‹ Le vers français, ses moyens d'expression, son armonieChapitre 17 sur 135 · PETITS VERS A RELIEF · texte numérisé non relu

PETITS VERS A RELIEF

annoncée par le second ; le quatrième donne une autre forme de la même conclusion ; le cinquième est fort important à cause de l'inquiétude qu'il suscite dans notre esprit : le berger va-t-il recommencer le même cercle ; le dernier nous rassure et nous montre que la leçon lui a profité.

Elle qui n'étoit pas grosse en tout comme un œuf, Envieuse, s'étend, et s'enfle, et se travaille Pour égaler l'animal en grosseur

(La Fontaine, I, 3).

Après les deux grands vers qui décrivent la grenouille et ses efforts, le vers de 10 vient mettre en évidence le but inattendu et insensé qu'elle se propose.

Deux mulets cheminoient, l'un d'avoine chargé, L'autre portant l'argent de la gabelle

C'est l'introduction des personnages en deux vers ; le vers de 10 met dès ce moment la charge du second en relief et par là attire l'attention sur cette charge et annonce toute la fable.

Prit pour lui la première en qualité de sire : Elle doit être à moi, dit-il ; et la raison, C'est que je m'appelle lion

(lD.,I,6).

La raison saugrenue exprimée par le petit vers, montre le caractère despotique du lion et prépare ce qui va suivre.

Le vieillard eut raison : l'un des trois jouvenceaux

Se noya dès le port, allant à l'Amérique ;

L'autre, afin de monter aux grandes dignités,

Dans les emplois de Mars servant la république,

Par un coup imprévu vit ses jours emportés ;

Le troisième tomba d'un arbre

Que lui-même il voulut enter

Pourquoi la mort du troisième n'est-elle pas exposée dans le même mètre que celle des deux premiers? parce qu'il est

mort en tombant d'un arbre et que ce fait est frappant puisqu'il rappelle le commencement de la fable et la conversation avec le vieillard.

Un avorton de mouche en cent lieux le harcèle ; Tantôt pique Téchine, et tantôt le museau, Tantôt entre au fond du naseau

Le petit vers énonce l'acte le plus terrible du moucheron.

Guillot, le vrai Guillot, étendu surl'herbette, Dormoit profondément

(iD., m, 3),

chose capitale, puisque c'est là ce qui a permis au loup de faire tous ses préparatifs.

La plupart des brebis dormoient pareillement. L'hypocrite les laissa faire

(1d., ihid.).

Le petit vers contient l'idée inattendue et importante. Inattendue parce que le loup installé au milieu des brebis dormant n'avait qu'à les prendre, importante parce qu'elle prépare la suite.

Tout beau, charmante Nuit, daignez vous arrêter. Il est certain secours que de vous on désire ;

Et j'ai deux mots à vous dire

De la part de Jupiter

(Molière, Amphitryon).

C'est le début de la pièce; les deuxpetits vers touchent déjà au sujet.

Perrette, sur sa tête ayant un pot au lait

Bien posé sur un coussinet, Prétendoit arriver sans encombre à la ville

(La Fontaine, Vil, 10).

Le petit vers montre quel soin on avait pris du lait, et

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