V. Normand et Raynaud, p. XV, sq., Fœrster, p. XXXIII
tous les poètes modernes, a introduit çà et là dans ses comédies, au milieu de vers de dix syllabes à parties inégales de Tespèce la seule usitée aujourd'hui (4-+-6), des vers ayant leurs parties dans l'ordre inverse (6-|-4) (1). Si le décasyllabe reçoit sa césure après la cinquième accentuée, il prend, étant ainsi divisé en deux parties égales, un tout autre caractère. Ce vers est déjà en usage dans Fancienne poésie qui s est permis quelquefois d'y introduire aussi , comme dans le vers divisé en deux pai*ties inégales (4H-6 ou 6+4), une césure féminine, mais alors après la cinquième syllabe accentuée ; procédé qui ne se rencontre que rarement dans les pièces lyriques proprement dites. Des exemples de l'emploi de ce vers sont la romance d'un caractère tout à fait populaire
Quant ce vient en mai^ \ ke rose est partie.
(Rom.und Past.J, 33.)
(1) V. Qiiicherat, 181. Par exemple :
Exceptez-nous du moins | de la sentence,
{LaPrudeX 1.)
Un tel mérite est rare, 1 il me surprend.
(Ibid., 1, 1.) ou plus clairement :
Nous en sommss fort près, \ et notre gloire
N'a pas le sou.
(Ihid., I, 3.)
// n'est pas mal fait. — Ati. — | C'est un jeune homme.
(Ibid., II, 1.)
// est si sérieux. — | Si plein d'aigreur.
{Ibid.,l\, 1.)
n dit que je suis belle.— \ Il n'a pas tort.
{Ibid.,n. 7.)
Il ne repose point, 1 car je l'entends.
(Ibid., III , 4.)
Vous en êtes capable. — ] Assurément.
{Nanina, 1,1.)
De trois cents louis d'or ; \ n'y manquez pas.
(Ibid., 1,9.)
Crève tous les chevaux. | Vous voilà pris.
(Ibid., Il, l.)
la chanson :
En tous tens se doit | fins cioers esjôir.
(Ms. de Berae, CL VIII.)
OÙ trois vers construits comme ce premier sont suivis d'un vers féminin de cinq syllabes et d'un refrain composé de deux vers masculins de cinq syllabes et d'un vers féminin de cinq syllabes; la chanson
Lonc tens ai esté \ en ire sans joie
ilbid., CGC.)
où, les mots placés devant la césure rimant ensemible, on serait porté à accepter des vers de cinq syllabes pour une partie des strophes (1).
Reprise au xvii® siècle après une longue interruption , cette espèce de vers a été rejetée trop absoliunent, comme étant monotone, par Voltaire, dans l'article Hémistiche de son Dictionnaire philosophique. Des poètes modernes l'ont employée avec succès, entremêlée à d'autres vers, surtout à des vers de cinq syllabes : Déranger, dans les Révérends Pères :
Et que vos enfants \ suivent nos leçons;
C'est nous qui fessons
Et qui refessons Les jolis petits^ \ les jolis garçons.
î' -Il i' Jm J ,1) !M I I I
tel est le rhythme pour les vers décasyllabiques dans la
(l) Rochat, p. 84, et Quicherat, p. 178 note, donnent d'autres exemples de l'ancienne poésie. Un autre nous est fourni par la pièce comique, le Savetier Baillet (avec un grand nombre de césures féminines), imprimé dans la Romania, Ul 103, et dans le Recueil de fabliaux de Montaiglon, II, 24.
musique de cette chanson ; dans la Messe du Saint- Esprit, dans le Tov/rne-broche ; Brizeux, dans
Ecrase à tes pieds \ la mélancolie^ Cette fleur du nord \ et d'un ciel souffrant , Dont le froid calice \ inondé de pluie, S* exhale en poison, \ et trouble Ophélie Le long du torrent.
De même, A. de Musset, SuUy-Prudhomme etF. Coppée(l).
Pour le dodécasyllabe, il n'y a guère eu d'autre césure en usage que celle du milieu (2). Rochat, p. 75, suppose, il est vrai , que l'on a formé des dodécasyllabes avec deux parties de huit et de quatre syllabes ; mais cela ne ressort pas du tout des exemples qu'il a cités. Dans la pièce n** 391
(1) La plupart des espèces de ces décasyllabes ont leurs correspondants dans des vers latins accentués. Césure après la quatrième masculine : Pois icel tens \ que deus nos vint satver = natio \ nefandi generisWCur gratiae donis abuteris, v. W. Meyer, 158; épique : Bons fu li siècles \ al tens ancïenor = Beata eris \ ex mulieribus (transformation du vers alcaïque Vides ut alta stet nive candidum), ibid., 99 ; lyrique : Et a Lengres \ seroie malbaillis = Sed quid loquor, \ qui loqui nescio, ibid.y 158; sans césure, avec terminaison du vers féminine : Qu'encorne die je ma desirance = Terra marique victor honorande (transformation du vers saphique Jam satis terris nivis atque dirae), ibid,, 92 ; avec terminaison de vers masculine : Selonc manière de loial ami= viri fortes, vobis dabimus, ibid., 158. Césure au milieu : En tous tens se doit \ fins cuers esjôir = Portae claviger, \ aulae coelicae, ibid,, 153 ; avec terminaison de vers féminine : Quant ce vient en mai \ que rose est panie = Depollicito \ mea mens elata 11 In proposito \ vivit animata, ibid., 154. Quant à la prothèse de la partie de six syllabes, elle semble n'avoir rien qui lui corresponde en latin ; il n'y a que le vers de terminaison féminine qui soit à rapprocher du vers phalaecien transformé en vers accentué , ibid., 99 : Je vous commant a dieu, \ le fil Marie = Inteir innumeros \ quos misit sanctos,
(2) Le vers latin accentué qui lui correspond est celui qui provient de l'asclépiade {Mxcenas, atavis édite regibus) :
Sit Deo gloria \ et benedictio, Johanni pariter, \ Petro, Laurentio.