PETIT VERS INTRODUISANT LA SUITE
Les petits vers développent et reprennent sous une autre forme l'idée énoncée dans le grand.
Ainsi dit, ainsi fait. Les mains cessent de prendre. Les bras d'agir, les jambes de marcher
(Id., III, 2).
Le développement commencé dans un grand vers s'achève dans un petit.
Vous campez-vous jamais sur la tête d'un roi, D'un empereur ou d'une belle ?
(Id., IV, 3).
Un changement de mètre produisant un contraste est évidemment propre à traduire un contraste qui existe dans les idées exprimées :
La jeunesse se flatte et croit tout obtenir : La vieillesse est impitoyable
(Id., XII, 5).
Chose étrange! on apprend la tempérance aux chiens. Et l'on ne peut l'apprendre aux hommes !
...A ses côtés sa femme Lui crioit : Attends-moi, je te suis ; et mon âme, Aussi bien que la tienne, est prête à s'envoler. Le mari fait seul le vojage
(iD., VI,2I).
Nous faisons cas du beau, nous méprisons l'utile ;
Et le beau souvent nous détruit.
Ce cerf blâme ses pieds qui le rendent agile ;
Il estime un bois qui lui nuit
(Id.,VI,9).
Nous avons déjà vu un petit vers employé après un grand pour exprimer une idée sur laquelle on passe vite, sur laquelle on ne veut pas insister. C'est grâce à sa rapidité [plus grande
qu'il est susceptible de produire un effet de ce genre ; il en est incapable s'il a la même vitesse que le grand vers qui le précède. Mais il peut se faire même dans ce cas que l'idée qu'il contient n'ait aucune importance et que celle qui demande à être en lumière soit dans le vers suivant. Ceci ne constitue de nouveau aucune difficulté si l'on remonte aux principes généraux. Le passage d'un mètre à un autre n'exprime pas telle idée plutôt que telle autre : lorsqu'un petit vers plus rapide en suit un grand il i a accélération due à l'augmentation de vitesse, et éveil de l'attention dû au changement de mètre. Ce sont ces deux éléments que nous avons vus mettre en relief l'idée exprimée ; nous les retrouvons tous deux ici : la rapidité du petit vers permet de passer rapidement sur l'idée insignifiante qu'il contient ; Tattention qu'il a éveillée se porte sur le vers suivant, surtout sur le commencement de ce vers. Son but n'est pas en lui-même, il est ors de lui ; il n'a d'utilité que de rendre service à son voisin, comme le chat tirait les marrons du feu pour le singe son compère.
Médecins au lion viennent de toutes parts ;
De tous côtés lui vient des donneurs de recettes.
Dans les visites qui sont faites Le renard se dispense, et se tient clos et coi
(iD., VIII,8).
Le petit vers est insignifiant par lui-même, mais il introduit, annonce et met en relief un événement inattendu, celui qui est exprimé dans le grand vers suivant.
Même il ébranchoit l'arbre ; il fit tant à la fin
Que le possesseur du jardin Envoya faire plainte au maître de la classe
(iD., IX, 5).
Peut-être a-t-il dans l'âme autant que moi de crainte.
Et que le drôle parle ainsi Pour me cacher sa peur sous une audace feinte
(Molière, Amjjhitryon).
Il se réjouissoit à l'odeur de la viande