‹ Le vers français, ses moyens d'expression, son armonieChapitre 16 sur 135 · PETITS VERS A RELIEF · texte numérisé non relu

PETITS VERS A RELIEF

Ouvre le firmament, Et que ce quMci-bas nous prenons pour le terme Est le commencement.

Quand on a vu, seize ans, de cet autre soi-même Croître la grâce aimable et la douce raison, Lorsqu'on a reconnu que cet enfant qu'on aime Fait le jour dans notre âme et dans notre maison ; Que c'est la seule joie ici-bas qui persiste

De tout ce qu'on rêva, Considérez que c'est une chose bien triste

De le voir qui s'en va !

(Hugo, Contemplations, A Vilîequier).

Je ne suis qu'au printemps, je veux voir la moisson, Et comme le soleil, de saison en saison,

Je veux achever mon année.

Brillante sur ma tige et l'honneur du jardin, Je n'ai vu luire encor que les feux du matin.

Je veux achever ma journée

(A. Chénikr, La jeune captive).

Comme ils parlaient, la nue éclatante et profonde S'entrouvrit, et l'on vit se dresser sur le monde

L'homme prédestiné, Et les peuples béants ne purent que se taire, Car ses deux bras levés présentaient à la terre

Un enfant nouveau-né

(Hugo, Napoléon II).

Encor si ce banni n'eût rien aimé sur terre !

Mais les coeurs de lion sont les vrais cœurs de père.

Il aimait son fils, ce vainqueur !

Deux choses lui restaient dans sa cage inféconde, Le portrait d'un enfant et la carte du monde,

Tout son génie et tout son cœur !

(Id,, ihid.).

Vous armez contre Troie une puissance vaine, Si dans un sacrifice auguste et solennel

Une fille du sang d'Hélène De Diane en ces lieux n'ensanglante Tautel. Pour obtenir les vents que le ciel vous dénie,

Sacrifiez Iphigénie 6 ^ >' '^

(Racine, Iphigénie).

Les deux petits vers contiennent tout ce qui est important dans cet oracle ; ils sont d'autant plus remarquables ici qu'il n'i en a pas d'autres dans la pièce.

Enfin voici des changements de mètre apparaissant de façon absolument irrégulière et avec des valeurs diverses :

Du rapport d'un troupeau, dont il vivoit sans soins, Se contenta longtemps un voisin d'Amphitrite.

Si sa fortune étoit petite,

Elle étoit sûre tout au moins.

A la fin les trésors déchargés sur la plage Le tentèrent si bien qu'il vendit son troupeau. Trafiqua de l'argent, le mit entier sur l'eau.

Cet argent périt par naufrage.

Son maître fut réduit à garder les brebis, Non plus berger en chef comme il l'étoit jadis. Quand ses propres moutons paissoient sur le rivage. Celui qui s'étoit vu Coridon ou Tircis,

Fut Pierrot et rien davantage.

Au bout de quelque temps il fit quelques profits,

Racheta des bêtes à laine; Et comme un jour les vents, retenant leur haleine, Laissoient paisiblement aborder les vaisseaux : Vous voulez de l'argent, ô mesdames les Eaux ! Dit-il ; adressez-vous, je vous prie, à quelqu'autre :

Ma foi ! vous n'aurez pas le nôtre

(La Fontaine, IV, 2).

Les petits vers énoncent tous une idée caractéristique et chacun conclut le développement auquel il appartient : les deux premiers sont une sorte de moralité de la fable qui annonce ce qui va suivre ; le troisième est une conclusion

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