‹ Le vers français, ses moyens d'expression, son armonieChapitre 47 sur 135 · EXPRESSION DU PARALLELISME · texte numérisé non relu

EXPRESSION DU PARALLELISME

On peut renforcer encore Tefifet produit par la répétition de certains mots, au moyen de rappels de sons isolés qui sont déjà contenus dans ces mots ou ne le sont pas :

Et la source sans nom qui goutte à goutta tombe ou ou^ ou ou ou^

(Heredia, La source);

tous les accents toniques tombent sur la voyelle ou orale ou nasale.

Disloqué, de cailloux en cailloux cahoté ce ce

(Hugo, Le crapaud).

Et comme un noir poison qui va de veine en veine

(Id., Ruy-Blas); mouvements successifs.

Le même procédé peut servir à exprimer le parallélisme de

deux idées, de deux actions, dont la seconde suit rapidement

la [)remière et en est la conséquence :

Tu mis à prix sa tête, il mit à prix la tienne

(Id., Burgraves).

Il i a ici parallélisme en tout dans les deux émistiches : ritme 4-2.4-2, mots et sons ;

mi{s) à prix a t ê mi[t) à prix a t e

vocalisme :

iiiaiaè liai aè

l'w et Te, étant des voyelles du même ordre, comme nous le verrons plus loin, se correspondent parfaitement.

Le loup le croit, le loup le laisse

(La Fontaine, IX, 10),

ni LE VERS FRANÇAIS

Il tendit un long rets. Voilà les poissons pr^'s, Voilà les poissons mes aux pieds de la bergère

(lD,X, 11).

voilà sa toile ourdee,

Voilà des moucherons de près

(iD., m, 8).

Les actions, les idées, les événements qui se suivent rapidement et dépendent dans une certaine mesure l'un de l'autre, peuvent n'être pas réduits à deux ; ils sont parfois toute une série. Le procédé est le même ; les mêmes répétitions de mots peindront l'accumulation d'une suite d'événements :

Le démon se remit à battre dans sa forge ; Il frappait du ciseau, du pilon, du maillet

(Hugo, Légende des siècles'^.

Le pis fut que l'on mit en piteux équipage Le pauvre potager : adieu planches, carreaux;

Adieu chicorée et poireaux ;

Adieu de quoi mettre au potage

(La. Fontaine, IV, 4).

Rien ne la contentoît, rien néioii comme il faut : On se lewoit trop ^ard, on se coucho^t t7'op toi : Puis du blanc, puis du noir, puis encore autre chose. Les valets enrageo^ent, /'époux étoit à bout: Monsieur ne songe à rien, monsieur dépense tout, Monsieur court, moj^sieur se repose

(Id., V1I,2).

Nous avons montré, lorsque nous avons étudié le ritme, comment le trimètre par sa rapidité et le resserrement sintétique de ses siilabes pouvait servir à accumuler les idées, les événements, les faits. Les deux procédés peuvent se combiner et concourir au même but avec plus de force :

Il fui héros, il fut géant, il fut génie

(Hugo, Le parricide).

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