‹ Le vers français et les prosodies modernesChapitre 48 sur 63 · G LE VERS FRANÇAIS · texte numérisé non relu

G LE VERS FRANÇAIS

restrictives des traités de versification. Il arrive aussi qu^il n^y ait aucune concordance harmonique entre le premier et le second vers. Comme nous Pavons dit au sujet des dodécassyllabes qui ne sont ni des alexandrins ni des trimètres, la période rythmique embrasse alors tout un distique ou un tercet, et l'accentuation n'est appréciable que par sa répétition :

2. 5. 7. 10. Les nids sont remplis de strophes charmantes ; 2. 4. 7. Le chêne rit aux buissons —

Et mai, l'enchanteur, aux feuilles dormantes Demande : « Où sont vos chansons ? » (^)

2. 5. 8. 10. Là-bas on entend dans la verte forêt 2, 5. 7. Chanter la fauvette blonde —

On voit le chevreuil s'élancer comme un trait Et suivre le cours de l'onde.

3. 6. 9. 12. J'ai semé dans le val, j'ai semé dans la plaine 2. 5. 7. Mes douces chansons d'amour. —

Tous les cœurs en sont pleins, toute branche en est pleine, La nuit les répète au jour.

3. 5. 8. 11. La première neige a blanchi les rameaux 2. 4. 6. 8. Hier si verts, si verts encore —

Et la brume accroche aux vieux troncs des ormeaux Son grand linceul depuis l'aurore.

« En général^ dit encore M. Quicherat, deux mètres dont l'un a une syllabe de plus ou de moins que l'autre, ne peuvent être placés à la suite. Le plus court semble boiter désagréablement... Racine a entremêlé d'une manière peu harmonieuse des vers de sept syllabes avec des vers de huit :

Où sont les traits que tu lances, Grand Dieu, dans ton juste courroux ?

N'es-tu plus le Dieu jaloux, N'es-tu plus le Dieu des vengeances ? «

(l) M. de Gramont dit en parlant des vers libres: " La Fontaine, qui est le modèle par excellence pour cette sorte de vers, ne s'y est guère servi que de vers de douze, de huit et de six syllabes. Quand il emploie le vers de sept, c'est presque toujours sans mélange d'autres, en pièces entières ou par tirades «.

D'après M. Quicherat, « la cadence du vers de sept brise celle du vers de huit et n'est pas analogue à l'harmonie du vers de douze ; les vers de sept ont une marche sautillante qui leur est propre, et ils veulent être isolés n .

La faute de Raciae n'est pas saus circonstances atténuantes; car s'il y a une différence entre le nombre des syllabes, il n'y en a point entre le nombre des accents. L'accord s'établit sans peine entre :

7 syllabes

8 syllabes

7 syllabes

8 syllabes

Moreau, chargé de mettre en musique les chœurs à'Athalie, ne pouvait éprouver aucun embarras à se tirer d'affaire par une simple décomposition de la valeur de ses notes.

Ces quatre vers, passables comme destinés au chant, le sont moins dans la déclamation; mais ce n'est pas, comme le suppose M. Quicherat, à cause de l'inégalité du nombre de leurs syllabes, c'est à cause de la distribution vicieuse de leurs accents, qui empêche la division du quatrain en deux périodes égales. La même succession de vers de 8 et de vers de 7 syllabes devient parfaitement harmonieuse dans :

1. 4. 6. 8. Blancs liserons des vertes branches 1. 3. 5. 7. Mousse en fleurs des frais gazons, — Frêles bouquets de^roses franches, Hier encor quels doux frissons !

Voici d'autres exemples qui contredisent l'assertion de M. Quicherat et de tous les prosodistes :

2. 4, 6. 8. Couvert des blanches fleurs des eaux, 2. 4. 6. 9. Le lac sommeille et fait son beau rêve. — Silence, ô vous, petits oiseaux.

Silence, ô vous, roseaux de la grève!...

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