‹ Le vers français et les prosodies modernesChapitre 19 sur 63 · Mironton, miron^ow-, m'irontaine · texte numérisé non relu

Mironton, miron^ow-, m'irontaine

Le dodécasyllabe qu'on a baptisé du même nom 8e compose de trois membres de deux pieds chacun et forme, par conséquent, non une tripodie, mais une hexapodie.

Emile Augier emprunte à ['Intrigue épistolaire de Fabre d'Eglantine ce vers de trois fois quatre syllabes :

Elle est charmante — elle est charmante — elle est charmante.

m LE VERS FRANÇAIS 139

Victor Hugo ayant écrit, ea joignant Texemple au précepte :

J'ai disloqué — ce grand niais — d'alexandrin,

M. Ténint attribue l'invention de cette coupe à Pécole romantique, avec aussi peu de raison qu'il attribue l'enjambement à André Chénier. « Ce vers admirable, dit-il, est d'un emploi tout nouveau (^). Nous trouvons un de ces vers dans Molière ;

Et près de vous — ce sont des sots -- que tous les hommes.

Par le fait, c'est la nouvelle école qui a inventé ce vers en connaissance de cause, et Victor Hugo est celui à qui revient, nous le croyons, l'honneur de la découverte. Sa belle poésie : Un hal à Vhôtel de ville finit ainsi :

Les fleurs au front — la boue aux pieds — la haine au cœur.

On lui doit encore:

Cet homme fait — le bon mauvais — le mauvais pire. Mon dernier-né — je l'ai perdu — dernier trésor ! E-ien n'a vaincu — rien n'a dompté — rien n'a ployé Ce vieux Titan.... (-) *

(1) On lit déjà dans le roman de Renaud de Montauhan d'Huon de Villeneuve (Xllle siècle) :

Peliçon vair — ne gris mantel — chape forée.

Parmi les Poésies choisies de Baïf publiées par M. Becq de Fouquières, se trouve une ode de Passerai " rithmée à la française et mesurée à la grecque et latine " où le vers trimètre (3 fois 4) se combine avec un vers de seize syllabes (4 fois 4) : Ce petit Dieu — cholère archer — léger oiseau A la parfin — ne me lerra — que le tombeau Si du grand feu — que je nourri — ne s'amortit — la vive ardeur.

Un esté froid — un hyver chault — me gelle et fond, Mine mes nerfs — glace mon sang — ride mon front, Je me meurs vif — ne mourant point — je seiche au temps — de ma verdeur. Etc.

D'après la remarque de M. Becq de Fouquières, « cette ode est remarquable en ce que Baïf (Passerat) tout en mesurant ses vers à l'antique, a cependant tenu compte de la position de l'accent, ce qui lui donne une harmonie que beaucoup de vers réguliers n'ont pas «.

(-) Et aussi :

Mais savez-vous — qu'elle est charmante — en Espagnole ? Mais après tout — mon droit de grâce — est imperdable. La nuit qui jase — au fond du cloî — tre ruiné. Un ennemi — qu'on porte en ter — re n'est pas lourd. Elle est la prose — elle est le vers — elle est le drame. Il vit un œil — tout grand ouvert — dans les ténèbres. Etc. etc.

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