ouverte dans certaines conditions , aujourd'hui encore dans amitié , inimitié, moitié, pitié, chien, en ancien français dans des formes de niots d'un nombre beaucoup plus considérable pour la plupart desquels ie est actuellement remplacé par e : prisier, anoncier, chier, etc.; — en outre, ie provenant de a +i, surtout dans le suffixe - ier{arium) : pommier, premier, portier, chevalier, meunier, etc. (1), fort souvent aussi par échange de terminaisons, singulier, pluriel (2), soulier, pilier, etc. Les mots à citer ici appartiennent en majorité à l'ancien français, ïi après ch, g, étant tombé à une époque postérieure : vach[i)er, berg[i)er; — ie provenant de e-^- i : matière, tiers, nièce (Quicherat, 300, cite un exemple de diérèse tiré de Marot), - ième des nombres ordinaux , dont il n'y a que très peu de cas de diérèse :
Etja voici le treizi\ème esté
Que mon cœur fut par Amour arresté.
(L. Labé, élégie IIK)
(1) U y a dans Goppée un exemple de la diérèse du suffixe pour hospitalier où antérieurement les poètes ne ie connaissaient que comme monosyllabe :
Sur la ville pourtant bien hospitaH\èi*e.
{Olivier, 1.)
(2) Voyez p. 87, note.
TOBLRR, Versification. 7
— oi provenant de ï, ë (et aussi d'un ancien ei de même origine) : poire^ soir, boivent, moi, toile {[)] il faut citer aussi poêle m..; ce mot a conservé une orthographe qui correspond à Tancienne prononciation de ïoi (de pensilé);
— oi provenant de o + ^ ^^ + if "^ + i ' gloire, joie, coiffe, boite, etc. Au xvi® siècle , les noms en - oir[e) se trouvent souvent écrits avec ou,ë, sans que pour cela cette terminaison soit autre chose qu'un monosyllabe :
Que maudit soit le miroer qui voies mire Et voiis fait estre ainsi fiere en beauté,
(Ronsard, Po^5. c/i., 14.)
(d'autres exemples dans Quicherat, 312). 11 en est tout autrement pour les mêmes mots ou les mots de formation analogue, quand en ancien français ils sont écrits avec oue, oe; ils ont alors une syllabe de plus et on doit regarder le groupe ouë comme le résultat de la métathèse de eoi , analogue à celle de moelle pour meole (2), dolôere : clere, G. Guiart, I, 3620; ovrôer : jôer, N.-D. de Chartr. 55, etc. (3). — ue provenant de o et eu provenant de ô ne sont diphthongues qu'en ancien français ; le français moderne les a remplacés par des sons simples (par une autre diphthongue dans foerre ou foarre pour fuerre de Fancien français ; le français moderne a aussi feurre) ; — ni provenant de + i ou t6+ ï ; huile , hui, huis, appui; je fuis, puits, juin, etc.
Exceptions. — Le groupe de muta cum liquida précédant ie produit une diérèse comme nous l'avons déjà remarqué à propos des terminaisons verbales iez (et ions)-, ainsi
(1) Il n était jamais que disyllabe, car l'a. fr. trisyllabe toële, cité par Quicherat, 3t0, est un tout autre mot : c'est le français moderne touaille.
(2) V. Ztschr, f. vgl Sprachf, N. F., III, 417.
(3) Bijvanck, Essai critique sur les œuvres de Villon, p. 37, cite des exemples du xv* siècle où la terminaison-ouer dans mirouer et autres mots semblables est employée comme disyllabe.
potier^ mais meurtri\er; pied^ mais gri\ef {\)\ troisième, quatrième; celte exception s'étend aussi à quelques mots où ter provient d'une mutation de suffixes , comme baudri\ei\ étri\er. Cette diérèse amenée par des groupes de consonnes qui précèdent est tout à fait inconnue en ancien français et ne l'est pas moins au xvi® siècle. Ce n'est qu'au XVII® siècle qu'elle prend place, amenée, semble-t-il, par les exemples de Jodelle et de Régnier, surtout de Corneille. Rejetée d'abord par l'Académie , elle triomphe avec Boileau et Racine (2). Si aujourd'hui on mesure comme dans ces vers :
Lesangli\er lancé comme un rocher qui roule.
(S. Prudh,, Ec. d'Augias.)
// Iravaillait sans plainte, ouvri\er solitaire.
(fbid.)
faime. Philée ainsi parla le quatri\ème,
(Ibid.)
Sous les verts marronniers et les peupliers blancs.
(A. de Musset, Poés. N., 62.)
on trouve encore dans La Fontaine, F., II, 19, et VIII, 27, sanglier] Rotrou dit :
Son ordre est un bouclier à la main qui le sert, Et ce même bouclier tient ma tête à couvert.
{Latire pers., I. l.)
(l; L'usurpateur jaloux fit taire sesgri\efs.
(Ponsard, Lucrèce ; 11, 1.)
(2) V. Quicherat, 291; Œuvres de Corneille, éd. Marty-Laveaux , t. XI, p. 94; Littré, art. R. S'il est vrai que ce procédé ait été déjà employé par Jodelle, il est certainement plus rare que le traitement de i6 comme diphthongue après dr, gr, etc.; meur\drier disyllabe, ^dncien Théâtre français, IV, 02, 122, 152, ^rie/* monosyllabe , 138, vou\driez disyllabe, 120.
fen parerai les coups du bouclier de la foi,
(St-'Gen.,lU,2.)
f ai reçu deux meurtriers pour témoins d^un parjure,
(Lattre, IV, 1.)
La diérèse s'est produite encore pour d'autres diphthongues en ancien français après mw^a ct^m liquida; elle a lieu dans groin et dans truie , comme Ta remarqué Weber, 526 ; troëne (dont l'étymologie est encore inconnue) ne se trouve en ancien français qu'à Tétat de disyllabe; la poésie moderne ne semble le connaître que comme trisyllabe :
Quand Virgile suspend la chèvre au blanc tro\ëne.